Luc 12, 59

Je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier centime. »

Je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier centime. »
Louis-Claude Fillion
Cette petite parabole est intimement liée au v. 57, qu'elle a pour but de confirmer. A peu de différence près, Jésus l'avait déjà proposée dans le discours sur la montagne, Matth. 5, 25 et ss. ; mais alors il s'en servait pour recommander d'une manière spéciale la charité à l'égard du prochain, tandis que l'application actuelle est généralisée, spiritualisée pour ainsi dire. L'idée dominante est celle-ci : Pendant qu'il en est temps encore, faites votre paix avec Dieu s'il a sujet d'être irrité contre vous, de crainte que vous n'encouriez des châtiments éternels. Les détails particuliers, qu'il ne faut d'ailleurs pas presser outre mesure dans l'explication, sont empruntés aux coutumes judiciaires des anciens. - Obole. Dans le texte primitif, c'était la plus petite des monnaies divisionnaires chez les Grecs, la huitième partie de l'« as ». On voit par là combien seront rigoureux les jugements divins.
Saint Bède le Vénérable
Ou bien encore, notre adversaire dans le chemin, c'est la parole de Dieu qui est en opposition avec nos désirs charnels dans la vie présente. Nous nous délivrons de cet adversaire en obéissant à ses préceptes: autrement il nous livrera au juge, car le mépris qu'on aura fait de la parole du Seigneur est un crime dont le pécheur rendra compte au tribunal du juge. Le juge le livrera à l'exécuteur, c'est-à-dire à l'esprit mauvais; pour le punir, celui-ci le jettera en prison, c'est-à-dire dans l'enfer, c'est là que le pécheur souffrira éternellement sans pouvoir jamais acquitter ses dettes et obtenir son pardon; il n'en sortira donc jamais, mais il sera condamné à des peines éternelles, avec le serpent redoutable, avec le démon.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Où vous aurez à souffrir jusqu'à ce que vous ayez payé la dernière obole: «Je vous le dis, vous ne sortirez pas de là que vous n'ayez payé jusqu'à la dernière obole».
Origène
On peut encore donner cette explication: Nous voyons ici quatre personnes, l'adversaire, le prince ou le magistrat, le juge et l'exécuteur; saint Matthieu ne parle pas du prince, et remplace l'exécuteur par ce qu'il appelle ministre. Les deux évangélistes diffèrent encore en ce que saint Matthieu se sert du mot de denier, et saint Luc de celui d'obole; tous deux disent «jusqu'au dernier». Or, nous lisons que tous les hommes ont deux anges près d'eux, un mauvais qui les excite au mal, un bon qui leur conseille le bien; toutes les fois que nous succombons au péché, notre adversaire triomphe, parce qu'il sait qu'il a le droit de se glorifier devant le prince de ce monde qui l'a envoyé. Dans le texte grec, nous lisons l'adversaire avec l'article, ce qui désigne un adversaire spécial entre tous; car chacun est sous la domination du prince qui commande à sa nation. Efforcez-vous donc de vous délivrer de votre adversaire, ou du prince devant lequel votre adversaire veut vous traîner, en cherchant à acquérir la sagesse, la justice, la force et la tempérance. Mais en faisant tous vos efforts, soyez uni à celui qui a dit: «Je suis la vie»; ( Jn 14), autrement votre adversaire vous traînera devant le juge. Il se sert de cette expression: «il vous traînera», pour montrer qu'il force les coupables de venir entendre leur condamnation malgré toutes leurs résistances. Quant au juge qui doit livrer à l'exécuteur, je n'en connais pas d'autre que Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous avons tous nos exécuteurs, et ils ont pouvoir sur nous, lorsque nous sommes leurs débiteurs; mais si je paie à tous mes créanciers ce que je leur dois, je me présente devant l'exécuteur et je lui réponds avec fermeté: «Je ne vous dois rien». Mais si au contraire je suis débiteur, l'exécuteur me jettera en prison et ne m'en laissera sortir que lorsque j'aurai payé toute ma dette, car l'exécuteur n'a pas le droit de me faire grâce de la moindre obole. Celui que nous voyons remettre à l'un de ses débiteurs cinq cents deniers, à l'autre cinquante, ( Lc 6) était le maître; l'exécuteur au contraire n'est pas le maître, il est chargé par le maître d'exiger tout ce qui lui est dû. Il dit: «Jusqu'à la dernière obole» pour signifier ce qu'il y a de moindre et de plus léger. Car les fautes que nous commettons sont graves ou légères; bienheureux donc celui qui ne pèche point, heureux ensuite celui qui ne commet que des fautes légères. Mais dans les fautes même légères, il y a des degrés, autrement le Sauveur ne dirait pas: «Jusqu'à ce que vous ayez payé la dernière obole». Ainsi celui dont les dettes sont minimes ne sortira pas qu'il n'ait payé jusqu'au dernier denier; mais pour celui qui est chargé de dettes énormes, il lui faudra un nombre infini de siècles pour s'acquitter.