Luc 1, 36

Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile.

Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile.
Louis-Claude Fillion
Les Prophètes, quand ils prédisaient au nom du ciel un événement important, mais surhumain, annonçaient parfois un autre événement plus rapproché, dont la réalisation devait prouver la vérité de leurs paroles. Comme eux, le messager céleste donne à Marie un signe qui lui démontrera qu'elle n'a pas été trompée. La vierge de Nazareth obtient ainsi, sans le demander, ce que Zacharie n'avait reçu qu'en punition de son incrédulité. Ce signe miraculeux lui est notifié avec toutes ses circonstances : Et voici qu'Elisabeth… Quand on précise à ce point, on ne craint pas d'être démenti par les faits, et quiconque prophétise une chose si difficile, mérite qu'on lui ajoute foi, alors même qu'il en prédit une autre mille fois plus difficile encore. Si une femme stérile et âgée peut devenir mère, pourquoi une vierge n'enfanterait-elle pas ? - A propos des mots « votre parente », on s'est souvent demandé comment Marie et Elisabeth pouvaient être parentes, puisque celle-ci était de la tribu de Lévi, et celle-là de la tribu de Juda. Mais il n'existe sur ce point aucune difficulté réelle. Pour créer entre elles des liens de parenté il suffisait d'un mariage entre leurs familles. Par exemple, la mère de la Sainte Vierge était peut-être la fille d'Aaron, ou bien la mère de sainte Elisabeth pouvait appartenir à la race de David.
Saint Bède le Vénérable
Frères très chers, l'évangile qui est lu aujourd'hui met en valeur la naissance de notre salut. En effet, il nous raconte l'envoi par Dieu d'un ange du ciel chargé d'annoncer à la Vierge la naissance inouïe, dans la chair, du Fils de Dieu, par lequel nous pourrions rejeter notre vieillerie coupable, et être renouvelés au point d'être comptés parmi les fils de Dieu. Donc, pour que nous puissions obtenir les dons du salut promis, écoutons d'une oreille attentive le récit de son origine.

L'ange Gabriel, dit l'évangile, fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph; et le nom de la jeune fille était Marie (Lc 1,26-27).

Ce qui est dit de la maison de David ne concerne pas seulement Joseph, mais aussi Marie. Car la Loi prescrivait que chacun devait épouser une femme de sa tribu et de sa famille, au témoignage de l'Apôtre, qui écrit à Timothee: Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David: il est ressuscité d'entre les morts, voilà mon évangile (2Tm 2,8). Le Seigneur est véritablement issu de la descendance de David parce que sa mère vierge a réellement pris naissance de la souche de David. L'ange entra chez elle et dit: Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père (Lc 1,30-32).

Le trône de David désigne ici le pouvoir sur le peuple d'Israël, que David gouverna en son temps avec un zèle plein de foi, en obéissant aux ordres du Seigneur et en bénéficiant de son secours. Donc le Seigneur a donné à notre Rédempteur le trône de David son père, quand il décida de le faire s'incarner dans la race de David. Ce peuple, que David dirigea par son pouvoir temporel, le Christ va l'entraîner par une grâce spirituelle vers le royaume éternel dont l'Apôtre dit: Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entr er dans le royaume de son Fils bien-aimé (Col 1,13).

Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob (Lc 1,33). La maison de Jacob désigne l'Église universelle qui, par la foi et le témoignage rendus au Christ, se rattache à la destinée des Patriarches, soit chez ceux qui ont tiré leur origine charnelle de leur souche, soit chez ceux qui, nés charnellement d'une autre nation, sont renés dans le Christ, par le baptême dans l'Esprit.

C'est sur cette maison de Jacob qu'il régnera éternellement: et son règne n'aura pas de fin (Lc 1,33). Oui, il règne sur elle dans la vie présente, lorsqu'il gouverne le coeur des élus où il habite, par leur foi et leur amour envers lui; et il les gouverne par sa continuelle protection, pour leur faire parvenir les dons de la rétribution céleste; il règne dans l'avenir, lorsque, une fois achevé l'état de l'exil temporel, il les introduit dans le séjour de la patrie céleste. Et là, ils se réjouissent de ce que sa présence visible leur rappelle continuellement qu'ils n'ont rien à faire d'autre que de chanter ses louanges.
Saint Jean Chrysostome
Le langage que l'ange avait tenu jusqu'alors à Marie était au-dessus de son intelligence; il descend donc à des choses plus accessibles, et cherche à la persuader par des faits extérieurs et sensibles: «Et voici qu'Elisabeth, votre cousine». Remarquez l'à propos et la convenance de ces paroles. Gabriel ne rappelle pas à Marie les exemples de Sara, ou de Rébecca, ou de Rachel, ils étaient trop anciens; il lui cite un fait tout récent, pour produire en elle une conviction assurée, Dans ce même dessein il fait ressortir et l'âge et l'impuissance de la nature: «Elle a conçu aussi elle-même un fils dans sa vieillesse». Il ajoute: «Et c'est ici le sixième mois», etc. Il ne lui a point appris dès le commencement la conception d'Elisabeth, mais après six mois écoulés, afin que les signes visibles de sa grossesse fussent une preuve de la vérité de ses paroles.