Jean 6, 9

« Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »

« Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Louis-Claude Fillion
Autres détails propres à S. Jean. Les synoptiques se contentent de signaler le fait en général : « Nous n’avons ici, disent les apôtres à Jésus, que cinq pains et deux poissons », Matth. 14, 17. Ici au contraire, nous avons plusieurs circonstances particulières. - 1° Les pains et les poissons sont la propriété (qui a) d’un jeune enfant (diminutif expressif en grec) qui les avait sans doute apportés pour les revendre avec quelque profit. - 2° Remarquez en outre l’adjectif un, qui n’est nullement synonyme de un certain en cet endroit, mais auquel il faut laisser la signification emphatique de un seul. - 3° Les pains sont qualifiés par S. Jean : pains d’orge ; nourriture des pauvres, ainsi qu’on le voit par la Bible, Jud. 7, 13, et par de nombreux passages du Talmud. 4° Les poissons portent le nom de ὀψαρία, que nous retrouverons au v. 11, et 21, 9, 10, 13. Ce terme s'employait primitivement pour représenter toutes nourritures pouvant accompagner le pain, peu à peu l'usage en fut limité aux petits poissons, dont les anciens étaient très friands. Cf. Plutarque, Sympos. 4, 4 ; Bretschneider, Lexic. Man., s. v. ; Edersheim, Life and Times of Jesus the Messiah, t. 1, p. 682 et s. - Mais qu’est-ce que cela (en avant avec emphase) pour tant de monde ? Philippe a relevé la grandeur de la difficulté, André fait ressortir la petitesse des moyens.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Les sentiments d'André étaient à peu près semblables à ceux de Philippe, bien qu'il eût sur Jésus-Christ des pensées plus élevées : « André, frère de Simon Pierre, lui dit : Il y a ici un jeune homme qui a cinq pains d'orge et deux poissons. »
Saint Bède le Vénérable
La réflexion que fait André : « Qu'est-ce que cela pour tant de monde ? » est pleine de justesse, dans le sens allégorique, car la loi ancienne servait à peu de chose jusqu'au moment où Jésus la prit dans les mains, c'est-à-dire, en accomplit les prescriptions et nous offrit à l'entendre dans le sens spirituel ; car par elle-même la loi ne conduisait personne à la perfection.
Saint Jean Chrysostome
Ce n'est pas sans raison qu'André tient ce langage, il se rappelait le miracle qu'avait fait le prophète Elisée qui avait multiplié vingt pains d'orge pour nourrir cent personnes. (4 R 4, 42-44.) Il lui vint donc dans l'esprit une idée un peu plus élevée, mais qui n'alla pas encore bien loin, comme l'indique la réflexion qu'il ajoute : « Mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? » Il s'imaginait que celui qui opérait des miracles, les faisait plus ou moins grands, selon les éléments plus ou moins considérables qu'il avait à sa disposition, ce en quoi il se trompait. Il lui était aussi facile de nourrir une grande multitude avec quelques pains comme avec un plus grand nombre, parce qu'il n'avait nul besoin d'une matière préalable. Si donc il consent à se servir des éléments créés pour opérer ses miracles, c'est pour montrer que les créatures sont régies par sa providence pleine de sagesse.