Jean 8, 16

Et, s’il m’arrive de juger, mon jugement est vrai parce que je ne suis pas seul : j’ai avec moi le Père, qui m’a envoyé.

Et, s’il m’arrive de juger, mon jugement est vrai parce que je ne suis pas seul : j’ai avec moi le Père, qui m’a envoyé.
Louis-Claude Fillion
Et si je juge… Par cette restriction, le Sauveur indique que sa dernière parole ne devait pas être prise dans un sens absolu. Il est juge, c’est un de ses glorieux privilèges (Cf. 5, 22, 27) ; mais, il n’exercera ce rôle que plus tard, car actuellement, durant sa vie terrestre, il est avant tout Rédempteur (S. Jean Chrysostome ). Ou bien avec une nuance : quoiqu’il ait le droit de juger, il ne condamne directement personne, car le jugement s’opère de lui-même (Cf. 3, 18). Ou encore, d’après le contexte, et 5, 30 : quand il juge il n’est pas seul mais son Père prononce avec lui la sentence. - Mon jugement est vrai… Mon jugement est conforme à l’idée même de la justice, à son essence. - Car je ne suis pas seul… Et pourquoi son jugement est-il essentiellement infaillible ? C’est que ce n’est pas un simple jugement individuel, mais un jugement auquel Dieu prend part en même temps que lui : Je suis avec le Père, qui m’a envoyé… Cf. 5, 30 et le commentaire. « Ne juge pas seul, disent les Pirké Aboth, 4, 12, car personne ne peut juger seul sinon l’unique (Dieu) ».
Saint Jean Chrysostome
Tel est donc le sens de ses paroles, si je vous dis : « Je ne juge personne ; » ce n'est pas que je ne sois sûr de mon jugement, car si je voulais juger, mon jugement serait juste, mais le temps déjuger n'est pas encore venu. Il leur annonce ensuite indirectement le jugement futur en ajoutant : « Parce que je ne suis pas seul, mais moi et mon Père qui m'a envoyé, » et leur apprend que son Père doit se joindre à lui pour les condamner. Il répond ainsi en se conformant à leurs pensées, car ils ne croyaient pas que le Fils fut digne de foi, à moins de joindre le témoignage du Père à son propre témoignage.

Ou bien encore, si l'on prend cette parole dans le sens le plus simple, elle présente une véritable difficulté. Parmi les hommes, il a été établi que toute déposition doit être appuyée sur le témoignage de deux ou trois témoins, parce qu'un seul témoin n'est pas digne de foi ; mais comment faire à Dieu l'application de cette règle ? Cependant cette proposition n'a point d'autre raison d'être. Parmi les hommes, lorsque deux témoins déposent sur un fait qui ne leur est point personnel, leur témoignage est vrai, parce que c'est le témoignage de deux personnes distinctes, mais si l'un des deux vient à se rendre témoignage à lui-même, ce ne sont plus deux témoins, il n'y a plus qu'un seul. Nôtre-Seigneur ne s'est donc exprimé de la sorte que pour montrer qu'il n'est pas inférieur a son Père, autrement il n'aurait pas dit : « Moi et mon Père qui m'a envoyé. » Considérez encore que sa puissance n'est en rien au-dessous de celle de son Père. Lorsqu'un homme est par lui-même digne de foi, il n'a pas besoin d'un autre témoignage, lorsqu'il s'agit d'un fait qui lui est étranger ; mais dans une affaire personnelle où il a besoin du témoignage d'autrui, il n'est plus également digne de foi. Ici c'est tout le contraire, le Sauveur rend témoignage dans sa propre cause, tout en ayant pour lui le témoignage d'un autre, et il se déclare digne de foi.