Jean 6, 68

Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
Pape Saint Jean-Paul II
Frères et sœurs très chers, permettez que, dans un élan de joie intime, en union avec votre foi et pour la confirmer, je donne mon propre témoignage de foi en la très sainte Eucharistie. « Ave verum corpus natum de Maria Virgine, / vere passum, immolatum, in cruce pro homine! ». Ici se trouve le trésor de l'Église, le cœur du monde, le gage du terme auquel aspire tout homme, même inconsciemment. Il est grand ce mystère, assurément il nous dépasse et il met à rude épreuve les possibilités de notre esprit d'aller au-delà des apparences. Ici, nos sens défaillent – « visus, tactus, gustus in te fallitur », est-il dit dans l'hymne Adoro te devote –, mais notre foi seule, enracinée dans la parole du Christ transmise par les Apôtres, nous suffit. Permettez que, comme Pierre à la fin du discours eucharistique dans l'Évangile de Jean, je redise au Christ, au nom de toute l'Église, au nom de chacun d'entre vous: « Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68).
Concile œcuménique
La Parole de Dieu, qui est une force divine pour le salut de tout croyant (cf. Rm 1, 16), se présente dans les écrits du Nouveau Testament et sa puissance s’y manifeste de façon singulière. Dès que fut venue, en effet, la plénitude des temps (cf. Ga 4, 4), le Verbe de Dieu s’est fait chair, et il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité (cf. Jn 1, 14). Le Christ a instauré le règne de Dieu sur terre ; par ses gestes et ses paroles, il a révélé et son Père et lui-même ; par sa mort, sa résurrection, son ascension glorieuse et par l’envoi de l’Esprit Saint, il a parachevé son œuvre. Élevé de terre, il attire à lui tous les hommes (cf. Jn 12, 32 grec), lui qui seul possède les paroles de la vie éternelle (cf. Jn 6, 68). Mais ce mystère n’a pas été dévoilé aux autres générations comme il l’a été désormais dans l’Esprit Saint à ses saints Apôtres et prophètes (cf. Ep 3, 4-6 grec), afin qu’ils proclament l’Évangile, qu’ils suscitent la foi en Jésus, Christ et Seigneur, et qu’ils rassemblent son Église. De ces réalités, les écrits du Nouveau Testament présentent un témoignage permanent et divin.
Saint Cyrille d'Alexandrie
A qui donc irions-nous? demande Pierre. Il veut dire: "Qui nous instruira comme toi des divins mystères?" ou encore: "Auprès de qui trouverions-nous quelque chose de meilleur? Tu as les paroles de la vie éternelle" (Jn 6,68). Elles ne sont pas dures, comme le disent ces autres disciples. Au contraire, elles conduisent à la réalité la plus extraordinaire de toutes, la vie éternelle qui est sans fin, vie exempte de toute corruption.

Ces paroles nous montrent bien que nous devons nous asseoir aux pieds du Christ, le prenant pour notre seul et unique maître, et nous tenir constamment près de lui sans nous laisser distraire. Il doit devenir pour nous le guide parfaitement capable de nous conduire à la vie qui n'aura pas de fin. De cette manière, en effet, nous monterons jusqu'à la divine demeure du ciel et nous entrerons dans l'Église des premiers-nés, pour faire nos délices des biens que l'esprit humain ne peut comprendre.

De soi, il est évident que la volonté de suivre le Christ seul et de lui être toujours uni, est chose bonne et salutaire. Néanmoins, l'Ancien Testament va aussi nous l'apprendre. De fait, au temps où les Israélites, affranchis de l'oppression égyptienne, se hâtaient vers la terre promise, Dieu ne les laissait pas faire route en désordre, et le législateur ne leur permettait pas d'aller n'importe où, à leur gré; sans guide, en effet, ils se seraient à coup sûr complètement égarés.

Remarque comment ils reçoivent l'ordre de suivre, de se mettre en marche au moment où la nuée prend son départ, de faire encore halte avec elle, puis de prendre du repos avec elle. Vraiment, en ce temps-là, les Israélites trouvaient leur salut en restant avec leur guide. Aujourd'hui, nous faisons également le nôtre en refusant de nous séparer du Christ. Car c'est lui qui s'est manifesté aux anciens sous les apparences de la tente, de la nuée et du feu.

Les Israélites devaient exécuter les ordres: il leur était défendu de se mettre en route de leur propre initiative. Ils devaient s'arrêter avec la nuée, par égard pour elle. Cela devait encore servir d'exemple, afin que vous compreniez cette parole du Christ: Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur (Jn 12,26). C'est en marchant toujours avec lui que le disciple donne la preuve qu'il est fidèle à le suivre et assidu à se tenir près de lui.

Or, la marche en compagnie et à la suite du Christ Sauveur ne s'entend nullement dans un sens matériel, mais s'effectue plutôt par le moyen des oeuvres qu'engendre la vertu. Les disciples les plus sages s'y sont fermement engagés de tout leur coeur. Ils ont refusé de se retirer avec ceux qui manquaient de foi et couraient à leur perte.

Ils s'écrient à bon droit: Où irions-nous? En d'autres termes: "Nous serons toujours avec toi, nous nous attacherons à tes commandements, nous accueillerons tes paroles, sans jamais récriminer. Nous ne croirons pas, avec les ignorants, que ton enseignement est dur à entendre. Nous ferons plutôt nôtre cette pensée: Qu'elle est douce à mon palais, ta promesse: le miel a moins de saveur dans ma bouche!" (Ps 118,103).
Saint Jean Chrysostome
C'est en effet le moyen le plus convenable pour les attirer à lui. S'il leur avait prodigué les éloges, ils y eussent été par trop sensibles, et se seraient persuadés qu'en restant fidèles à Jésus-Christ, ils lui rendaient un grand service. Il se les attache donc bien plus fortement, en leur montrant qu'il n'a que faire de leur obéissance et de les voir marcher à sa suite. Toutefois il ne leur dit pas : Allez-vous en, (ce qui eût été les renvoyer,) mais il leur demande s'ils veulent s'en aller, il leur donne toute liberté, il ne veut pas qu'un certain sentiment de pudeur les retienne à sa suite, le suivre par nécessité est pour lui comme s'ils l'abandonnaient. Or, Pierre qui aimait ses frères et professait un ardent amour pour le Sauveur, répond pour tout le collège apostolique : « Mais Simon Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? »

Ces paroles montrent le grand amour des vrais disciples de Jésus pour leur divin Maître ; ils le mettaient dans leur esprit et dans leur cœur bien au-dessus de leurs pères et de leurs mères. Et s'il parlait ainsi, ce n'est point dans la crainte que personne ne voulût les recevoir, après qu'ils auraient quitté Jésus, c'est pourquoi il ajoute : « Vous avez les paroles de la vie éternelle. » Il montre ainsi qu'il se rappelle les paroles du Seigneur : « Je le ressusciterai au dernier jour; » et encore : « Il aura la vie éternelle. » Les Juifs disaient : « C'est le fils de Joseph, » Pierre, au contraire, s'écrie : « Nous avons cru et nous avons connu que vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant.