Jean 3, 12
Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ?
Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ?
Autre transition aux grands mystères que Jésus
se propose de révéler à Nicodème ; nouvel échelon pour conduire le « maître en Israël » en des sphères de
plus en plus sublimes. Je mérite éminemment votre créance (verset 11) ; mais, si vous hésitez à me l’accorder
pour des choses relativement aisées à constater, du moins dans leurs effets, comment me la donnerez-vous
quand il s’agira de profonds mystères, d’obscures vérités, c'est-à-dire quand il faudra me croire sur parole
(verset 12) ? - Nous avons à déterminer le sens des mots terre, ciel. Jésus appelle sur terre non pas les choses
purement terrestres, qui ne firent jamais l’objet de ses discours, mais des phénomènes religieux qui se
manifestent au milieu de nous et qui ont la terre pour théâtre (comp. 1 Cor. 15, 40 ; 1. Cor. 5, 1 ; Col. 3, 2 ;
Phil. 2, 10, etc.) ; par exemple, et même directement d’après le contexte, le mystère de la régénération dont il
a parlé plus haut. Sans doute, ces phénomènes ont au ciel leur source et leurs ramifications dernières, mais ils appartiennent à la terre par leur apparition et leur visibilité, et c’est à ce point de vue qu’ils sont nommés « de
la terre ». Au contraire, au dessus du ciel, sert à désigner des mystères supérieurs, invisibles par leur nature,
et ne rentrant que grâce à des révélations expresses dans le domaine de notre expérience. Tels sont, entre
autres, les mystères de la Sainte Trinité, de la génération éternelle du Verbe, le plan divin de la Rédemption.
Au fond, il s’agit donc de deux catégories de choses divines et célestes ; avec cette différence que la seconde
est d’une nature plus sublime, sortant davantage, comme on a dit, « des insondables profondeurs de la
divinité, « et exigeant de la part des hommes « une aptitude beaucoup plus grande que la première pour être
comprise ». - Au lieu de ai dit en grec, Ewald lit dirent, et voit ici une allusion aux docteurs et aux prophètes
de l’ancienne Alliance ; mais sa conjecture est toute arbitraire. - Sans que vous ayez cru. Plusieurs manuscrits
grecs ont la nuance « vous n'avez pas cru ». La leçon habituelle est plus énergique (vous persistez à ne pas
croire) et mieux accréditée. - Comment croirez-vous ? Cette bienheureuse hypothèse va se réaliser dans un
instant. Jésus n’a jusqu’ici exposé que les rudiments de la religion nouvelle ; dès le verset 13 il passera à des
choses tout à fait célestes. Les lignes suivantes empruntées au chap. 9 du livre de la Sagesse (verset 16), ne
sont pas sans rapport avec la vérité exprimée dans notre passage : « Nous avons peine à nous représenter ce
qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a
découvert ? ». Elles ne s’appliquent toutefois, d’après le contexte, qu’à des faits de l’ordre naturel. -
Quoique interrogé, Nicodème se tait désormais et il reste muet jusqu’à la fin de l’entretien. La vérité l’a
profondément touché : il croit et adore en silence. Tout au plus pourrait-il répondre avec Job (40, 4-5) :
« Voici, je suis trop peu de chose; que te répliquerais-je? Je mets la main sur ma bouche. J'ai parlé une fois, je
ne répondrai plus; deux fois, je n'ajouterai rien ».
Ce n'est point à Nicodème que s'appliquent ces paroles, mais à toute la nation juive qui persévéra jusqu'à la fin dans son incrédulité.
C'est-à-dire, si vous ne croyez pas que je puisse relever le temple que vous aurez renversé, comment croirez-vous que les hommes puissent être régénérés par l'Esprit saint ?
Que signifient ces paroles ? L'intention de Nôtre-Seigneur est-elle de blesser ce maître en Israël ? Non, il voulait le faire naître de l'esprit. Or, l'humilité est la condition indispensable de cette naissance, puisque c'est l'humilité elle-même qui nous fait naître de l'esprit. Or, Nicodème était comme enflé de son titre de maître, et il se croyait un homme important, parce qu'il était docteur des Juifs. Nôtre-Seigneur réprime donc son orgueil, pour qu'il puisse naître de l'esprit.
Il reste encore dans les basses régions du judaïsme et malgré la comparaison si claire qui lui a été donnée, il continue d'interroger, aussi Nôtre-Seigneur lui parle-t-il avec plus de sévérité : «Jésus lui dit : Vous êtes maître en Israël, et vous ignorez ces choses ? »
Ce n'est non plus ni le mécontentement ni l'aigreur qui inspirent ces paroles à Nôtre-Seigneur, mais un sentiment de douceur et de bonté, ainsi nous apprend-il lorsque nos paroles n'auront point porté la persuasion dans les cœurs, à ne point nous laisser aller ni à la tristesse, ni à la colère, mais à rendre notre parole digne de foi, en évitant non-seulement la colère, mais les cris qui sont une cause de disputes. Jésus, sur le point de révéler des vérités sublimes, semble se retenir par égard pour la faiblesse de ses auditeurs, il ne s'élève pas aussitôt à ces vérités dignes de sa grandeur, mais traite de choses plus en rapport avec la disposition des esprits : « Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses qui sont sur la terre, comment croirez-vous lorsque je vous parlerai des choses qui sont dans le ciel ? »
Ou bien encore, ne soyez point surpris, s'il appelle le baptême une chose terrestre, il l'appelle ainsi, parce qu'il se confère sur la terre, et qu'en comparaison de cette naissance étonnante qui fait sortir le Fils de la substance du Père, la naissance même spirituelle de la grâce est une chose terrestre. Et c'est avec raison qu'il ne dit pas : Vous ne comprenez point mais : « Vous ne croyez pas, » car qu'un homme ne puisse faire entrer une vérité dans son intelligence, c'est un signe de folie ou d'ignorance, mais qu'il refuse de donner son adhésion à une vérité qu'il doit simplement croire, ce n'est plus de la folie, c'est une incrédulité coupable. Nôtre-Seigneur révélait ces vérités bien que ceux qui entendaient refusaient de les croire, parce que plus tard elles devaient être crues d'une foi vive.