Luc 10, 21
À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
74. Le quatrième Évangile dit que le Fils éternel est tourné vers « le sein du Père » (1, 18) depuis toujours. Saint Irénée affirme que « le Fils de Dieu existe depuis toujours auprès du Père ». Et Origène soutient que le Fils demeure « dans la contemplation ininterrompue de l’abysse paternelle ». C’est pourquoi, lorsque le Fils se fait homme, il passe des nuits entières à converser avec le Père bien-aimé sur le sommet de la montagne (cf. Lc 6, 12). Il dit : « Je dois être dans la maison de mon Père ? » ( Lc 2, 49). Regardons sa louange : « Il tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et dit : “Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre” » ( Lc 10, 21). Et ses dernières paroles, pleines de confiance, sont : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » ( Lc 23, 46).
On comprend alors la double dimension de la Liturgie chrétienne comme réponse de foi et d’amour aux " bénédictions spirituelles " dont le Père nous gratifie. D’une part, l’Église, unie à son Seigneur et " sous l’action de l’Esprit Saint " (Lc 10, 21), bénit le Père " pour son Don ineffable " (2 Co 9, 15) par l’adoration, la louange et l’action de grâces. D’autre part, et jusqu’à la consommation du Dessein de Dieu, l’Église ne cesse d’offrir au Père " l’offrande de ses propres dons " et de l’implorer d’envoyer l’Esprit Saint sur celle-ci, sur elle-même, sur les fidèles et sur le monde entier, afin que par la communion à la mort et à la résurrection du Christ-Prêtre et par la puissance de l’Esprit, ces bénédictions divines portent des fruits de vie " à la louange de gloire de sa grâce " (Ep 1, 6).
Du Christ, durant son ministère, les évangélistes ont retenu deux prières plus explicites. Or elles commencent chacune par l’action de grâces. Dans la première (cf. Mt 11, 25-27 et Lc 10, 21-23), Jésus confesse le Père, le reconnaît et le bénit parce qu’il a caché les mystères du Royaume à ceux qui se croient doctes et l’a révélé aux " tout petits " (les pauvres des Béatitudes). Son tressaillement " Oui, Père ! " exprime le fond de son cœur, son adhésion au " bon plaisir " du Père, en écho au " Fiat " de Sa Mère lors de sa conception et en prélude à celui qu’il dira au Père dans son agonie. Toute la prière de Jésus est dans cette adhésion aimante de son cœur d’homme au " mystère de la volonté " du Père (Ep 1, 9).
Comme un bon père qui se réjouit de voir ses enfants dans la voie du bien, Jésus tressaille de joie de ce que les Apôtres ont été jugés dignes de si hautes faveurs: «En cette heure même, Jésus tressaillit de joie», etc.
Remarquez qu'il oppose aux sages et aux prudents, non pas les insensés et les esprits stupides, mais les petits, c'est-à-dire les humbles, pour faire comprendre que ce qu'il condamne, ce n'est point la pénétration, mais l'orgueil de l'esprit.
Il vit que les Apôtres, par la vertu de l'Esprit saint qu'il leur avait donnée, en gagneraient un grand nombre (c'est-à-dire les amèneraient à la foi), c'est pour cela que l'Évangéliste dit qu'il se réjouit dans l'Esprit saint, c'est-à-dire dans les effets produits par l'Esprit saint. En effet, le Sauveur aime tant les hommes, qu'il regarde comme un sujet de joie la conversion de ceux qui se sont égarés, et il rend grâces à Dieu: «Je vous rends gloire, ô Père»,etc.
Des hommes à l'esprit ou au coeur perverti nous objectent que le Fils rend ici grâce au Père, comme lui étant inférieur. Mais qui donc empêche le Fils, tout en étant consubstantiel à son Père, de rendre gloire à celui qui l'a engendré, et qui s'est servi de lui pour sauver le monde? Si vous pensez que par-là même qu'il rend gloire à son Père, il lui est inférieur, veuillez remarquer qu'il l'appelle son Père et le Seigneur du ciel et de la terre.
Le Sauveur découvre ensuite à ses disciples le dessein mystérieux, en vertu duquel il a plu à Dieu de révéler les trésors de la grâce aux petits, plutôt qu'aux sages et aux prudents de ce monde: «Je vous rends grâces de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents», etc.
Ces paroles: «De tout ton esprit», ne souffrent aucun partage; car quelle que soit la partie de notre amour que vous détachiez pour la répandre sur les choses de la terre, elle l'empêche nécessairement d'être entier. De même que ce qui s'écoule d'un vase plein de liqueur en diminue nécessairement la quantité, de même tout ce qui se détache de votre amour, pour se répandre sur les choses défendues, diminue d'autant l'amour que vous devez avoir pour Dieu.
Nous savons que souvent le Sauveur s'exprime d'une manière toute humaine, car sa divinité est intimement unie à son humanité; gardez-vous cependant de méconnaître la divinité à cause du voile du corps qui la recouvre. Mais que répondront à cela ceux qui veulent que le mal ait une existence distincte, et qui se forment un Dieu différent du vrai Père du Christ. Ils disent que ce Dieu n'a pas été engendré, qu'il est l'auteur du mal, le prince de l'iniquité, et la créature de ce monde matériel. Mais le Sauveur, confirmant les paroles de Moïse, dit hautement: «Je vous rends gloire, Père, Dieu du ciel et de la terre». - S. Epiph. L'Évangile de Marcion porte: «Je vous rends grâces, Dieu du ciel», et supprime ces paroles: «Et de la terre», et ces autres: «Mon Père», pour ne point donner à entendre que Jésus-Christ appelle son Père le Créateur du ciel et de la terre.