Luc 13, 30
Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »
Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »
Conclusion de cette scène tragique, sous la forme d'un adage plusieurs fois répété
par Notre-Seigneur (Cfr. Matth. 19, 30 ; 20, 16) et bien adapté à la circonstance présente. - Et voici est
pittoresque : c'est un des mots favoris de S. Luc, quoiqu'il l'emploie moins souvent encore que S. Matthieu
(16 fois contre 23). - Les derniers seront les premiers. Les païens si misérables, « vous n’aviez pas le Christ,
vous n’aviez pas droit de cité avec Israël, vous étiez étrangers aux alliances et à la promesse, vous n’aviez
pas d’espérance et, dans le monde, vous étiez sans Dieu » (Eph. 2, 12), ont conquis la première place ; au
contraire, les premiers seront les derniers : beaucoup de Juifs ont été rejetés au dernier rang.
Remarquez combien sont détestés de Dieu ceux qu'il est forcé d'enseigner sur les places publiques. Il nous faut donc écouter ses divins enseignements, non dans les places publiques, mais dans un coeur que l'humilité a rendu petit, si nous voulons éviter ce malheur.
Nous-mêmes, qui avons reçu dès notre enfance les enseignements de la foi, nous sommes, ce semble aussi, les premiers, et peut-être serons-nous les derniers en comparaison des Gentils qui n'ont embrassé la foi qu'à la fin de leur vie.
La GloseAprès que Notre-Seigneur a exposé sous le voile des paraboles qui précèdent les progrès de la doctrine évangélique, il s'applique lui-même à la répandre par ses prédications: «Et il allait par les villes et par les villages, enseignant», etc.
Ou bien encore, le grincement de dents sera pour ceux qui, sur la terre, mettaient toute leur joie dans les plaisirs de la table; et les pleurs, pour ces yeux qui s'égaraient ici-bas dans les désirs de la concupiscence. Ces deux tourments sont du reste une preuve de la résurrection des impies.
Ou bien dans un sens figuré, manger et boire devant le Seigneur, c'est recevoir la nourriture de la divine parole, et le Seigneur semble confirmer cette explication en ajoutant: «Vous avez enseigné dans nos places publiques». En effet, la sainte Écriture, dans les choses obscures, est une nourriture, parce qu'on la rompt pour ainsi dire en morceaux en l'expliquant, et qu'on la broie avant de l'avaler. Elle est comme un breuvage dans les vérités plus claires, parce qu'on les prend comme elles se présentent. Mais les joies de ce festin spirituel ne servent de rien à celui qui ne se recommande pas par une piété appuyée sur la foi; la science des Écritures ne fait pas connaître à Dieu ceux que l'iniquité de leurs oeuvres rendent indignes de cet honneur. Aussi que leur dit Notre-Seigneur: «Et il lui dira: Je ne sais d'où vous êtes, retirez-vous de moi», etc.
Or, nous voyons ici la double peine de l'enfer, celle du froid et celle de la chaleur: «Là sera le pleur et le grincement de dents». L'excessive chaleur, en effet, fait verser des larmes, et le grand froid produit le grincement de dents. Ou bien ce grincement de dents est un signe d'indignation, indignation tardive de celui qui attend trop tard pour faire pénitence.
Il en est beaucoup, en effet, dont la ferveur dégénère en tiédeur, beaucoup qui, de froids qu'ils étaient, s'enflamment d'amour pour Dieu; beaucoup qui, méprisés dans ce monde, seront couverts de gloire dans l'autre; d'autres, au contraire qui, honorés des hommes sur la terre, seront à la fin de leur vie condamnés pour l'éternité.
Ne point savoir, pour Dieu, c'est réprouver, comme on dit d'un homme vrai dans ses paroles, qu'il ne sait pas mentir, parce qu'il a horreur du mensonge; ce n'est pas qu'il ne saurait mentir, s'il le voulait, mais l'amour de la vérité lui inspire un profond mépris pour le mensonge. La lumière de la vérité ne connaît donc point les ténèbres qu'elle réprouve.
En effet, les Gentils ont été préférés aux Juifs qui tenaient le premier rang.
Ou bien encore, le Sauveur répond affirmativement à la question qui lui est faite: «Y en a-t-il peu qui soient sauvés ?» parce qu'il y en a peu qui entrent par la porte étroite. C'est ce qu'il déclare lui-même dans un autre endroit: «Le chemin qui conduit à la vie est étroit, et il en est peu qui le trouvent» ( Mt 7,14 ).
Notre-Seigneur ne se contredit pas en disant ici qu'il en est peu qui entrent par la porte étroite, et en déclarant dans un autre endroit «qu'un grand nombre viendront de l'Orient et de l'Occident», etc. ( Mt 8,11 ). Ils seront peu en comparaison de ceux qui se perdent, mais ils seront beaucoup dans la société des anges. Quand le grain est battu dans l'aire, à peine si on le voit, mais cependant il sortira de cette aire une si grande quantité de grains qu'elle remplira le grenier du ciel.
Mais pourquoi donc le Sauveur dit-il ailleurs: «Mon joug est doux, et mon fardeau léger ?» ( Mt 11,30 ). Il n'y a point ici de contradiction, d'un côté Notre-Seigneur a en vue la violence des tentations, de l'autre l'amour de ceux qui les éprouvent. En effet, que de choses accablantes pour la nature, et qui nous deviennent faciles quand nous les embrassons avec amour? D'ailleurs, si la voie du salut est étroite à son entrée, elle conduit cependant dans des régions vastes et spacieuses; au contraire la voie large mène directement à la mort.
De même que dans cette vie, quand on sort du droit chemin, on trouve de larges issues, ainsi quand on sort du sentier qui conduit au royaume des cieux, on tombe dans les voies larges de l'erreur. Le droit chemin est toujours étroit, on ne peut sans danger s'en écarter soit à droite soit à gauche, il est semblable à un pont qu'on ne peut quitter d'un côté ou de l'autre sans être englouti dans le fleuve.
L'âme, en effet, hésite et chancelle quand, d'un côté, la considération de l'éternité lui fait choisir le chemin de la vertu, et quand en même temps la vue des choses de la terre lui fait donner la préférence aux séductions du monde. D'un côté elle voit le repos et les plaisirs de la chair, de l'autre l'assujettissement, l'esclavage de soi-même; d'un côté l'intempérance, de l'autre la sobriété; d'un côté les rires dissolus, de l'autre des ruisseaux de larmes, d'un côté les danses, de l'autre les prières; ici le son des instruments, là les pleurs; d'un côté la volupté, de l'autre la chasteté.
Peut-être s'adresse-t-il à ceux que l'Apôtre semble personnifier lui-même, quand il dit: «Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges quand j'aurais toute la science..., quand je distribuerais toutes mes richesses pour nourrir les pauvres, si je n'ai point la charité, je ne suis rien» ( 1Co 13,3 ); car ce qui ne se fait point par un motif d'amour de Dieu, mais pour obtenir les louanges des hommes, ne mérite point les éloges de Dieu.
Les patriarches, en effet, avant la promulgation de la loi, abandonnaient l'erreur de la pluralité des Dieux, comme s'ils avaient été instruits par l'Évangile, et se sont élevés à la connaissance du Dieu très-haut. Un grand nombre de Gentils ont été associés à leur bonheur, parce qu'ils ont suivi leurs exemples, tandis que leurs enfants ont repoussé les enseignements de la doctrine évangélique: «Et ce sont les derniers qui seront les premiers, et ce sont les premiers qui seront les derniers».