Jean 3, 30

Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue.

Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue.
Catéchisme de l'Église catholique
En célébrant chaque année la liturgie de l’Avent, l’Église actualise cette attente du Messie : en communiant à la longue préparation de la première venue du Sauveur, les fidèles renouvellent l’ardent désir de son second Avènement (cf. Ap 22, 17). Par la célébration de la nativité et du martyre du Précurseur, l’Église s’unit à son désir : " Il faut que Lui grandisse et que moi je décroisse " (Jn 3, 30).
Louis-Claude Fillion
A chacun son rôle (verset 27). Jésus est le Christ, je ne suis que son Précurseur (verset 28) ; il est l’époux, je ne suis que le paranymphe (verset 29). Par conséquent il doit croître, et je dois diminuer. Ces quelques lignes nous paraissent bien résumer la première partie de la réponse de Jean-Baptiste. - Il est mis en avant par emphase, comme « vous-mêmes » au verset 28, « voilà » au verset 29. - Il faut exprime, d’après l’analogie d’autres nombreux passages, une nécessité basée sur les divins décrets qui, une fois portés, ne peuvent point ne pas s’accomplir. Cette nécessité concerne tout à la fois Jésus et Jean ; pour l’un et l’autre elle fixe une marche progressive, mais en sens contraire, ainsi qu’il était arrivé jadis pour David et pour Saül, 2 Reg. 3, 1 : « David s'avançant toujours et se fortifiant de plus en plus ; et la maison de Saül au contraire s'affaiblissant de jour en jour ». A l’un, des agrandissements quotidiens ; à l’autre, des amoindrissements successifs. D’ailleurs rien de plus juste : le ministre du schôschben prend fin quand les noces ont été célébrées. - Ce passage est sublime d’humilité. S. Jean voit non seulement sans tristesse, sans l’ombre la plus légère de désappointement humain, mais avec une joie sincère et vive, son étoile pâlir à l’éclat du divin Soleil. Quel contraste avec les sentiments étroits et mesquins de son entourage ! Voyez dans S. Augustin, h. l., une étrange interprétation de « croisse » et de « diminue ».
Saint Théophylacte d'Ohrid
Jésus-Christ est encore l'Epoux de toute âme fidèle, et le lieu où se contracte cette union, c'est l'Eglise où l'âme reçoit le saint baptême. Les arrhes que l'Epoux donne à l'Epouse sont la rémission des péchés, la communication du Saint-Esprit ; et il réserve pour l'autre vie des dons plus parfaits à ceux qui en seront dignes. Nul autre ne peut prétendre à l'honneur d'être l'Epoux, que Jésus-Christ seul. Tous les docteurs sont des paranymphes comme le Précurseur ; mais Dieu seul est la source de tous les biens célestes, tous les autres ne sont que les ministres dont il se sert pour répandre ces biens.
Saint Bède le Vénérable
C'est bien inutilement qu'une vierge a la pureté du corps, si elle n'y joint la chasteté de l'âme. Mais pour cette épouse, Jésus-Christ se l'est unie sur le lit nuptial du sein virginal de sa mère, et l'a rachetée du prix de son sang.
Saint Augustin
On peut dire encore que Jean veut parler ici de lui-même : Comme homme, j'ai tout reçu du ciel ; si donc je dois à Dieu d'être quelque chose, voulez-vous donc que je m'annihile moi-même en parlant contre la vérité ?

Il déclare donc : Ce n'est pas mon Epouse. Vous demeurez donc étranger à la joie des noces ? Tout au contraire, répond-il, je partage la joie de l'Epoux, parce que je suis son ami.

Mais pourquoi se tient-il debout ? parce qu'il ne tombe pas ; et pourquoi évite-t-il de tomber ? parce qu'il est humble. Voyez comme il s'appuie sur un terrain solide : « Je ne suis pas digne de dénouer les courroies de ses souliers. » Il se tient debout et l'écoute ; s'il venait à tomber, il ne l'entendrait pas, l'ami de l'Epoux doit donc se tenir debout et l'écouter, c'est-à-dire persévérer dans la grâce qu'il a reçue, et écouter la voix qui le remplit d'allégresse. Je ne me réjouis pas, dit-il, de ce que j'entends ma voix, mais de ce que j'entends la voix de l'Epoux ; ma joie c'est d'entendre, comme la sienne est de parler ; je suis l'oreille, il est la parole. Celui qui est chargé de garder la fiancée ou l'épouse de son ami, veille avec soin à ce qu'elle ne donne son affection à aucun autre. Mais s'il consentait lui-même a prendre dans son cœur la place de son ami, et qu'il abusât du dépôt qui lui est confié, ne serait-il pas un objet d'horreur pour le genre humain tout entier ? Combien je vois d'adultères qui veulent posséder cette Epouse qui a été achetée à un si grand prix, et dont toutes les paroles tendent à obtenir une affection qui n'est due qu'à l'Epoux ?

Ou bien encore, ma joie est au comble, parce qu'il m'est donné d'entendre la voix de l'Epoux. C'est la faveur que je désirais, je n'en réclame pas d'autre, de peur de perdre la grâce que j'ai reçue. Car celui qui cherche sa joie en lui-même sera toujours triste, mais celui qui la place en Dieu ne verra jamais cesser sa joie, parce que Dieu est éternel.

Mais que signifient ces paroles : « Il faut qu'il croisse ? » Dieu ne peut ni croître ni diminuer ; Jean-Baptiste et Jésus, sous le rapport de la naissance temporelle, étaient contemporains, et les quelques mois qui séparaient l'une de l'autre ne faisaient pas une différence d'âge. Ces paroles renferment un grand mystère ; avant la venue du Seigneur, les hommes mettaient toute leur gloire en eux-mêmes, il est venu et s'est fait homme pour diminuer la gloire de l'homme, et accroître la gloire de Dieu. Il est venu, en effet, pour pardonner les péchés à l'homme, à la condition qu'il les confesserait. Or, l'homme s'humilie quand il confesse ses péchés, et Dieu s'élève, pour ainsi dire, quand il exerce la miséricorde. Cette vérité se trouve exprimée dans la mort différente de Jésus-Christ et de Jean-Baptiste ; Jean fut diminué de la tête, et Jésus fut élevé en croix. Remarquez encore que Jésus vint au monde, lorsque les jours commencent à croître, tandis que la naissance de Jean eut lieu lorsqu'ils commencent à décroître. Que la gloire de Dieu croisse donc dans notre âme, et que notre propre gloire s'amoindrisse, pour qu'elle puisse elle-même s'accroître en Dieu. Or, plus vous avancez dans la connaissance de Dieu, plus aussi Dieu paraît croître en vous ; car il ne peut croître en lui-même, puisqu'il est parfait de toute éternité. Lorsque les yeux d'un aveugle sont guéris de leur cécité, il commence d’abord par voir un peu la lumière ; le jour suivant, il la voit davantage, la lumière paraît croître pour lui ; cependant elle a toute sa plénitude, toute sa perfection, qu'il la voie ou qu'il ne la voie point ; ainsi l'homme intérieur fait des progrès dans la connaissance de Dieu, et Dieu paraît croître en lui, tandis qu'il s'amoindrit lui-même et tombe, pour ainsi dire, de sa propre gloire, pour se relever dans la gloire de Dieu.
Saint Jean Chrysostome
Jean-Baptiste veut éteindre dans le cœur de ses disciples tout sentiment d'envie, non-seulement pour le présent, mais pour l'avenir, et il ajoute : « Il faut qu'il croisse et que je diminue, » c'est-à-dire, ma mission et mon ministère touchent à leur fin, tandis que la mission et la gloire de Jésus doivent toujours aller en croissant.