Luc 1, 59

Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père.

Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père.
Louis-Claude Fillion
Ils vinrent a sans doute pour sujet les « voisins et parents » du verset précédent, à moins qu'on ne préfère traduire d'une manière générale : On vint, c'est-à-dire, ceux-là vinrent qui devaient circoncire l'enfant. Cette opération n'était nullement réservée aux prêtres : tout les israélites, même les femmes, pouvaient l'accomplir. Cependant, comme elle était assez délicate, on ne la confiait généralement qu'à des personnes expérimentées. Elle était accompagnée de vives réjouissances auxquelles prenaient part les parents et les amis de la maison : c'était en effet un saint événement, qui faisait entrer un nouvel être dans l'alliance de Jéhovah. La circoncision devait avoir lieu le huitième jour qui suivait la naissance ; telle avait été l'ordonnance expresse du Seigneur, Gen. 17, 12 ; Lév. 12, 13. Cette loi ne souffrait pas même d'exception quand le huitième jour tombait un samedi. Comp. Joan. 7, 23. Aucun local particulier n'avait été fixé pour la cérémonie : quoique les Juifs l'accomplissent aujourd'hui dans leurs synagogues, elle se passait alors le plus souvent au sein même des familles, et c'est ici le cas, puisque Elisabeth joue un rôle important dans la scène suivante , et qu'elle ne pouvait quitter sa maison avant quarante jours. Sur la circoncision dans le Judaïsme ancien et moderne, voyez Léon de Modène, Cérémonies et coutumes des Juifs, 4è partie, ch. 8 ; Buxtorf, Synagog. Judaica, cap. 2 ; Winer, Realwoerterbuch, s.v. Beschneidung ; Coypel, Le judaïsme, esquisse des mœurs juives, pp. 96 et ss. - Ils l'appelaient du nom de son père : Littéralement conformément au nom, d'après le nom. Suivant un antique usage qui remontait jusqu'à l'époque d'Abraham (comp. Gen. 17, 5, 15 ; 21, 3 et 4), on associait très ordinairement à la cérémonie de la circoncision l'imposition du nom de l'enfant. Le choix de ce nom était le plus souvent réservé au père ; mais, dans la circonstance présente, les assistants, voulant sans doute faire à Zacharie une agréable surprise, et supposant d'ailleurs son consentement, se hâtèrent de donner son nom au fils de sa vieillesse. Voir au livre de Ruth, 4, 13-16, un trait analogue. Ils avaient même déjà prononcé le nom, lorsque Elisabeth les arrêta tout à coup par sa protestation énergique.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Le père se trouve d'accord avec sa femme sur le nom de l'enfant, ce qui explique les paroles suivantes: «Et tous furent remplis d'étonnement»,etc. Personne, en effet, dans leur famille, ne portait ce nom, on ne pouvait donc dire qu'il était venu à la pensée des deux époux.
Saint Bède le Vénérable
Dans le sens allégorique, la solennité de la naissance de Jean est le commencement de la grâce du Nouveau Testament. Ses voisins et ses parents voulaient lui donner le nom de son père, plutôt que celui de Jean, parce que les Juifs qui lui étaient unis par l'observation de la loi comme par une espèce d'affinité désiraient bien plus suivre la justice qui vient de la loi, que de recevoir la grâce de la foi mais la mère et le père de Jean font tout, l'une de vive voix, l'autre en écrivant, pour faire prévaloir le nom de Jean (qui veut dire grâce de Dieu), parce que la loi elle-même, les psaumes et les prophètes proclame nt ouvertement la grâce de Jésus-Christ; et le sacerdoce ancien lui rend également témoignage par les ombres figuratives des cérémonies et des sacrifices. Par un rapprochement mystérieux, Zacharie recouvre la parole le huitième jour de la naissance de son fils, figure de la résurrection du Seigneur, qui eut lieu le huitième jour, c'est-à-dire après le jour du sabbat qui était le septième, et dévoila tous les mystères du sacerdoce de l'ancienne loi.
Saint Jean Chrysostome
La loi de la circoncision fut donnée surtout à Abraham comme un signe distinctif; Dieu voulait que la race du saint patriarche se conservât pure et sans mélange d'autre peuple, afin qu'elle pût obtenir les biens qu'il lui avait promis. Mais dès que l'oeuvre de l'alliance est consommée, le signe qui l'annonçait doit être supprimé. C'est ainsi que le baptême succède à la circoncision qui a pris fin en Jésus-Christ; mais jusque-là Jean devait être circoncis: «Et il arriva qu'au huitième jour, ils vinrent circoncire l'enfant», etc. Dieu avait dit: L'enfant mâle de huit jours sera circoncis. La bonté divine avait fixé ce terme de huit jours pour deux raisons, à mon avis: premièrement, pour que dans un âge aussi tendre, la douleu r produite par l'incision de la chair fut moins vive; secondement, pour nous apprendre par le fait lui-même, que la circoncision était un signe; car l'enfant, à cet âge, ne peut comprendre ce que signifient les actes dont il est l'objet. Après la circoncision, on donnait le nom à l'enfant. «Et ils le nommaient», etc. On suivait cet ordre, parce qu'il faut tout d'abord recevoir le signe distinctif du Seigneur, avant de prendre le nom que l'on doit porter; ou bien encore, parce qu'il faut renoncer à toutes les choses charnelles signifiées par la circoncision, pour être digne de voir son nom écrit dans le livre de vie.

Le nom de Jean signifie aussi grâce de Dieu, c'est par une action de la grâce divine, et non pas un effet des lois naturelles qu'Elisabeth est devenue mère, et la mémoire d'un si grand bienfait se trouve éternisée dans le nom de son enfant.