Luc 13, 23
Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Jésus leur dit :
Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Jésus leur dit :
Quelqu'un lui dit. Le questionneur n'est pas autrement déterminé par le récit. Son caractère, l'occasion
de sa demande, sont laissés dans le vague. Nous ne savons pas même si c'était un disciple ou simplement un
Juif de la foule. Car en général, dans la narration évangélique, « toutes les personnalités, à part celle du
Christ, se retirent à l'arrière-scène : leur histoire n'étant pas rapportée dans leur propre intérêt, mais à cause
de l'application que nous devons nous en faire, et en tant qu'elle introduit les paroles qui nous sont adressées
à tous par Notre-Seigneur ». Stier, Reden des Herrn Jesu, h. l. - Y en a-t-il peu qui soient sauvés ? (en grec :
peu qui sont en voie d'arriver au salut). Cfr. Act. 2, 47. Assurément, c'était là une question bien oiseuse, et
nous préférerions l'entendre proposer sous cette autre forme : Seigneur, que devons-nous faire pour obtenir le
salut ? Toutefois nous la jugerons peut-être moins sévèrement, si nous nous souvenons qu'elle était alors tout
à fait à l'ordre du jour chez les Juifs, par suite de la grande effervescence que l'attente du Messie avait
produite dans leurs rangs. Voyez Ligthfoot, Hor. Hebr. h. l. « L'une des bizarres rêveries cabalistiques des
Rabbins consistait à essayer de fixer le nombre des élus par la valeur numérique des lettres de tel ou tel texte
scripturaire relatif au royaume des cieux ». Plumptre, New Testam. Commentary for english Readers, edited
by Ellicott, t. 1, p. 308. On retrouve l'écho de ces subtiles discussions dans : « Le Très-Haut a fait ce siècle
pour un grand nombre, mais le siècle à venir pour peu », Esdras 8, 1 ; « Je l’ai dit autrefois, je le dis
maintenant, et je le dirai plus tard : ceux qui périssent sont plus nombreux que ceux qui sont sauvés, comme
la vague par rapport à une goutte d’eau », Esdras 9, 15 et 16. - Il leur dit. La réponse de Jésus s'adresse donc
à toute l'assistance et pas seulement à l'interrogateur. Les paroles suivantes de S. Cyrille en caractérisent
admirablement la nature : « Le Seigneur ne semble pas apporter une réponse satisfaisante à celui qui
demande si les sauvés étaient en petit nombre, quand il montre le chemin par lequel chacun peut devenir
juste. Mais il faut dire que le Seigneur avait pour habitude de ne pas répondre à ceux qui l’interrogeaient
selon ce qu’il leur semblait bon à eux, toutes les fois qu’ils posaient des questions inutiles, mais il tenait
compte de ce qui serait utile à ses auditeurs. Quel avantage pourraient bien avoir ses auditeurs à savoir si le
nombre des damnés est plus grand que celui des sauvés ? Mais il leur était nécessaire de connaître la façon
de parvenir au salut. A bon escient, il ne satisfait donc pas la vaine curiosité, mais ramène son discours à
quelque chose de plus nécessaire ». Ainsi, Jésus ne répond pas directement. Du domaine de la théorie
abstraite, il transporte la question sur celui de la pratique, de manière à faire réfléchir ses auditeurs sur
eux-mêmes et à exciter en eux un vif intérêt pour leur propre salut. « Peu ou beaucoup, que vous importe ?
Ne vous préoccupez pas de ces chiffres inutiles. L'essentiel pour vous, c'est de faire partie du nombre des
élus, et vous n'y arriverez qu'au prix de vigoureux efforts ».
Il ne visitait pas seulement les petites localités, comme font ceux qui veulent tromper les esprits simples, ni seulement les villes, comme ceux qui veulent se faire valoir et cherchent la gloire qui vient des hommes; mais il allait partout, comme le maître de tous les hommes, comme un père dont la providence s'étend à tous ses enfants. En visitant les villes, il n'évite point la ville de Jérusalem, par crainte des accusations des docteurs, ou de la mort qui pouvait en résulter, car l'Évangéliste fait remarquer: «Qu'il se dirigeait vers Jérusalem»; le médecin, en effet, doit surtout sa présence et ses soins aux endroits qui contiennent un plus grand nombre de malades. «Or, quelqu'un lui demanda: Seigneur, n'y aura-t-il qu'un petit nombre qui soient sauvés ?»
Il semble que Notre-Seigneur ne répond pas directement à cette question: «Y en a-t-il peu qui soient sauvés ?» en faisant connaître la voie qui peut conduire à la justice. Mais il faut se rappeler qu'il avait coutume de ne pas répondre en entrant dans les pensées et les désirs de ceux qui l'interrogeaient, toutes les fois qu'ils demandaient des choses inutiles, mais en ayant pour but l'utilité de ceux qui l'entendaient. Or, quel avantage pouvait résulter pour eux de savoir si le nombre de ceux qui seraient sauvés serait petit ou grand? Il était bien plus nécessaire de connaître les moyens d'arriver au salut. C'est donc dans un dessein plein de miséricorde, que sans répondre à cette question inutile, il traite un sujet beaucoup plus nécessaire.