Jean 6, 14
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »
Ce verset et le suivant contiennent
des détails nouveaux pour la plupart et d’une grande importance. Ils complètent une donnée de S. Matthieu
(14, 22) et de S. Marc (6, 45), qui eût été difficilement explicable sans leur secours ; en même temps, ils
décrivent la vive impression produite dans la foule par cet éclatant miracle. - Ces hommes... donc Ici,
l’expression la plus générale du mot homme, et non l'acception restreinte ἄνδρες comme au verset 10. -
Ayant donc vu le miracle qu’avait fait Jésus. Quelques manuscrits grecs lisent XXX au pluriel, ce qui
désignerait tous les miracles antérieurs de N.-S. Jésus-Christ ; mais la leçon de la Vulgate semble mieux
garantie. Elle a aussi le contexte en sa faveur. - Disaient. Ils disaient et redisaient encore, dans leur ardent
enthousiasme. - Celui-ci ( avec emphase) est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde. Dans le grec
au participe présent, avec deux articles qui accentuent les mots principaux : « Le prophète, le venant » des
Juifs. La foule entendait évidemment par là le Prophète par excellence (Cf. Deut. 18, 25), le Messie. Voyez 1,
21 et le commentaire.
Ce miracle nous apprend aussi à ne pas nous décourager au milieu des étreintes de la pauvreté.
Ou bien il voulait le faire connaître aux autres disciples, et leur montrer qu'il n'ignorait pas les pensées les plus intimes de son cœur.
En rendant la vue aux aveugles et en opérant d'autres prodiges semblables. Et il ne faut pas oublier qu'il guérissait l'âme en même temps qu'il rendait la santé du corps.
Jésus fait donc cette question, non pour apprendre ce qu'il ignore, mais pour convaincre son disciple de la lenteur de son esprit et de sa foi, qu'il ne pouvait découvrir par lui-même.
Une semblable réponse accuse en effet un esprit bien lent à croire, car s'il avait compris parfaitement que Jésus était le Créateur de toutes choses, il n'aurait eu aucun doute sur l'étendue de sa puissance.
Leur foi était loin d'être parfaite, puisqu'ils ne regardaient le Seigneur que comme un prophète, sans reconnaître encore sa divinité, mais cependant l'éclat de ce miracle leur avait fait faire de grands progrès, puisqu'ils le distinguaient des autres par le nom de prophète ; ils se rappelaient, en effet, que leurs prophètes s'étaient quelquefois signalés par des miracles. D'ailleurs ils ne se trompent pas, en appelant Nôtre-Seigneur prophète, puisque lui-même a daigné prendre ce nom : « Il ne convient pas, dit-il, qu'un prophète périsse hors de Jérusalem. » (Lc 13)
On peut dire encore que ces deux poissons figurent les paroles ou les écrits des prophètes et des auteurs de Psaumes ; or, de même que le nombre cinq se rapporte aux cinq sens du corps, le nombre mille est le symbole de la perfection. Ceux qui s'appliquent à maîtriser et à diriger parfaitement les cinq sens de leur corps, sont appelés viri(hommes), du mot vires (forces). Ce sont ceux qui ne se laissent point corrompre par une mollesse féminine, qui vivent dans la chasteté et la tempérance, et méritent de goûter les douceurs de la sagesse céleste.
Les corbeilles servent aux usages domestiques, elles figurent donc ici les Apôtres et leurs imitateurs qui, d'un extérieur peu remarquable aux yeux des hommes, sont cependant remplis intérieurement des richesses de tous les trésors spirituels. Les Apôtres sont comparés à des corbeilles, parce que c'est par leur ministère que la foi en la sainte Trinité devait être prêchée dans toutes les parties du monde. Le Sauveur n'a point voulu créer de nouveaux pains, mais s'est contenté de multiplier ceux qui existaient, pour nous apprendre qu'il n'est point venu pour rejeter et détruire la loi, mais en dévoiler les mystères en l'expliquant.
Le peuple, à la vue de ce miracle, était dans l'admiration, parce qu'il ne connaissait pas encore la divinité du Sauveur, c'est pour cela que l'Evangéliste ajoute : « Ces hommes (dont le jugement était dominé par les sens), ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde. »
Le Seigneur a gagné le sommet de la montagne, lorsqu'il est monté au ciel dont cette montagne est la figure.
Les corbeilles servent aux usages domestiques, elles figurent donc ici les Apôtres et leurs imitateurs qui, d'un extérieur peu remarquable aux yeux des hommes, sont cependant remplis intérieurement des richesses de tous les trésors spirituels. Les Apôtres sont comparés à des corbeilles, parce que c'est par leur ministère que la foi en la sainte Trinité devait être prêchée dans toutes les parties du monde. Le Sauveur n'a point voulu créer de nouveaux pains, mais s'est contenté de multiplier ceux qui existaient, pour nous apprendre qu'il n'est point venu pour rejeter et détruire la loi, mais en dévoiler les mystères en l'expliquant.
La réflexion que saint Jean prête à André au sujet des cinq pains et des deux poissons, est rapportée par les autres Evangélistes (qui ont mis le pluriel pour le singulier), comme ayant été faite collectivement par tous les disciples.
Nôtre-Seigneur multiplie ces cinq pains de la même manière qu'il fait sortir de quelques grains seulement d'abondantes moissons. Les mains de Jésus-Christ étaient pleines d'une puissance toute divine, et ces pains étaient comme des semences qui n'étaient pas confiées à la terre, mais qui étaient multipliées par celui qui a créé la terre.
Il est une tentation qui porte directement au péché, et elle ne peut jamais être l'œuvre de Dieu qui ne porte jamais personne au mal, selon la parole de saint Jacques. Il est encore une tentation qui a pour objet d'éprouver la foi, et dont Moïse dit : « Le Seigneur votre Dieu vous éprouve, afin qu'on sache si vous l'aimez on non , » (Dt 13, 3) et c'est dans ce sens qu'il faut entendre la question que Jésus faisait à Philippe pour le tenter.
D'après le récit de saint Jean, le Seigneur à la vue de cette nombreuse multitude, aurait demandé à Philippe pour l'éprouver où il trouverait de quoi nourrir tout ce peuple. Mais alors comment admettre la vérité du récit des autres évangélistes dans lesquels nous lisons que les apôtres pressèrent tout d'abord le Seigneur de congédier le peuple, et qu'il leur répondit : « Ils n'ont nul besoin de s'en aller, donnez-leur vous-mêmes à manger ? » Pour concilier cette difficulté, il suffit d'admettre qu'après ces paroles, le Sauveur regarda cette grande multitude de peuple et qu'il fit à Philippe la question qui est rapportée par saint Jean, et que les autres apôtres ont passée sous silence.
Saint Marc prête à tous les disciples la réponse que saint Jean attribue exclusivement ici à Philippe. Mais on peut dire que ce dernier évangéliste laisse à comprendre que Philippe répondit au nom des autres apôtres, quoiqu'il ait pu, en se conformant à l'usage beaucoup plus reçu, mettre le pluriel à la place du singulier.
Jésus-Christ est prophète et le Seigneur des prophètes, de la même manière qu'il est ange et le Seigneur des anges. Il est ange (ou envoyé) parce qu'il est venu annoncer des choses présentes ; il est prophète, parce qu'il a prédit l'avenir, et en tant que Verbe fait chair, il est le Seigneur des anges et des prophètes, car on ne peut concevoir un prophète sans le Verbe de Dieu.
Remarquons que comme la nature divine ne peut être aperçue de nos yeux, et que les miracles de la Providence, par lesquels Dieu ne cesse de gouverner le monde et de régir toutes les créatures, ont perdu pour nous de leur éclat, parce qu'ils se renouvellent tous les jours ; il s'est réservé quelques œuvres extraordinaires, qu'il opère à des temps marqués en dehors des causes physiques et des lois ordinaires de la nature, pour émouvoir ainsi par la nouveauté plutôt que par la grandeur du miracle, ceux sur qui les prodiges de tous les jours ne font plus d'impression. En effet, le gouvernement du monde entier est un bien plus grand miracle que l'acte par lequel le Sauveur nourrit cinq mille hommes avec cinq pains : et cependant personne n'admire le premier miracle, et tous sont ravis d'admiration en présence du second, non pas précisément parce qu'il est plus grand, mais parce qu'il arrive rarement. Toutefois, ne nous contentons pas de voir seulement le fait extérieur dans les miracles du Christ, le Seigneur, sur la montagne, c'est le Verbe sur les hauteurs, il ne se présente donc point ici dans un état d'humiliation, et il ne faut point passer légèrement sur ce miracle, mais lever nos regards en haut.
Les cinq pains d'orge signifient la loi ancienne, soit parce que la loi a été donnée aux hommes, alors qu'ils se conduisaient plutôt par la chair que par l'esprit, et qu'ils étaient comme livrés aux cinq sens du corps (remarquez que cette multitude se composait de cinq mille hommes) ; soit parce que la loi a été donnée par Moïse, qui l'a renfermée dans les cinq livres qui portent son nom. Ces cinq pains étaient d'orge, et figuraient parfaitement la loi dans laquelle l'aliment vital de l'âme était recouvert par des signes extérieurs. La moelle de l'orge est en effet recouverte d'une paille très tenace. Ces pains d'orge peuvent encore représenter le peuple lui-même qui n'était pas encore dépouillé de ses désirs charnels, qui adhérait à son cœur comme la paille qui recouvre le grain d'orge. L'orge est la nourriture des bêtes de somme et des esclaves. Or, la loi a été donnée à des esclaves, et à des hommes charnels, dont les animaux sont la figure.
Les deux poissons destinés à donner au pain une saveur agréable, sont l'emblème des deux institutions qui gouvernaient le peuple, le sacerdoce et la royauté, et ces deux institutions figuraient à leur tour Nôtre-Seigneur, qui les réunissait toutes deux dans sa personne.
L'enfant qui portait ces cinq pains et ces deux poissons figurait le peuple juif, qui portait les cinq livres de la loi comme un enfant inexpérimenté, sans songer à s'en nourrir ; ces aliments, tant qu'ils restaient enveloppés, n'étaient pour lui qu'une charge accablante, et ils n'avaient la vertu de nourrir qu'à la condition d'être mis à découverts.
C'est au moment où les pains étaient rompus qu'ils se multipliaient, et c'est ainsi que les cinq livres de Moïse, par l'exposition (ou la fraction) qui en a été faite, ont donné naissance à une multitude d'autres livres.
C'est, en brisant en quelque sorte, ce qu'il y avait de dur dans la loi, et en expliquant ce qu'elle avait d'obscur, que Nôtre-Seigneur nourrit ses disciples, lorsqu'après sa résurrection il leur découvrit le sens des Ecritures.
La question du Sauveur avait pour objet de faire ressortir l'ignorance de son disciple, qui était la figure de l'ignorance où le peuple était de la loi. Le peuple s'assoit sur l'herbe, parce qu'il avait encore des goûts charnels et se reposait volontiers dans les satisfactions de la chair, car « toute chair est comme l'herbe des champs. » (Is 40) Remarquez encore que le Seigneur ne nourrit et ne rassasie de ces pains multipliés miraculeusement que ceux qui traduisent dans leurs œuvres les enseignements qu'ils ont reçus.
Quels sont ces restes qu'il commande de recueillir ? C'est ce que le peuple n'a pu manger, et ces restes qui sont les vérités d'une intelligence plus cachée et que la multitude ne peut comprendre, sont confiés à ceux qui sont capables, et de les recevoir et de les enseigner aux autres, tels qu'étaient les Apôtres, et voilà pourquoi nous voyons que douze corbeilles furent remplies de ces restes.
Mais pourquoi Nôtre-Seigneur n'a-t-il point fait de prière avant de guérir le paralytique, de ressusciter les morts, d'apaiser la mer agitée, tandis que nous le voyons ici prier et rendre grâces ? C'est pour nous apprendre à rendre grâces à Dieu avant de commencer le repas. On peut dire encore qu'il prie avant de faire des miracles de moindre importance, pour faire voir qu'il ne prie pas pour obtenir du secours, car s'il avait eu besoin de demander le secours d'en haut, c'eût été surtout avant de faire ses plus grands miracles, et comme il les fait toujours avec autorité, il est évident que c'est par condescendance pour nous, qu'il adresse à Dieu sa prière. Une autre raison, c'est qu'il voulait bien persuader le peuple, qui était présent, que c'était par la volonté de Dieu qu'il était venu sur la terre. Voilà pourquoi il ne prie point avant de faire un miracle loin des yeux de la foule, il priait, au contraire, lorsqu'il devait le faire devant tout le peuple, pour le convaincre qu'il n'était point en opposition avec Dieu.
Apprenons ici, nous qui sommes tout entiers aux satisfactions de la sensualité, quelle était la nourriture de ces hommes admirables, quelle sobriété dans la quantité comme dans le choix de leurs aliments. Nôtre-Seigneur fait asseoir le peuple avant que les pains aient été multipliés, parce que, comme dit saint Paul, les choses qui n'existent pas lui sont soumises comme celles qui existent (Rm 4) : « Jésus leur dit : Faites-les asseoir. »
Ou bien encore, il s'agit ici de deux faits différents qui n'ont point eu lieu à la même époque.
Ils disent : « Qui doit venir en ce monde, » il est donc évident qu'ils attendaient un prophète extraordinaire. Aussi ces paroles : « Celui-ci est vraiment prophète, » se trouvent dans le texte grec avec l'article, comme preuve qu'ils le distinguent de tous les autres prophètes.
Les disciples présentent donc à cette multitude cinq pains, et les leur distribuent à mesure qu'ils les rompent, ils se succèdent dans leurs mains par une création instantanée de nouveaux morceaux de pain. Le pain qui est rompu ne diminue point, et cependant de nouveaux morceaux remplissent continuellement les mains qui les rompent, sans que les sens ni les yeux puissent suivre la continuité de cette création vraiment merveilleuse. Ce qui n'existait pas, existe, on voit ce qu'on ne comprend pas, et la seule pensée qui reste, est celle de la toute puissance de Dieu.