Jean 4, 54

Tel fut le second signe que Jésus accomplit lorsqu’il revint de Judée en Galilée.

Tel fut le second signe que Jésus accomplit lorsqu’il revint de Judée en Galilée.
Louis-Claude Fillion
La phrase est étrange à première vue, mais la signification est claire d'après 2, 1 et ss. Deux fois déjà Jésus-Christ était revenu de Judée en Galilée, et chacun de ses retours fut marqué par un grand miracle opéré à Cana. Heureuse bourgade, tant honorée! S. Jean tient à compléter les synoptiques, et à montrer que ce qui, dans leur narration, paraissait être le premier retour de Notre-Seigneur en Galilée, était de fait le second. Voilà pourquoi il insiste sur ce détail.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Cet officier du roi représente tout homme, non-seulement parce que l'homme est par sou âme dans des rapports étroits avec le souverain roi de tout ce qui existe, mais aussi parce que Dieu lui a donné l'autorité sur toutes les créatures. Son fils, c'est l'âme de l'homme en proie à la fièvre des mauvais désirs et des convoitises charnelles. Il s'approche de Jésus et le prie de descendre, c'est-à-dire de s'abaisser jusqu'à lui par une miséricordieuse condescendance et de lui pardonner ses péchés, avant que cette maladie des voluptés sensuelles ne lui ait fait perdre la vie. Le Seigneur lui dit : « Allez, » c'est-à-dire faites toujours de nouveaux progrès dans le bien ; et alors votre fils sera rendu à la vie ; mais si vous cessez de marcher, votre âme frappée de mort ne pourra plus faire aucune bonne action.
Alcuin d'York
Ou bien encore, c'est parce que c'est l'Esprit aux sept dons qui est l'auteur de la rémission des péchés, car le nombre sept composé des nombres trois et quatre, représente la sainte Trinité dans les quatre temps de l'année, dans les quatre parties du monde, comme dans les quatre éléments.
Saint Grégoire le Grand
Rappelez-vous l'objet de la prière de cet officier, et vous connaîtrez. clairement que sa foi était bien chancelante : « Cet officier lui dit : Seigneur, descendez avant que mon fils ne meure. » Sa foi était donc bien faible, puisqu'il ne croyait pas qu'il pût guérir son fils sans venir lui-même en personne.
Saint Augustin
Il priait, il n'avait donc pas la foi ? Quelle explication attendez-vous de moi ? Demandez au Seigneur lui-même ce qu'il pense de cet homme : « Jésus lui dit : Si vous ne voyez des signes et des prodiges vous ne croyez pas. » Il reproche à cet homme sa tiédeur, sa froideur dans la foi, peut-être même son absence complète de foi ; il n'avait qu'un désir la guérison de son fils comme une épreuve certaine de ce qu'était Jésus, de sa dignité, de sa puissance. Le mot prodige (prodigium comme porro dictum), signifie une chose qui date de loin, qui est éloignée et qui annonce un événement futur.

S'il crut lorsqu'il apprit que son fils était guéri, et qu'il eut rapproché l'heure de sa guérison de celle où Jésus lui avait dit : « Votre fils est guéri, » il n'avait donc pas encore la foi quand il se présenta devant le Sauveur.

C'est après l'avoir simplement entendu qu'un grand nombre de Samaritains crurent en lui, et après ce grand miracle, il n'y eut que la maison seule de cet officier où cette guérison miraculeuse avait eu lieu. L'Evangéliste ajoute : « Ce fut le second miracle que Jésus fit après être revenu de Judée en Galilée. »

Nôtre-Seigneur veut tellement élever l'âme de ses fidèles au-dessus de toutes les choses soumises à la mutabilité, qu'il ne veut pas leur voir rechercher des miracles, où sa divinité est le premier et le principal agent, mais qui portent sur de simples changements opérés dans les corps.

Lorsqu'il changea l'eau en vin dans cette circonstance, ses disciples crurent en lui, la maison était pleine de convives, et cependant à la vue d'un si grand miracle, aucun autre ne crut à sa puissance divine. Il revient donc dans cette ville pour amener à la foi ceux que son premier miracle n'avait pu déterminer à croire.
Saint Jean Chrysostome
Ecoutez sous quelle impression toute humaine il veut attirer le Sauveur chez lui, comme s'il ne pouvait ressusciter son fils après sa mort. Rien d'étonnant du reste qu'il vienne trouver Jésus sans avoir la foi ; l'amour des pères pour leurs enfants leur fait consulter, non-seulement les médecins qui ont leur confiance, mais ceux mêmes qui ne leur en inspirent pas une bien grande, parce qu'ils ne veulent rien omettre de ce qui peut conserver la vie à leurs enfants. S'il avait eu une foi vive à la puissance de Jésus-Christ, il l'aurait été trouver jusque dans la Judée.

Ce n'est pas sans raison qu'il fait cette réflexion, et il veut nous faire remarquer que même après ce second miracle, les Juifs n'étaient pas encore parvenus à la hauteur des Samaritains qui n'avaient vu aucun miracle.
Origène
Cette proposition est amphibologique, on peut l'entendre en ce sens, que Jésus en venant de la Judée en Galilée, fit deux miracles, dont le second fut la guérison du fils de cet officier ; ou dans cet autre qui est le plus vrai, que de ces deux miracles que Jésus fit dans la Galilée, le second eut lieu lorsqu'il vint de la Judée en Galilée.

On peut encore voir ici les deux avènements du Verbe dans notre âme : le premier ou l'eau fut changée en vin fait éprouver à l'âme la joie d'un banquet spirituel ; le second qui retranche tous les restes de langueur et de mort spirituelle. 

Quelques-uns pensent que cet homme était un des officier d'Hérode, et d'autres affirment qu'il était dé la maison de César, et qu'il avait été envoyé en mission particulière en Judée, car on ne dit pas qu'il fut juif.