Luc 13, 5
Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. »
Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. »
Pour les chrétiens, comme pour tous ceux qui reconnaissent le sens théologique précis du mot «péché», le changement de conduite, de mentalité ou de manière d'être s'appelle «conversion», selon le langage biblique (cf. Mc 1, 15; Lc 13, 3.5; Is 30, 15). Cette conversion désigne précisément une relation à Dieu, à la faute commise, à ses conséquences et donc au prochain, individu ou communauté. Dieu, qui «tient dans ses mains le cœur des puissants» et le cœur de tous les hommes, peut, suivant sa propre promesse, transformer par son Esprit les «cœurs de pierre» en «cœurs de chair» (cf. Ez 36, 26).
Pour fortifier sa conclusion, Jésus rappelle à l'auditoire un autre événement douloureux, dont Jérusalem avait
également été le théâtre, et que nous ne connaissons de même que par S. Luc. Une tour, probablement une
tour des remparts, située non loin de la piscine de Siloé, s'était effondrée subitement, et, dans sa chute, avait
écrasé dix-huit personnes. Devait-on supposer que les victimes de cette catastrophe étaient les habitants les
plus impies, les plus immoraux de la capitale juive ? Assurément non, répond encore Jésus. Puis il répète,
comme un refrain terrible, ses paroles du v. 3. Ici encore nous avons une prédiction qui se réalisa d'une
manière littérale aux derniers jours de l'État théocratique, quand des Juifs nombreux furent broyés à
Jérusalem sous les décombres des maisons et des édifices. Mais nous pouvons, nous devons même, nous
élever plus haut encore. L'avis du Sauveur ne concernait pas seulement les habitants de la Palestine, et n'avait
pas une valeur transitoire. Pris dans son acception complète, il a une portée universelle pour l'espace comme
pour la durée, et s'adresse aux hommes de tous les temps et de tous les pays. Nous aussi, nous périrons, et à
tout jamais, si nous ne faisons une sincère pénitence.
La GloseNotre-Seigneur venait de parler du supplice qui est réservé aux pécheurs, lorsqu'on vient lui annoncer le châtiment infligé à des rebelles, exemple dont il se sert pour menacer les pécheurs d'une peine semblable: «En ce même temps, quelques-uns vinrent raconter à Jésus ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices».
Mais comme les Juifs n'ont pas voulu faire pénitence, quarante ans après la passion du Sauveur, les Romains (figurés ici par Pilate qui était de leur nation), envahirent la Judée, et, commençant par la Galilée (où le Sauveur avait commencé le cours de ses divines prédications), ils détruisirent entièrement cette nation impie, et souillèrent de sang humain, non seulement les parvis du temple où on offrait les sacrifices, mais l'intérieur même des maisons.
Notre-Seigneur veut donc détourner le peuple de toutes ces séditions intestines dont la religion était le prétexte, et il ajoute: «Si vous ne faites pénitence, (et si vous ne cessez de conspirer contre vos princes, ce qui est contraire à la volonté divine), vous périrez tous de la même manière, et votre sang sera mêlé au sang de vos victimes».
Il oppose cette tour à toute la ville, afin que le malheureux sort de quelques-uns épouvante tous les autres, et c'est pour cela qu'il ajoute: «Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière», c'est-à-dire, toute la ville sera bientôt envahie, si ses habitants persévèrent dans l'infidélité.
Le Sauveur nous apprend encore ici que toutes les sentences qui condamnent les coupables aux dernier supplice, ne sont pas seulement édictées par l'autorité des juges mais par la volonté de Dieu. Que le juge condamne suivant les règles de l'équité, ou pour tout autre motif, il faut voir dans le jugement qu'il prononce une permission de la divine justice.
Dieu punit certains pécheurs, en mettant un terme à leur iniquité, en leur infligeant des peines légères, en les séparant complètement des autres, et en instruisant par l'exemple de leur châtiment ceux qui vivent dans le péché. Il ne punit pas tous les pécheurs ici-bas, il veut ainsi leur donner le moyen d'éviter par la pénitence les peines de cette vie, et les supplices de l'éternité; mais s'ils persévèrent dans le mal, ils doivent s'attendre à un châtiment plus sévère.
Il leur montre aussi par ces paroles que s'il a permis ce châtiment pour quelques-uns, c'est afin que la frayeur salutaire qu'il inspirerait à ceux qui survivraient, les rendît héritiers du royaume. Quoi donc, me direz-vous, Dieu en punit un autre pour me rendre meilleur? Non pas précisément, il est puni pour ses propres crimes, mais son châtiment devient une occasion de salut pour ceux qui en sont témoins.
Dans le sens figuré, ceux dont Pilate mêla le sang avec leurs sacrifices, représentent ceux qui sous l'impulsion du démon offrent des sacrifices impurs, et dont la prière devient un nouveau péché, (comme il est écrit de Juda), qui au milieu même du sacrifice eucharistique songeait à vendre le sang du Seigneur.