Luc 10, 28
Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »
Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »
Le Royaume doit transformer les rapports entre les hommes et se réalise progressivement, au fur et à mesure qu'ils apprennent à s'aimer, à se pardonner, à se mettre au service les uns des autres. Jésus reprend toute la Loi, en la centrant sur le commandement de l'amour (cf. Mt 22, 34-40; Lc 10, 25-28). Avant de quitter les siens, Jésus leur donne un « commandement nouveau »: « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34; cf. 15, 12). L'amour dont Jésus a aimé le monde trouve son expression la plus haute dans le don de sa vie pour les hommes (cf. Jn 15, 13) qui manifeste l'amour que le Père a pour le monde (cf. Jn 3, 16). C'est pourquoi la nature du Royaume est la communion de tous les êtres humains entre eux et avec Dieu.
Tu as bien répondu,
lui réplique Jésus ; en effet, il avait donné un excellent sommaire de la loi juive, unissant comme deux parties
inséparables le précepte de l'amour du prochain et le précepte de l'amour de Dieu. Toutefois, bien répondre
ne suffit pas pour acquérir la vie éternelle ; voilà pourquoi le Sauveur ajoute : fais cela, et tu vivras. Pratiquez
les commandements que vous avez mentionnés avec tant d'à-propos, et vous vivrez de cette vie éternelle au
sujet de laquelle vous m'interrogiez. Cfr. Rom. 12, 10 ; 13, 8 ; Gal. 5, 13. - Excellente réflexion morale du
Vén. Bède : « En répondant au docteur de la loi, le Sauveur nous montre le chemin parfait de la vie céleste ».
Notre-Seigneur nous enseigne donc par ces paroles qu'il faut appliquer toutes les forces de notre esprit à l'amour de Dieu, et le faire avec ardeur et empressement; et c'est pour cela qu'il ajoute: «Et de toutes vos forces».
Dieu nous dit: «Vous aimerez votre prochain comme vous-mêmes», mais comment celui qui est dur pour lui-même en persévérant dans l'injustice pourra-t-il être tendre et compatissant pour les autres ?
La loi, en insistant sur cette triple direction de tout notre être vers Dieu, veut nous détacher de la triple inclination du monde vers la cupidité, vers la gloire et la volupté, trois tentations auxquelles Jésus-Christ a été lui-même soumis.
On distingue dans l'âme trois degrés ou trois parties différentes, l'une est simplement végétative, comme dans les plantes, l'autre est sujette aux sensations, comme dans les animaux dépourvus de raison; la troisième enfin qui est la plus parfaite est l'âme raisonnable qui fait le caractère propre de la nature humaine. Ces paroles: «De tout votre coeur», font allusion à la substance corporelle ou végétative; ces autres: «De toute votre âme», à celle qui tient le milieu et qui est purement sensible; ces autres enfin: «De tout votre esprit», expriment la nature la plus élevée, c'est-à-dire la partie intellectuelle qui pense et réfléchit.
Si on nous demande comment on peut obtenir l'amour de Dieu, nous répondrons que l'amour de Dieu ne peut s'apprendre. Nous n'avons appris ni à nous réjouir de la présence de la lumière, ni à aimer la vie, nos parents, ou ceux qui nous ont nourris; à plus forte raison l'amour de Dieu ne peut être l'objet d'un enseignement extérieur. Mais il y a en nous un sentiment intime déposé comme une semence au dedans de nous, et qui, par des motifs qui lui sont propres, nous porte à nous attacher à Dieu. Les enseignements des divins préceptes s'emparaient ensuite de ce sentiment, pour le cultiver, le développer et le conduire à la perfection. En effet, nous aimons naturellement tout ce qui est bon; nous aimons aussi nos parents, nos proches, et nous accordons spontanément toute notre affection à ceux qui nous font du bien. Si donc Dieu est bon, et si tous aiment naturellement ce qui est bon, nous pouvons donc dire que tous aiment Dieu. Le bien que nous faisons volontairement se trouve naturellement en nous, à moins que nos pensées n'aient été corrompues par le vice. Quand même nous ne connaîtrions pas Dieu par les effets de sa bonté, nous devrions l'aimer sans mesure par le sentiment qu'il nous a tirés du néant et qu'il est notre Créateur. D'ailleurs, qui nous a comblés de plus de bienfaits, parmi ceux qui ont un droit naturel à notre amour? Le premier et le plus grand commandement, c'est celui de l'amour de Dieu. Le second, qui complète le premier, lequel est aussi son complément, c'est le commandement de l'amour du prochain: «Et votre prochain comme vous-mêmes». C'est Dieu qui nous rend facile l'accomplissement de ce précepte. Qui ne sait que l'homme est un être doux et sociable, et qui n'est point né pour vivre dans la solitude au milieu des bois? En effet, la première inclination de notre nature, c'est d'entrer en relations avec nos semblables, d'avoir recours les uns aux autres, et d'aimer ceux qui ont avec nous une même nature. Le Seigneur ne fait donc ici que nous demander les fruits des semences qu'il a déposées lui-même au dedans de nous.