Jean 4, 35
Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,
Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,
Le Seigneur pouvait inviter les autres à être attentifs à la beauté qu’il y a dans le monde, parce qu’il était lui-même en contact permanent avec la nature et y prêtait une attention pleine d’affection et de stupéfaction. Quand il parcourait chaque coin de sa terre, il s’arrêtait pour contempler la beauté semée par son Père, et il invitait ses disciples à reconnaître dans les choses un message divin : « Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson » (Jn 4, 35). « Le Royaume des Cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est bien la plus petite de toutes les graines, mais quand il a poussé, c’est la plus grande des plantes potagères, qui devient même un arbre » (Mt 13, 31-32).
Il y a encore quatre mois et la moisson viendra. Comme la moisson commence en Palestine vers le milieu d’avril, il résulte de ces paroles que les faits racontés dans ce chapitre se passèrent vers le milieu du mois de décembre.
A l'idée qu'il
vient d'énoncer, et, d'une manière générale, à l'ensemble de la situation dans laquelle il se trouvait alors,
Jésus rattache quelques belles réflexions, portant sur l'avenir entier de son œuvre et sur la collaboration de
ses disciples. Il ouvre à ces derniers un vaste et magnifique horizon. - Ne dites-vous pas… Peut-être
avaient-ils réellement tenu ce langage ; plus probablement, Notre-Seigneur le leur prête comme très naturel
dans l'occasion : En voyant ces champs verdoyants, vous dites sans doute… - Encore quatre mois. « Un
temps de quatre mois ». D'après un certain nombre de commentateurs (Maldonat, Grotius, Lücke, Tholuck,
Alford, de Wette, etc.), ces paroles formaient un adage alors usuel en Palestine, pour signifier qu'une fois la
semence confiée à la terre, il fallait attendre pendant quatre mois la récolte. Mais on leur objecte à bon droit
qu'un proverbe de ce genre n'eût pas manqué de mentionner les semailles, et surtout, qu'entre cette opération,
accomplie en octobre, et la moisson qui commence en Palestine vers la mi-août, il existe un intervalle d'au
moins cinq mois. Le mieux est donc, à la suite de S. Augustin et avec la plupart des interprètes, d'appliquer
uniquement ce passage à la circonstance actuelle, et de dire qu'à la lettre quatre mois encore devaient
s'écouler avant la moisson. Nous obtenons ainsi une précieuse donnée pour l'harmonie et la chronologie des
évangiles. Cf. Wieseler, Chronologische Synopse, Hambourg 1843, p. 214 et ss. D'après ce qui a été dit
ci-dessus, c'est vers la seconde moitié de décembre que Jésus aurait séjourné en Samarie. Comme il était allé
Jérusalem pour la Pâque précédente, 2, 13, par conséquent en avril, son séjour en Judée avait duré environ
huit mois. - Je vous dis. Jésus oppose son propre dire à celui des disciples. Non ! Il n'y a pas un aussi
longtemps avant la prochaine récolte ! La particule annonce, selon la coutume, un fait extraordinaire,
surprenant. - Levez vos yeux. Une autre introduction pittoresque à la pensée qui va suivre. Voyez de vos
propres yeux si les choses ne sont pas telles que je les affirme. - Voyez les campagnes. La contrée si belle et
si fertile qui les entourait. Comme alors, « le fond de la vallée est couvert de champs cultivés, et de prairies
de la verdure la plus fraîche et la plus éclatante » Cf. Bovet, Voyage en Terre Sainte, 3ème édit., p. 320. C'est
comme un champ unique, que n'interrompent ni haies, ni murs, une vraie masse verdoyante qui ondule
gracieusement. Voyez Schegg, Pilgerbuch, t. 2, p. 98 ; Stanley, Palestine, p. 233 et ss. - Qui blanchissent
déjà. L'expression est toute classique et d'ailleurs très exacte, car le blé blanchit quand il est sur le point de
mûrir. Déjà contraste avec encore : cet adverbe étant placé à la fin de la phrase dans le texte grec, on l'a
parfois rattaché dès l'antiquité à la proposition suivante (v. 35); mais, en somme, le sens est plus net d'après
l'interprétation de la Vulgate. Naturellement, c'est au figuré qu'il faut prendre cette parole de Jésus (contre
Olshause, Caspari, etc., qui l'interprètent littéralement, et qui infèrent de là qu'on était alors en avril ou en
mai). « Vous autres, vous comptez quatre mois jusqu’à la moisson (la moisson matérielle), moi je vous en
montre une autre (une moisson mystique) qui a déjà blanchi et qui est toute prête », S. Augustin, Traité 15 sur
Jean. « Ils voyaient effectivement alors les Samaritains accourir en foule vers lui; leur volonté ainsi disposée
et soumise, c'est ce qu'il appelle les campagnes blanches », S. Jean Chrysostôme, Hom. 34. Jésus et ses
disciples n'avaient plus qu'à prendre la faucille pour recueillir ces excellents épis. Fertile moisson
assurément, mais elle présageait celle que les apôtres allaient bientôt faire dans le vaste champ du monde
païen.
C'est-à-dire la moisson matérielle. Mais moi, je vous dis que le temps de la moisson spirituelle est venu. Il parlait ainsi à la vue des Samaritains qui venaient à lui ; c'est pour cela qu'il ajoute : « Levez les yeux et voyez les champs qui déjà blanchissent pour la moisson. »
Nôtre-Seigneur explique à ses disciples quelle est cette volonté du Père dont il vient de parler : « Ne dites-vous pas : Encore quatre mois et la moisson sera venue. »
On peut encore donner de tout ce passage, l'explication suivante. Si rien ne s'oppose à ce qu'on entende dans un sens allégorique ces paroles : « Levez les yeux, » etc., n'est-il pas permis d'entendre dans le même sens les paroles qui précèdent immédiatement : « Ne dites-vous pas : Encore quatre mois, et la moisson sera venue ? » Or, voici l'explication qu'on pourrait donner de ces paroles des disciples : « Encore quatre mois, et la moisson sera venue. » Un grand nombre des disciples du Verbe, c'est-à-dire du Fils de Dieu, qui considèrent que la vérité est incompréhensible à la nature humaine, n'ont pas plus tôt découvert qu'il y avait une vie différente de la vie présente qui est soumise à la corruption des quatre éléments, qui sont comme autant de mois, qu'ils croient ne parvenir qu'après cette vie seulement à la connaissance de la vérité. Les disciples disent donc de la moisson, qui est le terme de tous les efforts qui tendent à la vérité, qu'elle se fera après qu'aura cessé la domination des quatre éléments. Le Verbe incarné redresse dans leur esprit cette pensée qui n'est pas conforme à la vérité, en leur disant : « Ne dites-vous pas : Encore quatre mois et la moisson vient. Et moi je vous dis : « Levez les yeux. » Dans plusieurs endroits de l'Ecriture, le Verbe divin nous fait cette recommandation d'élever nos pensées qui se traînent ordinairement sur les choses de la terre, et qui ne peuvent s'en affranchir sans le secours de Jésus. Nul, en effet, ne peut obéir à ce commandement, s'il reste l'esclave de ses passions et d'une vie sensuelle, il ne verra point les champs blanchis pour la moisson. Or, les champs blanchissent, lorsque le Verbe de Dieu répand sa lumière sur toutes les parties de l'Ecriture, auxquelles l'avènement de Jésus donne tonte leur fécondité. Toutes les choses sensibles elles-mêmes sont comme des champs blanchis pour la moisson, pour ceux qui élèvent les yeux, lorsque la raison nous montre dans chaque objet créé l'éclat de la vérité qui se trouve répandue sur toutes choses. (Traité 16.) Celui qui recueille ces moissons spirituelles a un double avantage, le premier, lorsqu'il reçoit sa récompense : « Et celui qui moissonne, reçoit une récompense, » c'est-à-dire la récompense future : « Et il recueille le fruit pour la vie éternelle, » ce qui exprime une disposition précieuse dé l'intelligence, qui est le fruit de la contemplation elle-même. Dans toute doctrine, je pense, celui qui pose les principes est celui qui sème ; d'autres à leur tour prennent ces principes, les méditent, les fécondent par de nouvelles considérations, et procurent ainsi à leurs descendants l'avantage de moissonner et de recueillir des fruits qui sont parvenus à leur maturité. C'est surtout dans l'art des arts que nous pouvons voir l'application de cette vérité. Ceux qui ont semé, c'est Moïse et les prophètes qui ont prédit l'avènement du Christ ; les moissonneurs sont les Apôtres qui ont reçu Jésus-Christ et contemplé sa gloire. La semence, c'est la connaissance que nous donne la révélation du mystère qui a été caché et comme enseveli dans le silence des siècles passés ; les champs sont les livres de la loi et des prophètes qui n'avaient point leur clarté, pour ceux qui n'étaient point capables de comprendre l'avènement du Verbe. Celui qui sème et celui qui moissonne partageront la même joie, lorsque dans la vie future le chagrin et la tristesse auront complètement disparu. C'est ce qui a commencé à se réaliser, lorsque Jésus fut transfiguré dans la gloire, et que les moissonneurs Pierre, Jacques et Jean, et les semeurs, Moïse et Elie se livraient à une joie commune en voyant la gloire du Fils de Dieu. Examinez cependant si ces mêmes paroles : « Autre est celui qui sème, et autre celui qui moissonne, » ne peuvent pas s'entendre des temps différents dans lesquels les hommes ont été justifiés, lorsqu'ils étaient les uns disciples de l'Evangile, les autres simples observateurs de la loi. Les uns et les autres ont part cependant à la même joie, car c'est la même fin que se propose un seul et même Dieu, par le même Jésus-Christ et dans un même Esprit. Les Apôtres sont entrés dans les travaux des prophètes et de Moïse, ils les ont moissonnés d'après les instructions de Jésus, en recueillant dans leurs greniers, c'est-à-dire dans leur intelligence, les vérités cachées dans les écrits de Moïse et des prophètes. Ceux qui recueillent les fruits d'une doctrine déjà semée, ont un partage plus éclatant, mais sont loin de travailler autant que ceux qui ont répandu la semence.