Luc 12, 15
Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »
Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »
Puis il leur dit : C'est-à-dire à tous ceux
qui l'entouraient alors. Cfr. v. 1. « A l’occasion de ce demandeur stupide, il s’est efforcé de prémunir les
foules et les disciples, par des préceptes et des exemples, contre cette peste de l’avarice », V. Bède, h. l. -
Voyez, et gardez-vous de toute avarice. L'adjectif « toute » manque dans la Recepta ; mais son authenticité
est garantie par de nombreux manuscrits (A, B, D, K, L, M, Q, R, U, X, etc.) et par plusieurs versions (Syr.,
Itala). Le motif allégué par Jésus, car un homme fût-il dans l'abondance…, est un peu obscur dans
l'expression ; mais, comme le dit fort bien Maldonat, « Les paroles sont plus difficiles à comprendre que ne
l’est le sens lui-même. Car le sens en est très clair, et tous les docteurs conviennent que la vie de l’homme ne
consiste pas du tout dans l’abondance des richesses ». Non, la vie d'un homme ne consiste pas dans
l'abondance des biens qu'il possède ! L'opulence ne fait pas vivre une minute de plus ; elle n'est pas une
condition essentielle de l'existence humaine, ni du bonheur humain.
Il condamne ici les vains prétextes des avares, qu'on voit entasser des richesses, comme s'ils devaient toujours vivre. Mais l'opulence peut-elle prolonger votre vie? Pourquoi donc vous dévouer à des inquiétudes certaines pour un repos qui n'est rien moins que certain? Car il est bien douteux que vous atteigniez la vieillesse pour laquelle vous amassez des trésors.
Cet homme veut préoccuper du souci de diviser la terre le Maître qui est venu nous inspirer le goût des joies et de la paix du ciel; aussi est-ce avec raison que Notre-Seigneur lui donne le nom d'homme; dans le même sens que ces autres paroles: «Puisqu'il y a parmi vous des jalousies et des contentions, n'est-il pas visible que vous êtes charnels, et que vous vous conduisez comme des hommes».
Notre-Seigneur profite de l'occasion de cette demande inconsidérée pour prémunir par des préceptes et des exemples, la foule et ses disciples, contre le fléau contagieux de l'avarice: «Et s'adressant à tous ceux qui étaient présents, il leur dit: «Gardez-vous avec soin de toute avarice».Remarquez ces paroles: «De toute avarice», parce que bien des actions ont une apparence de droiture, mais leur intention vicieuse n'échappe pas à l'oeil pénétrant du juge intérieur.
Lorsque le Fils de Dieu a daigné se rendre semblable à nous, Dieu son Père l'a établi roi et prince sur la sainte montagne de Sion, pour annoncer ses divins commandements (cf. Ph 2,7 Ps 2,6 ).
Ou bien encore: «Gardez-vous de toute avarice, grande ou petite»,car l'avarice est tout à fait inutile au témoignage du Seigneur lui-même: «Vous bâtirez des maisons magnifiques, et vous ne les habiterez pas». ( Am 5, 11). Et ailleurs: «Dix arpents de vigne ne rapporteront qu'une mesure, la terre ne rendra plus que la dixième partie de la semence». ( Is 5, 10). Le Sauveur donne une autre raison de l'inutilité de l'avarice: «Dans l'abondance même, la vie d'un homme ne dépend pas des biens qu'il possède».
Mais si vous reconnaissez que vous les tenez de Dieu, est-ce que Dieu serait injuste en nous distribuant inégalement les biens de la fortune? Pourquoi êtes-vous dans l'abondance, celui-ci dans la pauvreté, si ce n'est pour vous donner occasion d'exercer une générosité méritoire, à ce pauvre de recevoir un jour le prix glorieux de sa patience? Or, n'êtes-vous pas un véritable spoliateur, en regardant comme votre propriété ces biens que vous n'avez reçus que pour en faire part aux autres? Ce pain que vous conservez, appartient à cet homme qui meurt de faim; cette tunique que vous serrez dans votre garde-robe, appartient à cet autre qui est sans vêtement; cette chaussure qui dépérit chez vous, est à celui qui marche pieds nus; cet argent que vous avez enfoui dans la terre, appartient aux indigents; vous commettez donc autant d'injustices que vous pourriez répandre de bienfaits.