Jean 2, 3
Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. »
Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. »
La Très Sainte Vierge Marie, notre Mère et notre Reine, est celle qui, se tournant vers son Fils, dit: «Ils n'ont pas de vin» (Jn 2, 3), celle aussi qui loue Dieu le Père parce qu'«il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides» (Lc 1, 52-53). Dans sa sollicitude maternelle, elle se penche sur les aspects personnels et sociaux de la vie des hommes sur la terre
Le
Codex Sinaiticus et quelques manuscrits de l’Itala (a, b, etc.) ont ici une variante intéressante, mais très
probablement apocryphe : « Et ils n'avaient pas de vin, car le vin des noces avait été consommé, etc. ».
D’après un proverbe talmudique « Pesach, 109, a), « là où il n’y a pas de vin il n’y a pas de joie ». D’ailleurs,
un tel incident en une telle occasion serait regardé n’importe où comme extrêmement fâcheux. Il prouve
d’une façon bien évidente que les mariés appartenaient à la classe pauvre ; la présence de plusieurs serviteurs
dans la maison (v. 5) était extraordinaire et transitoire. Mais, comme on avait reçu plusieurs convives
inattendus, à savoir les disciples du Sauveur, on comprend que la provision ait été plus promptement épuisée
qu’on ne l’avait pensé. En outre, les réjouissances nuptiales duraient d’ordinaire plusieurs jours (souvent sept
jours) chez les Juifs. Cf. Gen. 29, 27 ; Jud. 14, 14 ; Tob. 9, 12 ; 10, 1 ; Selden, Uxor hebr. 2, 11. Or, on peut
raisonnablement supposer que la pénurie de vin ne se manifesta point dès le premier repas. - La mère de
Jésus lui dit. S. Jean est seul parmi les évangélistes à ne jamais citer expressément le nom de la Sainte
Vierge ; il suppose, sur ce point comme sur beaucoup d’autres, que ses lecteurs sont au courant de l’histoire
sacrée. Marie, s’étant aperçue de la situation, songe aussitôt à éviter un grand embarras soit aux hôtes, soit
aux convives. On voit dans ce trait toute la bonté de son cœur, de même que l’on voit dans la prière qu’elle
adresse à Jésus les sentiments les plus vifs de foi et de respect à l’égard de son divin Fils. Le petit colloque
entre elle et lui eut lieu à voix basse, assurément. - Il s n'ont pas de vin. Rien de plus terre à terre que les
interprétations données parfois de cette formule dans le camp protestant. D’après Bengel (Gnomon, h. l. ),
Marie eût voulu dire : « Je voudrais que tu t'éloignes, pour que d'autres s'éloignent aussi, avant que le
manque de vin n'apparaisse ». Selon Calvin, elle aurait ainsi conseillé tacitement à Jésus « que par une
quelconque exhortation pieuse il soulage l'ennui des convives, et la honte des époux ». Comme si la
signification pouvait être douteuse ! Il y a dans ces mots une demande pressante, quoique indirecte et
infiniment délicate (Cf. 11, 3), de venir en aide aux hôtes par quelque moyen surnaturel. Sans doute N.-S
Jésus-Christ n’avait fait encore aucun miracle (v. 11) ; mais sa Mère ignorait-elle donc sa nature divine et sa
puissance ?
Ces noces ont lieu trois jours après l'arrivée de Jésus en Galilée ; et cette circonstance n'est pas sans mystère. Le premier âge ou le premier jour du monde, avant la loi, a été éclairé par les exemples éclatants des patriarches ; le second sous la loi, par les oracles des prophètes ; le troisième sous la grâce, par les écrits des Evangélistes, et c'est dans ce troisième jour, que Nôtre-Seigneur a voulu naître dans une chair mortelle. Ces noces ont lieu à Cana, en Galilée, c'est-à-dire (d'après la signification de ces deux mots), dans le zèle de la transmigration, et cette circonstance apprend à ceux qui veulent se rendre dignes de la grâce de Jésus-Christ, qu'ils doivent être enflammés du zèle d'une religion véritable, et passer des vices à la pratique des vertus et des choses de la terre à l'amour des biens célestes. Pendant que le Seigneur prend part au repas des noces , le vin vient à manquer, et il le permet pour faire éclater, par la création d'un vin plus exquis, la gloire qui est comme cachée dans l'Homme-Dieu : « Et le vin, venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont plus de vin. »