Jean 6, 62

Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !...

Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !...
Catéchisme de l'Église catholique
Jésus a accueilli la profession de foi de Pierre qui le reconnaissait comme le Messie en annonçant la passion prochaine du Fils de l’Homme (cf. Mt 16, 16-23). Il a dévoilé le contenu authentique de sa royauté messianique à la fois dans l’identité transcendante du Fils de l’Homme " qui est descendu du ciel " (Jn 3, 13 ; cf. Jn 6, 62 ; Dn 7, 13) et dans sa mission rédemptrice comme Serviteur souffrant : " Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude " (Mt 20, 28 ; cf. Is 53, 10-12). C’est pourquoi le vrai sens de sa royauté n’est manifesté que du haut de la Croix (cf. Jn 19, 19-22 ; Lc 23, 39-43). C’est seulement après sa Résurrection que sa royauté messianique pourra être proclamée par Pierre devant le Peuple de Dieu : " Que toute la maison d’Israël le sache avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié " (Ac 2, 36).
Louis-Claude Fillion
Et si vous voyez. Remarquons que ce verbe ne désigne pas nécessairement une vision extérieure et matérielle, mais qu’on l’emploie aussi dans le sens de « savoir », pour marquer une perception interne. Hebr. 4, 19 ; Cf. 7, 4, etc. - Monter, d’après l’interprétation commune et la seule naturelle, ne peut s’appliquer qu’au mystère de l’Ascension du Christ. Quelques exégètes, il est vrai, ont essayé de démontrer que le mot grec représenterait ici d’une manière figurée la passion de Jésus, laquelle, disent-ils, devait plus que l’Eucharistie scandaliser les disciples ; mais leur opinion est complètement en désaccord avec l’usage biblique de cette expression (Cf. 20, 17), et réfutée dans notre verset même par les mots qui suivent : où il était auparavant. Ces mots, en effet, sont évidemment synonymes de « ciel », quoique de façon à exprimer en même temps la préexistence de Jésus (Cf. 1, 52), et à prouver la divinité de celui qui daigne, dans une aussi glorieuse prophétie, s’appeler humblement le Fils de l’homme. La phrase n’est pas achevée et le langage est elliptique, tel que le produit l’émotion. De là une grande divergence de vues parmi les commentateurs. Les uns suppléent à la fin du verset (S. Cyrille, Nonnus, Euthymius, Tolet, Jansénius, Godet, etc) : Que ne direz-vous pas alors ? Les autres (S. Augustin, Rupert de Deutz, etc. ) : Alors vous comprendrez, vous cesserez d’être scandalisés. Dans la premier cas, Jésus grandirait encore la difficulté, et rendrait la mystère plus obscur ; car comment communier à sa chair et à son sang après qu’il sera remonté au ciel ? Dans le second cas, il la diminuerait au contraire, en manifestant d’avance sa puissance divine et en précisant le mode de la présence réelle et de la sainte communion ; comme s’il disait : Quand vous aurez été témoins de mon ascension, vous verrez que rien ne dépasse mes pouvoirs, et, d’un autre côté, que mon corps ne sera plus soumis aux lois ordinaires de la nature ; vos préjugés disparaîtront alors. « Ils s’étaient imaginés qu’il leur distribuerait son corps, et il disait, lui, qu’il monterait au ciel dans tout son entier : « Lorsque vous verrez le Fils de l’homme monter où il était d’abord ». Oui, vous verrez, même alors, qu’il ne distribue point son corps de la manière que vous vous imaginez : oui, vous comprendrez, même alors, que l’on ne broie pas sa grâce sous les dents », S. Augustin, Traité 27 sur S. Jean, 3. Cette seconde interprétation nous paraît de beaucoup préférable. La seule objection sérieuse qu’on puisse lui opposer est tirée de « si vous voyez », car les apôtres seuls paraissent avoir été témoins oculaires de l’Ascension (Cf. Marc. 16, 19 ; Luc. 24, 51 ; Act. 1, 9) ; mais déjà nous l’avons prévenue. On peut ajouter que l’idée principale ne porte pas sur ce verbe, mais sur « monter », et que Jésus fait une simple hypothèse : S’il vous était donné de voir… ? D’ailleurs les apôtres faisaient alors partie de l’auditoire qui entendait la parole du Maître ( versets 68 et ss.), et eux, du moins, ils contemplèrent son triomphe, ce qui suffit pour la réalisation de la parole « Et si vous voyez ».
Saint Théophylacte d'Ohrid
N'allez pas croire pour cela que le corps de Jésus-Christ soit descendu du ciel comme l'enseigne l'hérésie de Marcion et d'Apollinaire, le Fils de Dieu et le Fils de l'homme ne sont qu'une seule et même personne.
Saint Jean Chrysostome
Une des preuves de sa divinité, c'était de révéler publiquement le secret des cœurs. Il ajoute : « Donc, quand vous verrez le Fils de l'homme monter où il était auparavant ? » Suppléez : Que direz-vous ? C'est la réflexion qu'il avait déjà faite à Nathanaël : « Parce que je vous ai dit : Je vous ai vu sous le figuier, vous croyez ; vous serez témoin de plus grandes choses. » Nôtre-Seigneur n'ajoute pas ici difficultés sur difficultés, mais il veut les attirer par la grandeur et le nombre des vérités sublimes qu'il leur enseigne. S'il leur avait dit simplement tout d'abord qu'il était descendu du ciel, sans rien ajouter de plus, il aurait augmenté le scandale de ceux qui l'écoutaient ; il suit donc une marche toute différente, il déclare que sa chair est la vie du monde, que de même qu'il a été envoyé par son Père vivant, il vit aussi par son Père, et c'est alors qu'il ajoute qu'il est descendu du ciel pour faire disparaître toute espèce, de doute. Ce n'est donc point pour scandaliser ses disciples, c'est au contraire pour détruire le scandale que ses paroles avaient fait naître qu'il s'exprime de la sorte. Tant qu'ils ne voyaient en lui que le Fils de Joseph, ses paroles n’avaient pour eux aucune autorité ; ceux au contraire qui croiraient qu’il était descendu du ciel, et qu'il devait y remonter, prêteraient une attention plus grande à ses enseignements.