Luc 13, 19
Il est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et jetée dans son jardin. Elle a poussé, elle est devenue un arbre, et les oiseaux du ciel ont fait leur nid dans ses branches. »
Il est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et jetée dans son jardin. Elle a poussé, elle est devenue un arbre, et les oiseaux du ciel ont fait leur nid dans ses branches. »
S. Matthieu et S. Marc (voyez nos commentaires) développent un peu plus cette parabole. S. Luc, malgré la
brièveté de son récit, a pourtant divers traits spéciaux. 1° Il nous montre le grain de moutarde semé, non pas
dans un champ (S. Matth.) ou dans la terre, d'une manière encore plus générale (S. Marc), mais dans un
jardin. 2° Il nous le montre ensuite, par une hyperbole hardie, non seulement devenu le plus grand de toutes
les herbes potagères, mais transformé en un grand arbre (l'adjectif grand manque toutefois dans plusieurs
manuscrits importants, Sinait., B, D, L, etc.). Quant à la signification, elle est absolument la même que dans
les autres Évangiles. « Comme la semence de la moutarde des champs (sénevé) qui l’emporte en quantité sur
les semences des autres huiles, croît au point de servir d’abri à plusieurs oiseaux, la doctrine du salut résidait,
au début, en peu de personnes, et reçut par la suite de l’accroissement », S. Cyrille, l.c. Et quel
accroissement ! Le monde n'est-il pas en grande partie chrétien ? Cfr. S. August. Serm. 44, 2.
Ou bien encore, tout homme qui prend ce grain de sénevé, c'est-à-dire, la doctrine de l'Évangile, et la sème dans le jardin de son âme, produit un grand arbre qui étend ses rameaux, et les oiseaux du ciel, c'est-à-dire, ceux qui s'élèvent au-dessus des choses de la terre, viennent se reposer dans ses branches, c'est-à-dire, dans les magnifiques développements des vérités chrétiennes. C'est ainsi que Paul reçut les premières leçons d'Ananie comme un grain de sénevé ( Ac 9 ), mais il le sema dans le jardin de son âme, et lui fit produire de nombreux et utiles enseignements où viennent habiter ceux qui ont l'intelligence élevée, comme Denis, Hiérothée, et beaucoup d'autres. Notre-Seigneur compare ensuite le royaume de Dieu au levain: «Et il dit encore: A quoi comparerai-je le royaume de Dieu? il est semblable à du levain qu'une femme prend», etc.
Dans un autre endroit, le grain de sénevé est comparé à la foi ( Mt 17,19 ). Si donc le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé, et que la foi elle-même soit figurée par ce grain de sénevé, la foi est donc le royaume des cieux qui est au dedans de nous ( Lc 17). Le grain de sénevé est très-commun et sans beaucoup de valeur, mais aussitôt qu'il est broyé il répand sa force; ainsi la foi elle-même paraît au premier abord sans valeur, mais si elle est aussi broyée par les souffrances, elle répand la grâce de sa force. Les martyrs sont des grains de sénevé, ils avaient en eux-mêmes le parfum odoriférant de la foi, mais elle était cachée. La persécution est venue, ils ont été brisés par le glaive et ont répandu jusqu'aux extrémités du monde la semence de leur martyre. Notre-Seigneur lui-même est un grain de sénevé. Il a voulu être broyé, afin que nous puissions dire: «Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ». ( 2Co 2 ). Il a voulu être semé comme le grain de sénevé, qu'un homme prend et sème dans son jardin, car c'est dans un jardin que Jésus-Christ a été fait prisonnier et qu'il a été enseveli; c'est là aussi qu'il est ressuscité et qu'il est devenu un grand arbre, comm e il le dit lui-même: «Il crût et devint un grand arbre». Notre-Seigneur, en effet, est le grain de sénevé lorsqu'il est enseveli dans la terre, mais il devient un grand arbre lorsqu'il s'élève dans les cieux. Il est aussi cet arbre qui couvre le monde de son ombrage: «Et les oiseaux du ciel se reposèrent dans ses rameaux», c'est-à-dire, les puissances des cieux, et tous ceux qui, par leurs oeuvres spirituelles, ont le privilège de prendre leur essor au-dessus de la terre, Pierre et Paul sont les rameaux de cet arbre, et nous qui étions loin ( Ep 2, 13), nous nous envolons sur les ailes des vertus dans les retraites cachées de ces branches à travers les profondeurs des controverses. Semez donc Jésus-Christ dans votre jardin, un jardin est un lieu parsemé de fleurs; que vos oeuvres soient donc les fleurs de ce jardin, et qu'elles y exhalent les parfums variés des vertus chrétiennes. Jésus-Christ se trouve là où la semence produit des fruits.