Jean 3, 4

Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? »

Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? »
Louis-Claude Fillion
Comment un homme peut-il… Divers interprètes assurent que Nicodème faisait alors la plus grossière méprise, et qu’il prenait vraiment à la lettre la nouvelle naissance imposée par Notre-Seigneur à quiconque voudrait posséder le royaume des cieux. M. Reuss est de cet avis ; d’après lui, « tous les essais qu’on a faits pour sauver le bon sens de Nicodème échouent contre l’absurdité patente de cette objection ». De même Strauss, qui trouve en cela une preuve manifeste du caractère fictif de la narration. Les rationalistes ne manquent jamais d’adopter, pour déprimer l’autorité des saintes Écritures, les interprétations les plus ridicules. Mais, comme l’observait déjà fort bien D. Calmet, Commentaire littéral sur S. Jean, p. 91 et 92, « il était impossible que Nicodème ignorât ce qu’était la renaissance (mystique) des prosélytes, usitée dans sa nation… Lorsqu’un Gentil voulait entrer dans le Judaïsme, on lui donnait le baptême et la circoncision. Le baptême était une manière de nouvelle naissance, par laquelle le Gentil renonçait à l’idolâtrie, à l’erreur, à ses anciennes habitudes. Il devenait un homme nouveau. S’il était esclave, il était affranchi. Les Rabbins enseignent que, par cette cérémonie, il recevait même une âme nouvelle. Il n’était plus pareil à ceux à qui il l’était auparavant ; il changeait de condition, d’état et de religion ». C’est ce que les Rabbins nommaient en hébreu « création nouvelle », en employant une belle métaphore (Cf. Tit. 3, 5 ; 1 Petr. 1, 3, 23). Mais Nicodème supposait sans doute, et telle nous paraît être la véritable explication, que les Juifs proprement dits n’avaient pas besoin d’une régénération de ce genre ; pour forcer Jésus de s’expliquer davantage, il plaide alors l’impossible, met en relief toute la difficulté de la condition, affectant d’attribuer au verbe renaître le sens de rentrer dans le sein de sa mère, et ajoutant, comme circonstance aggravante, les mots lorsqu'il est vieux. « L’Esprit lui parle et il n’a que des idées charnelles », S. Augustin, Traité 11 sur Jean. Nicodème avait donc été tout bouleversé par la réponse inattendue de Notre-Seigneur.
Saint Bède le Vénérable
L'observation de Nicodème semble indiquer que dans sa pensée un enfant peut rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau. Mais il faut se rappeler qu'il était déjà avancé en âge, et qu'il se donne lui-même comme exemple : Je suis déjà vieux, semble-t-il dire, je veux sincèrement arriver au salut, comment donc puis-je rentrer dans le sein de ma mère et y prendre une nouvelle naissance ?
Saint Jean Chrysostome
Nicodème, en venant trouver Jésus, ne voyait en lui qu'un homme, mais lorsqu'il l'entend exposer des vérités supérieures à l'intelligence de l'homme, son esprit s'efforce de s'élever à la hauteur de ces enseignements ; toutefois les ténèbres qui couvrent son esprit ne lui permettent pas de s'y maintenir, il est encore dans le doute et l'incertitude, et il objecte une espèce d'impossibilité, pour engager Nôtre-Seigneur à s'expliquer plus clairement. Deux choses surtout le jetaient dans l'étonnement : la nouvelle naissance et le royaume, choses inouïes et inconnues parmi les Juifs. Nicodème s'attache surtout à la première difficulté qui troublait le plus ses idées : « Et Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître lorsqu'il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau ? »

Quoi, vous appelez Jésus, Maître et Docteur, vous reconnaissez qu'il est envoyé de Dieu, et vous ne recevez pas ses enseignements, et vous lui faites une question capable de porter le trouble dans les esprits ? Chercher la raison des choses est en effet le propre de ceux dont la foi est encore faible, et il en est beaucoup qui ont perdu la foi au milieu de ces recherches, les uns en demandant : Comment Dieu a-t-il pu s'incarner ? Les autres : Comment peut-il rester ainsi impassible ? C'est sous l'impression de cette incertitude d'esprit que Nicodème fait cette question : « Comment un homme peut-il ? » etc. Mais voyez dans quelles pensées ridicules tombent ceux qui veulent mêler leurs conceptions aux vérités surnaturelles.

Si l'on me demande comment l'homme peut recevoir de l'eau une nouvelle naissance, je demanderai à mon tour comment Adam a pu naître de la terre ? Au commencement la matière première était simplement de la terre, et la formation d'Adam est tout entière l'œuvre du Créateur; de même ici la matière est l'eau, mais cette nouvelle naissance est tout entière l'œuvre de l'Esprit de grâce. Dieu alors donna au premier homme le paradis terrestre pour habitation, il nous ouvre maintenant le ciel. Mais pourquoi l'eau est-elle nécessaire à ceux qui reçoivent l'Esprit saint ? Voici la raison de ce mystère, c'est que l'eau est le symbole d'opérations divines, de la sépulture, de la mortification, de la résurrection et de la vie. En effet, lorsque notre corps est plongé dans l'eau, le vieil homme est comme enseveli, il disparaît tout entier dans cette immersion, et reparaît ensuite tout renouvelé. C'est encore pour vous apprendre que la vertu du Père, du Fils et du Saint-Esprit, remplit toutes choses, et que Jésus-Christ attendit trois jours pour ressusciter. (hom. 26.) L'eau est pour le fidèle comme le sein de la mère pour l'enfant, c'est dans l'eau que le chrétien reçoit la vie et sa forme. Mais l'enfant ne se développe que graduellement dans le sein de sa mûre, tandis que dans l'eau, le chrétien reçoit sa forme en un seul instant. Il est en effet dans la nature des corps de ne se développer et de n'atteindre leur perfection que progressivement. Il n'en est pas ainsi des natures spirituelles, elles sont parfaites aussitôt qu'elles existent. Depuis le jour où Nôtre-Seigneur est sorti des eaux du Jourdain, l'eau ne produit plus seulement des reptiles et des animaux privés de raison, mais des âmes spirituelles et raisonnables.