Luc 13, 14
Alors le chef de la synagogue, indigné de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat, prit la parole et dit à la foule : « Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. »
Alors le chef de la synagogue, indigné de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat, prit la parole et dit à la foule : « Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. »
La scène
change subitement. Des paroles de colère, d'indignation interrompent bruyamment celles de l'action de
grâces, et c'est le président de l'assemblée qui les profère. Et pourquoi donc cet homme s'indigne-t-il ? Parce
que Jésus avait opéré cette guérison un jour de sabbat : Voilà tout son motif ! « C’est bien fait pour eux de se
scandaliser qu’elle ait été redressée, eux qui étaient courbés », S. Augustin, l. c. Esclave, comme tant
d'autres, de traditions insensées, il prenait pour une œuvre servile l'acte que Jésus venait d'accomplir. Les
Rabbins n'enseignent-ils pas que, s'il est permis à un médecin de soigner en un jour de sabbat une maladie
subite et dangereuse, il est absolument interdit de traiter une infirmité chronique ? Toutefois, le chef de la
synagogue n'ose interpeller directement Notre-Seigneur : c'est sur la foule innocente, dont il sait n'avoir rien
à redouter, que retombent tout d'abord ses amers reproches. Mais, comme le font remarquer les exégètes,
quelles inconséquences, quel ridicule, dans son langage dicté par un zèle aveugle et par la haine ! La
remontrance commence pourtant par une phrase qui est presque une citation littérale de la Loi : Il y a six
jours pendant lesquels on doit travailler. Cfr. Ex. 20, 9, 10 ; Deut. 5, 15 et ss. Mais elle s'achève de la façon
la plus étrange : Venez-donc en ces jours-là, et faites-vous guérir. Qu'est-ce que cela veut dire ? La malade
avait-elle donc demandé sa guérison ? Et, alors même qu'elle l'eût demandée, et que Jésus eût été coupable
en l'accordant, où était la faute du peuple, qui avait simplement joué le rôle de témoin ? Un malade à qui le
Sauveur offrait miraculeusement la santé devait-il la refuser, si c'était le sabbat ? M. Farrar l'a dit à bon droit
(Life of Jesus, 23è éd., t. 2, p. 115), « la série entière des Évangiles ne fournit pas d'autres exemples d'une
ingérence aussi illogique, ou d'une sottise aussi incurable ». Cela rappelle la conduite de ce pilote juif qui
lâcha tout à coup le gouvernail au beau milieu d'une tempête, parce que le jour du sabbat venait de
commencer !
Le Sauveur, pour montrer que sa venue dans le monde était le remède de toutes les infirmités humaines, guérit cette femme: «Jésus la voyant, l'appela et lui dit: Femme, vous êtes délivrée de votre infirmité», paroles dignes de Dieu, pleines d'une majesté toute puissante, qui met en fuite la maladie par un seul acte de sa volonté souveraine. Il lui impose aussi les mains: «Et il lui imposa les mains, et aussitôt elle se redressa, et elle glorifiait Dieu». Il faut se rappeler ici que la chair sacrée du Sauveur était revêtue d'une puissance toute divine; car c'était la chair de Dieu lui-même, et non d'une autre personne, par exemple, du Fils de l'homme qui aurait existé séparément du Fils de Dieu, comme quelques-uns ont osé le soutenir. Mais le chef de cette ingrate synagogue, à la vue de cette femme qui était courbée jusqu'à terre, et que le Sauveur venait de redresser en lui imposant seulement les mains, est comme enflammé d'envie contre la gloire du Seigneur, et condamne hautement cette guérison miraculeuse en se couvrant d'un zèle apparent pour le sabbat: «Mais le chef de la synagogue, s'indignant que Jésus eût guéri un jour de sabbat, dit au peuple: Il y a six jours p endant lesquels on doit travailler, venez donc ces jours-là pour vous faire guérir, et non le jour du sabbat». Il les engage à choisir les autres jours où ils sont tous dispersés et occupés chacun de leurs travaux, et non le jour du sabbat, pour voir et admirer les miracles du Seigneur, dans la crainte qu'ils ne croient en lui. Mais dites-moi: La loi défend toute oeuvre manuelle le jour du sabbat, défend-elle aussi celles qui se font par une simple parole, et par la bouche? Cessez donc alors de manger, de boire, de parler et de chanter les psaumes le jour du sabbat. Et si vous ne lisez même pas la loi ce jour-là, à quoi vous sert le sabbat? Admettons que la loi a défendu toute oeuvre manuelle, est-ce donc une oeuvre manuelle que de redresser d'une seule parole cette femme courbée jusqu'à terre ?
Le chef de la synagogue est traité d'hypocrite, parce qu'il délie ses animaux le jour du sabbat pour les faire boire, tandis que pour cette femme, fille d'Abraham, autant par la foi que par le sang, il ne croit pas qu'on doive briser les liens de son infirmité: «Et cette fille d'Abraham, lui dit le Sauveur, que Satan a tenue liée pendant dix-huit ans, il ne fallait pas rompre son lien le jour du sabbat ?» Peu leur importe que cette femme reste toujours courbée vers la terre comme les animaux, plutôt que de reprendre la posture qui convient à la créature raisonnable, pourvu qu'il ne revienne aucune gloire à Jésus-Christ; ils ne pouvaient d'ailleurs rien lui répondre, et ils étaient à eux-mêmes leur inévitable condamnation. Aussi, ajoute l'Évangéliste: «Pendant qu'il parlait ainsi, tous ses adversaires étaient couverts de confusion; le peuple, au contraire, qui recueillait les avantages de ces miracles, faisait publiquement éclater sa joie: «Et tout le peuple était ravi des choses merveilleuses qu'il faisait». L'éclat de ces prodiges tranchait toute difficulté pour des esprits qui cherchaient la vérité avec une intention droite.
Ce n'est pas en secret qu'il enseigne, mais en public dans les synagogues avec fermeté, sans hésitation et sans rien dire contre la loi de Moïse. Il choisit le jour du sabbat, parce que les Juifs s'appliquaient ce jour-là à l'étude de la loi.
C'est donc, à juste titre, qu'il traite d'hypocrite le chef de la synagogue, qui sous l'apparence d'un zélé défenseur de la loi, cachait le coeur d'un homme fourbe et envieux, car ce qui l'émeut ce n'est point la violation du sabbat, mais la gloire que tous rendent à Jésus-Christ. Remarquez cependant que lorsqu'il s'agit d'un travail quelconque (comme lorsqu'il commanda au paralytique d'emporter son lit), il puise ses raisons plus haut, et fait appel à la dignité de son Père par ces paroles: «Mon Père ne cesse point d'agir jusqu'à présent, et j'agis aussi» ( Jn 5). Ici, au contraire, où il fait tout par sa seule parole, il se contente d'invoquer leur propre conduite pour répondre à leur accusation.
Notre-Seigneur ne tarde pas à prouver ce qu'il vient de dire de la synagogue, et il fait voir qu'il est venu jusqu'à elle, en la choisissant pour lui faire entendre ses divins enseignements: «Or, Jésus enseignait dans leurs synagogues les jours de sabbat».
D'ailleurs, Dieu s'est reposé des oeuvres de la création du monde, mais non pas de ces oeuvres saintes et divines qu'il ne cesse d'opérer, selon cette parole de son Fils: «Mon Père ne cesse point d'agir jusqu'à présent, et j'agis aussi», nous enseignant ainsi à imiter Dieu, en nous abstenant des oeuvres terrestres, mais non des oeuvres de religion. Aussi, Notre-Seigneur répond-il directement au chef de la synagogue: «Hypocrites, chacun de vous ne délie-t-il pas son boeuf ou son âne de la crèche le jour du sabbat pour les mener boire ?»