Luc 1, 4
afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus.
afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus.
La sainte Mère Église a tenu et tient fermement et, avec la plus grande constance, que ces quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel (cf. Ac 1, 1- 2). En effet, ce que le Seigneur avait dit et fait, les Apôtres après son Ascension le transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses dont eux-mêmes, instruits par les événements glorieux du Christ et éclairés par la lumière de l’Esprit de vérité, jouissaient. Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre Évangiles, choisissant certains des nombreux éléments transmis soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Églises, gardant enfin la forme d’une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères. Que ce soit, en effet, à partir de leur propre mémoire et de leurs souvenirs, ou à partir du témoignage de ceux qui « furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole», ils composèrent leurs écrits dans le but de nous faire éprouver la « vérité » des enseignements que nous avons reçus (cf. Lc 1, 2-4).
S. Luc
consacre la dernière partie de cet intéressant Prologue à exposer le dessein qui lui avait fait prendre la plume.
Il veut que son lecteur principal, et tous les autres avec lui, soient confirmés dans la foi chrétienne par une
connaissance plus approfondie de l'Évangile. - Des paroles que l'on t'a enseignées. Ici, de même qu'au v. 2,
paroles désigne l'enseignement évangélique, ou les événements qui lui servaient de base. Du verbe grec
correspondant à enseigner, nous avons fait « catéchiser, catéchèse, catéchisme, catéchumène ».
Dans cette entrée en matière digne d'Hérodote ou de Thucydide, le rationaliste Baur se complaît à voir
l’œuvre d'un faussaire. Ewald, autre rationaliste, en admire au contraire la modestie délicate, l'aimable
candeur ; caractère qui est en effet très frappant. Au point de vue théologique, cette petite pièce a une très
grande importance, car elle est d'un précieux secours pour déterminer la nature de l'inspiration. S. Luc « parle
comme aurait fait un auteur ordinaire, qui relève sa fidélité, son exactitude et la parfaite connaissance qu'il a
des choses qu'il raconte… L'inspiration du Saint Esprit n'exclut pas la science, la diligence, la fidélité de
l'écrivain. Plus sa dignité est relevée, et plus les choses qu'il raconte sont divines et surnaturelles, plus il doit
apporter d'exactitude et de fidélité à s'instruire et à s'éclaircir de tout ». D. Calmet, Comment. Litt. sur S.
Luc, p. 267 et suiv. Si Dieu est le principal auteur des saintes lettres, il laisse pourtant quelque chose à faire
aux hommes qu'il inspire.
Souvent, en effet, nous regardons comme faux des faits qu'on avance dans la conversation, sans qu'on les mette par écrit; si, au contraire, on prend soin de les écrire, nous y ajoutons foi plus volontiers; car, pensons-nous, s'il n'était sûr de la vérité de ce qu'il dit, il ne l'écrirait point.
Il adressa son Évangile à Théophile, c'était un personnage distingué, peut-être même un prince; car l'épithète d'excellent ne se donnait qu'aux princes et aux gouverneurs, comme nous voyons saint Paul appeler le gouverneur Festus: «Très excellent Festus».
Théophile signifie qui aime Dieu ou qui est aimé de Dieu, qui que vous soyez donc, si vous aimez Dieu, ou si vous désirez être aimé de Dieu, regardez cet Évangile comme écrit pour vous, et conservez-le comme un présent qui vous est fait, comme un gage qui vous est confié. Et ce ne sont pas des choses nouvelles, ou des secrets inconnus qu'il doit expliquer à ce même Théophile; il lui promet de lui exposer la vérité des choses dont il a été instruit, afin, dit-il, de vous faire connaître la vérité des choses qu'on vous a enseignées, c'est-à-dire pour que vous puissiez connaître dans leur ordre naturel, les paroles et les actions du Seigneur, dont le souvenir nous a été conservé.
Lorsque saint Luc dit plusieurs, il a donc moins égard à leur nombre qu'à la diversité des hérésies que professaient ces prétendus évangélistes, qui sans avoir été favorisés des dons de l'Esprit saint et ne s'appuyant que sur leurs vains efforts, ont cherché bien plutôt à composer des récits particuliers qu'à reproduire la vérité historique des faits.
Et cependant saint Matthieu et saint Jean, pour un grand nombre de faits qu'ils racontent, ont dû nécessairement avoir recours à ceux qui connaissaient les détails de l'enfance de Jésus, de sa jeunesse, de sa généalogie, et qui avaient pu être témoins de ses actions.
Saint Jean confirme ce que dit ici saint Luc, que les Apôtres ont vu ce Verbe de leurs yeux par ces paroles: «Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire»; car c'est par le moyen de la chair que le Verbe s'est rendu visible.
Il ajoute: «Des choses»,car ce n'est pas dans un corps simplement apparent, comme le prétendent les hérétiques que Jésus a fait son avènement parmi nous, mais comme il était la vérité, c'est réellement dans la vérité qu'il a accompli son oeuvre.
Ou encore, afin que vous ayez une certitude inébranlable des vérités que vous avez apprises, en les voyant consignées dans l'Écriture.
Il se sert du mot, «ils ont vu», parce que le témoignage de témoins oculaires des faits, est pour nous le plus ferme motif de crédibilité.
Car, de même que chez le peuple juif, un grand nombre de prophètes ont prophétisé sous l'inspiration de l'Esprit saint; tandis que d'autres n'étaient que de faux prophètes, de même aujourd'hui, sous la nouvelle loi, plusieurs ont entrepris d'écrire des évangiles qui ne sont pas de bon aloi; c'est ainsi qu'on nous donne un évangile, écrit, dit-on, par les douze Apôtres, un évangile que Basilide a eu la prétention d'écrire, un troisième même qui aurait pour auteur saint Mathias.
Celui qui s'est efforcé de mettre en ordre, n'a dû ses efforts qu'à son travail personnel, et n'en peut espérer aucun résultat; au contraire, les dons et la grâce de Dieu n'exigent point d'efforts , et quand la grâce se répand dans une âme, elle l'arrose si largement, que l'esprit de l'écrivain loin d'être stérile, devient d'une inépuisable fécondité. C'est donc avec raison que saint Luc ajoute: «Des choses qui se sont accomplies parmi nous»,ou dont nous avons une connaissance surabondante, car ce qui est abondant ne fait défaut à personne, comme aussi personne ne doute de ce qui s'est accompli, puisque la foi s'appuie alors sur des faits qui en sont la démonstration la plus claire.
En disant: «Il m'a semblé bon»,il n'exclut pas le bon plaisir de Dieu; car c'est Dieu lui-même qui prédispose la volonté de l'homme (Pv 8, 35). Or, personne n'ignore que l'Évangile de saint Luc est plus étendu que les autres, aussi saint Luc prend-il soin d'établir solidement la vérité des faits qu'il raconte: «C'est après avoir été très exactement informé, que j'ai cru devoir écrire», non tout ce qu'il avait appris, mais une partie; car si toutes les choses qu'a faites Jésus étaient rapportées en détail, je ne crois pas, dit saint Jean, que le monde pût contenir les livres où elles seraient écrites. Du reste, c'est à dessein qu'il a omis une grande partie des faits racontés par les autres Évangélistes, afin que chaque Évangile dût son caractère particulier à la nature des mystères et des miracles qu'il renferme.
Mais ce n'est pas seulement comme homme revêtu de notre chair qu'ils ont vu Notre-Seigneur, ils l'ont vu comme Verbe, lorsque avec Moïse et Élie, ils ont été témoins de la gloire du Verbe, qui est resté invisible pour ceux qui n'ont pu voir que son corps.
Saint Luc commence son récit en nous faisant connaître la raison qui l'a déterminé à écrire son évangile; c'est que plusieurs avaient eu la prétention téméraire de raconter les choses dont il avait une connaissance plus parfaite: «Plusieurs, dit-il, s'étant efforcé de mettre par ordre l'histoire des choses».
Il nous fait connaître qu'elles ont été pour lui les suites de cet avènement, en ajoutant: «Qui se sont accomplies parmi nous», c'est-à-dire qui nous ont été dévoilées dans toute leur clarté, (comme le signifie le mot grec p ågëçñïöïñçìåíùí, que le latin ne peut rendre par un seul mot), car la connaissance de ces myste res était chez lui le résultat d'une foi certaine, raisonnée, et qui excluait jusqu'à l'ombre même du doute.
Il est écrit dans l'Exode: «Le peuple voyait la voix du Seigneur». Cependant la voix s'entend plutôt qu'elle n'est vue; mais l'écrivain sacré s'exprime de la sorte pour nous faire comprendre que la voix du Seigneur est visible pour d'autres yeux, que Dieu ouvre à ceux qui en sont dignes. Or, dans l'Évangile, ce n'est pas simplement la voix qui est vue, mais une parole qui est bien supérieure à la voix.