Jean 4, 18
des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. »
des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. »
La loquacité féminine des versets antérieurs a pris fin. Trois mots, c'est tout ce que
la Samaritaine trouve à dire actuellement, et elle dût les prononcer la rougeur au visage, avec un profond
embarras. Mais est-ce bien une confession qu'elle fait ? Elle espère plutôt, par cette réponse ambiguë, éluder
toute interrogation subséquente, pensant que son interlocuteur ne parviendrait pas à découvrir le reste. Cela
peut signifier, en effet : Je ne suis pas mariée; ou bien, je n'ai pas de mari légitime. - Tu as eu raison de
dire… Inutile de chercher à tromper Celui qui sonde les reins et les cœurs par sa science divine : il sait tout,
le passé comme le présent. D'un mot Jésus fait cesser l'équivoque. Il y a ici un changement remarquable dans
le texte original. La femme avait dit, en appuyant sur le verbe : JE N'AI PAS de mari (voir plus haut) ; Jésus
appuie au contraire sur le substantif, qu'il déplace pour le mettre en tête de la phrase, comme l'expression
principale : DE MARI, je n'en ai pas. - Le verset 18 commente, en la développant, cette triste révélation. Le
Sauveur fait à la Samaritaine un saisissant portrait de la misère morale dans laquelle elle croupit. - Tu as eu
cinq maris. Tout porte à croire qu'il ne s'agit ici ni d'un nombre rond (Ewald) pour signifier « plusieurs », ni
d'unions criminelles (S. Jean Chrysost., Maldonat), mais d'unions légitimes (S. Augustin, le Vén. Bède et la
plupart des commentateurs) ; « car le Christ distingue entre les cinq premiers maris, qui avaient été légitimes,
et le sixième, qui n'est pas légitime », dit fort bien Corn. a Lapide. La chose était facile alors, grâce au
divorce. Sur ce simple chiffre, les rationalistes (Strauss, Keim, etc.) ont bâti le système le plus étrange, qu'il
suffit d'exposer pour le renverser. Partant de ce fait, que le peuple samaritain d'alors tirait son origine de cinq
nations différentes (voyez 4 Reg. 17, 30, 31 et la note du v. 9), « qui avaient apporté chacune son dieu et
adopté, de plus, Jéhova, le Dieu du pays », ils prétendent que « la femme, avec ses cinq maris et l'homme
avec lequel elle vivait maintenant comme sixième, serait le symbole du peuple samaritain tout entier »; nous
aurions donc là « une preuve du caractère idéal (mythique) de tout le récit ». Voilà l'exégèse de ceux qui ne
veulent pas admettre le sens simple et obvie du texte ! Nous leur répondrons avec M. Godet (t. 2, p. 337) :
« Dans le passage de l'A. Testament, 4 Rois 17, 30, 31, il est bien question de cinq peuples, mais de sept
dieux, deux peuples en ayant importé deux. De plus, ces sept dieux étaient adorés simultanément, et non
successivement, jusqu'au moment où ils firent place à Jéhova. Enfin, serait-il concevable que Jéhova fût
comparé au sixième mari, qui était évidemment le pire de tous dans la vie de la femme ? ». - N'est pas ton
mari. La place attribuée au pronom renforce la pensée. C'est de même par emphase que, dans la proposition
suivante, précède les deux autres mots. Quelle énergie également de l'adverbe vrai, qui fait allusion à la
confession à moitié fausse de la Samaritaine!
Ce qui est très-vrai et de l'eau naturelle et de l'eau allégorique, dont elle est la figure. L'eau, dans le puits, signifie la volupté charnelle dans les profondeurs ténébreuses du siècle : c'est là que les hommes viennent la puiser avec l'urne de la convoitise, car c'est par la convoitise qu'on est poussé à la volupté. Mais lorsque l'homme s'est désaltéré dans les jouissances charnelles, sa soif sera-t-elle apaisée pour toujours ? Il est donc vrai que celui qui boira de cette eau aura encore soif. Mais s'il boit de l'eau que je donne, il n'aura jamais soif ; car comment ceux qui seront enivrés de l'abondance de la maison de Dieu (Ps 35), pourraient-ils encore éprouver le besoin de la soif ? Ce que le Sauveur promettait donc à cette femme, c'était l'effusion surabondante de l'Esprit saint qui devait rassasier son âme.
On peut dire aussi que la Samaritaine se conduisait encore par les inclinations de la chair, elle fut charmée de pouvoir échapper au besoin de la soif, et elle s'imaginait que c'était nue promesse toute matérielle que Nôtre-Seigneur lui avait faite. Dieu avait préservé pendant quarante jours son serviteur Elie de la faim et de la soif. (R 3, 19.) Puisqu'il pouvait en préserver pour quarante jours, ne pouvait-il pas affranchir pour toujours de la nécessité de boire ? Cette promesse sourit à cette femme, et elle prie le Sauveur de lui donner cette eau vive : « Seigneur, donnez-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif, et que je ne vienne plus ici puiser, » car son indigence l'obligeait à cette fatigue, que sa faiblesse lui faisait repousser. Plût à Dieu qu'elle eût entendu cette douce invitation : « Venez à moi, vous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai ! » (Mt 11) Jésus adressait ces paroles pour la délivrer de tout travail, mais elle ne les comprenait pas encore. Nôtre-Seigneur voulut enfin lui en donner l'intelligence : « Jésus lui dit : Allez, appelez votre mari et venez ici. » Qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce que c'est par l'intermédiaire de son mari qu'il voulait lui donner cette eau ? Voulait-il se servir de lui pour lui enseigner ce qu'elle ne comprenait pas suivant la recommandation de l'Apôtre : « Si les femmes veulent s'instruire de quelque chose, qu'elles le demandent à leurs maris dans la maison ? » Mais cela ne doit se faire que lorsqu'on n'a pas le Seigneur lui-même pour maître, car dès lors qu'il était présent, qu'était-il besoin du mari pour enseigner la femme ? Est-ce que le Sauveur employait l'intermédiaire d'un homme pour parler à Marie qui était assise à ses pieds ?
Cette femme, en effet, n'avait point alors de mari, et vivait avec je ne sais quel homme dans une union illégitime et scandaleuse, Nôtre-Seigneur le lui rappelle avec une intention particulière et secrète en lui disant : « Vous avez eu cinq maris. »
Dans ces cinq maris, il en est qui voient la figure des cinq livres qui ont été écrits par Moïse ; et ce que Notre-Seigneur ajoute : « Celui que vous avez maintenant n'est pas votre mari, » devrait s'entendre de lui-même. Tel serait donc le sens de ces paroles : « Vous avez d'abord été soumise aux cinq livres de Moïse, comme à cinq maris. Mais maintenant celui que vous avez (c'est-à-dire que vous entendez), n'est pas votre mari, parce que vous ne croyez pas encore en lui. Mais puisqu'elle ne croyait point encore en Jésus-Christ, et qu'elle était encore unie et soumise à ces cinq maris, c'est- à-dire à ces cinq livres, pourquoi le Sauveur lui dit-il : « Vous avez eu cinq maris, » comme si elle avait cessé de les avoir ? D'ailleurs, comment peut-on comprendre qu'il faille rompre avec ces cinq livres pour se soumettre à Jésus-Christ, alors que celui qui croit en Jésus-Christ, loin de renoncer à ces cinq livres, recherche et goûte bien plus vivement le sens spirituel de ces livres ? Il faut donc entendre ces paroles autrement.
Jésus, voyant que cette femme ne comprenait pas, et voulant l'amener à comprendre les enseignements qu'il lui adressait : « Appelez, lui dit-il, votre mari, » c'est-à-dire, faites que votre intelligence soit présente. Lorsqu'on effet, la vie est bien réglée, c'est la raison qui dirige ses opérations, la raison qui n'est point quelque chose en dehors de l'âme, mais qui est une des facultés de l'âme. Cette faculté de l'âme qu'on appelle la raison ou l'esprit, est éclairée par une lumière supérieure. Cette lumière s'entretenait avec cette femme, mais l'intelligence lui faisait défaut. Aussi le Sauveur semble lui dire : Je voudrais vous éclairer, et le sujet manque ; appelez donc votre mari, c'est-à-dire faites usage de l'intelligence qui doit vous enseigner, vous conduire ; mais tant qu'elle n'a pas appelé son mari, elle ne peut comprendre. Les cinq premiers hommes peuvent signifier les cinq sens du corps. Car avant que l'homme fasse usage de sa raison, il n'est conduit que par les sens du corps ; mais lorsque l'âme est devenue capable de raison, elle se laisse alors diriger ou par la vérité ou par l'erreur. Or, l'erreur est incapable de diriger, et ne peut qu'égarer. Après avoir obéi à ses cinq sens, cette femme était donc encore dans l'égarement ; l'erreur qu'elle suivait n'était pas son légitime mari, mais un adultère. C'est donc avec raison que le Sauveur lui dit : « Rompez avec cet adultère qui ne peut que vous corrompre, et appelez votre mari pour qu'il vous aide à me comprendre. »
Aux instances que fait la Samaritaine pour recevoir l'eau qui lui a été promise, Jésus répond : « Appelez votre mari, et comme pour lui faire comprendre qu'il voulait faire participer son mari à la même grâce. Mais cette femme désirait recevoir cette eau sans retard ; elle voulait d'ailleurs cacher la honte de sa vie à Jésus, en qui elle ne voyait qu'un homme : « La femme lui répondit : Je n'ai point de mari. » Le Sauveur profite de cet aveu pour lui découvrir le scandale de sa vie. Il lui rappelle tous ceux qu'elle a eus pour mari, et lui fait un reproche de celui qu'elle cherche en ce moment à dissimuler : « Jésus lui dit : Vous avez raison de dire : Je n'ai point de mari. »
Mais où Jésus pouvait-il mieux convaincre la Samaritaine que l'homme avec qui elle vivait n'était pas son véritable époux, qu'auprès de la fontaine de Jacob ? Si la loi est le mari de l'âme, on peut dire aussi que la Samaritaine, obéissant à une fausse interprétation de la loi, suivait les rites idolâtriques des infidèles. Le Sauveur la rappelle donc au Verbe de vérité, qui devait ressusciter d'entre les morts, pour ne plus mourir.