Jean 2, 12
Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils demeurèrent là-bas quelques jours.
Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils demeurèrent là-bas quelques jours.
Nous pouvons regarder ce verset comme une
transition entre le miracle de Cana et l’expulsion des vendeurs. - Il descendit à Capharnaüm. Expression
d’une parfaite exactitude, car du plateau élevé où est bâti Kefr-Kenna, jusqu’aux bords du lac de Tibériade, il
y a une descente rapide et perpétuelle. Voyez la belle carte de M. V. Guérin, et, dans l’Atlas de la Bible de R.
Riess, les niveaux adjoints à la pl. 7. Sur l’identité probable de Tell-Houm et de Capharnaüm, comparez
l’Évangile selon S. Matthieu, p. 230. Cette opinion est de plus en plus admise. Cf. Warren, Recovery of
Jerusalem, p. 342 et ss. ; Tristram, Land of Israël, 3e édit., p. 428 et ss. Jésus n’allait pas à Capharnaüm pour
y établir son séjour d’une manière définitive : son changement de résidence n’aura lieu qu’un peu plus tard,
après l’incarcération de S. Jean-Baptiste. Cf. Matth. 4, 12 et 13. - Ses frères. C’est-à-dire ses cousins. Voyez
l’Evang. selon S. Matth., p. 284 ; Klofutar, Comm. in Joan. p. 54 etc. Le sentiment chrétien, dit
Hengstenberg (exégète protestant), h. l., s’est toujours vivement indigné contre l’hypothèse d’après laquelle
Jésus aurait eu des frères proprement dits. Les théologiens contemporains (réformés) montrent, en adoptant
cette hypothèse, qu’il s’est creusé un abîme entre eux et l’Église des anciens temps. Du reste, les motifs sur
lesquels ils s’appuient sont dénués de valeur ». Le mot énergique de S. Augustin est bien connu : « Marie a
pu être mère, elle n’a pu être femme ». Cf. Tract. 10 in Joan 2. Il est possible que les frères de Jésus aient
assisté comme lui, sa mère et ses disciples, au mariage de Cana. - Et ils n’y demeurèrent que peu de jours.
Le verset suivant explique la brièveté de ce séjour : la Pâque était proche, et Jésus voulait partir promptement
pour Jérusalem. Il n’avait sans doute d’autre but, en venant à Capharnaüm, que de s’associer à la caravane de
pèlerins qui s’y formait à l’époque des grandes fêtes.
Ces vases étaient destinés à contenir de l'eau pour servir aux purifications en usage chez les Juifs, qui, entre autres traditions pharisaïques, observaient celle de se purifier fréquemment.
Le mot triclinium veut dire une rangée de trois lits, du mot grec ?????, lit de repos sur lequel les-convives s'étendaient ;l'Architriclinus, ou président du festin, était le premier des convives qui, suivant l'usage antique, étaient étendus sur des lits. Il en est qui pensent que ce président du festin étaient un des prêtres juifs, qui pouvaient assister aux noces, pour apprendre comment on devait s'y conduire.
C'est qu'en effet, il est le roi de gloire qui change les éléments aveu une puissance souveraine.
Ces expressions deux ou trois ne veulent pas dire que parmi ces vases, les uns contenaient deux mesures, les autres trois, mais que chacun d'eux pouvait contenir deux ou trois mesures.
Au moment où le Seigneur se manifesta dans le mystère de son incarnation, la saveur généreuse du vin de la loi perdait insensiblement de sa force première par suite de l'interprétation toute charnelle des pharisiens.
Le mot metretas vient du grec µ?t???, et signifie des vases d'une certaine mesure, des urnes, des amphores ou autres vases semblables.
Ce miracle par lequel Nôtre-Seigneur a changé l'eau en vin, n'a rien d'étonnant pour ceux qui savent que c'est Dieu qui agit lui-même. Il opère aux noces de Cana, dans les urnes pleines d'eau, ce qu'il fait tous les ans dans les ceps de nos vignes, nous n'admirons pas cette dernière transformation, parce qu'elle s'accomplit chaque année sous nos yeux ; Dieu s'est donc réservé de nouveaux prodiges pour réveiller les hommes de leur assoupissement, et leur rappeler l'adoration qu'ils lui doivent, voilà pourquoi l'Evangéliste ajoute : « Et il manifesta sa gloire. »
Mais si leur foi en Jésus-Christ ne date que de ce miracle, ils n'étaient donc pas encore ses disciples, lorsqu'ils se rendirent à ces noces ? Il faut donc voir ici une manière de parler semblable à celle que nous employons, lorsque nous disons que l'apôtre saint Paul est né à Tarse, en Cilicie, car il est évident qu'il n'était pas Apôtre au moment de sa naissance. De même lorsque nous lisons dans l'Evangile, que les disciples de Jésus-Christ furent invités à ces noces, nous devons entendre qu'ils n'étaient pas encore ses disciples, mais qu'ils devaient le devenir plus tard.
Considérez maintenant les mystères qui sont renfermés dans ce miracle du Seigneur; toutes les prédictions qui avaient Jésus-Christ pour objet devaient recevoir en lui leur accomplissement. C'était de l'eau qu'il avait sous les yeux, et il a changé cette eau en vin lorsqu'il ouvrit l'intelligence de ses Apôtres et qu'il leur expliqua les Ecritures. (Lc 24) C'est ainsi qu'il donne de la saveur à ce qui était insipide, et une force enivrante à ce qui n'en avait aucune.
S'il avait fait répandre l'eau qui était dans les urnes pour la remplacer par un vin qu'il aurait tiré des trésors cachés de la création, il aurait paru condamner les livres de l'Ancien Testament. Mais au contraire, il change cette eau en vin, et nous démontre ainsi qu'il est l'auteur de l'Ancien Testament, car c'est par son ordre que les urnes ont été remplies d'eau. Mais cette eau reste sans saveur si la foi n'y découvre pas le Christ. Nous savons que les livres de la loi comprennent tout le temps qui s'est écoulé depuis le commencement du monde, que ce temps se partage en six époques, et que nous sommes dans la sixième de ces époques. La première se compte d'Adam jusqu'à Noé ; la seconde, de Noé à Abraham ; la troisième, d'Abraham à David ; la quatrième de David jusqu'à la captivité de Babylone ; la cinquième de la captivité de Babylone jusqu'à Jean-Baptiste ; la sixième, de Jean-Baptiste à la fin du monde. Les six urnes sont donc la figure des six âges du monde pendant lesquels la prophétie n'a pas fait défaut. Les urnes pleines représentent les prophéties accomplies. Mais que signifie cette circonstance qu'elles contenaient deux ou trois mesures ? Si l'Evangéliste n'avait dit que trois mesures, notre esprit, sans chercher ailleurs, s'arrêterait au mystère de la Trinité. Mais de ce qu'il s'est exprimé autrement, en disant : « Deux ou trois, » ce n'est pas une raison pour abandonner cette interprétation, car là où le Père et le Fils sont nommés, on doit y joindre aussi l'Esprit saint, qui est la charité mutuelle du Père et du Fils. Voici une autre explication qu'on peut encore donner. Les deux mesures peuvent représenter les deux peuples, Juifs et Grecs, et les trois mesures, les trois enfants de Noé.
Comme le sol de Palestine est très-aride, et qu'on y rencontre peu de fontaines et de puits, les Juifs remplissaient d'eau de grandes urnes, pour n'être pas obligés d'en aller chercher dans les fleuves, et pouvoir se purifier facilement s'ils venaient à tomber dans quelque impureté légale. L'Evangéliste ajoute : « Qui servaient aux purifications des Juifs, » pour ôter aux incrédules jusqu'à l'ombre du soupçon qu'il restait au fond de ces vases de la lie avec laquelle en jetant de l'eau dessus, on aurait fait un vin fort léger, et il montre aussi jusqu'à l'évidence, que ces vases n'avaient jamais contenu de vin.
Voilà ce qu'il a fait, de son côté du moins, pour manifester sa gloire. Si ce miracle fut alors inconnu d'un grand nombre, tout l'univers devait dans la suite l'entendre raconter.
Nôtre-Seigneur voulait que le caractère divin de ses miracles se révélât peu à peu ; aussi ne fait-il pas connaître lui-même ce qui vient d'arriver. Le maître du festin n'appelle pas non plus les serviteurs (car leur témoignage n'eût pas suffi pour faire admettre un miracle aussi étonnant de la part de celui que l'on regardait comme un homme ordinaire) ; il s'adresse à l'époux qui était beaucoup plus on mesure de voir et d'apprécier ce qui venait de se faire. Or, ce n'est pas un vin ordinaire, mais un vin excellent que Nôtre-Seigneur met à la place de l'eau : « Et il lui dit : Tout homme sert d'abord le bon vin, » etc. En effet, un des caractères des miracles de Jésus-Christ, c'est d'être beaucoup plus éclatants et aussi plus utiles que les choses qui sont le produit ordinaire de la nature. Les serviteurs furent témoins du changement de l'eau en vin, et le maître du festin aussi bien que l'époux, jugèrent eux-mêmes de l'excellence de ce vin. Il est probable que l'époux exprima sa reconnaissance en quelques paroles, mais l'Evangéliste n'en dit rien, il se contente de rapporter ce qui est nécessaire, c'est-à-dire, que Jésus a changé l'eau en vin, et il ajoute aussitôt : « Ainsi Jésus fit à Cana, en Galilée, le premier de ses miracles. » (hom. 23.) C'était le moment, en effet, d'opérer des miracles, puisqu'il était entouré de disciples parfaitement disposés et qui suivaient avec une grande attention toutes les actions du Sauveur, (hom. 21.) Prétendrait-on qu'il n'y a point de preuve suffisante que ce soit là le premier des miracles de Jésus, parce que l'Evangéliste ajoute : « A Cana, enGalilée, » ce qui permet de supposer qu'il en avait déjà fait ailleurs ? Nous répondrons en citant de nouveau les paroles de Jean-Baptiste : « C'est pour qu'il fût manifesté en Israël, que je suis venu baptiser dans l'eau. » (Jn 1, 31.) Si le Sauveur avait fait des miracles dans sa première enfance, les Israélites n'auraient pas eu besoin qu'on vînt le leur révéler. La multitude des miracles que fit Jésus dans un court espace de temps, lui donnèrent une si grande célébrité, que son nom était connu dans toute la Judée. Mais sa réputation eût été mille fois plus grande s'il avait commencé à faire des miracles dès ses premières années, car des miracles faits par un enfant eussent paru plus surprenants et ils auraient eu beaucoup plus de temps pour se répandre. Mais il convenait qu'il ne fit point de miracles dès son enfance, car on eût refusé de croire à son incarnation, et la jalousie extrême de ses ennemis les aurait portés à le crucifier avant le temps qu'il avait marqué.
Dans le sens allégorique, c'est après la préparation des noces à Cana, en Galilée, que Jésus, avec sa mère, ses frères et ses disciples, descend à Capharnaüm, dont le nom signifie le champ de la consolation. Après avoir donné le vin généreux qui augmente la force et l'ardeur, il était convenable que le Sauveur vint avec sa mère et ses disciples dans le champ de la consolation pour consoler et fortifier par l'espérance des fruits à venir, et par la perspective des champs nombreux et fertiles ceux qui embrassaient sa doctrine, et aussi l'âme de celle qui l'avait conçu du Saint-Esprit. Ceux qui portent des fruits de salut voient descendre vers eux Nôtre-Seigneur, avec les ministres de la parole sainte et ses disciples, et le Seigneur vient les fortifier en présence de sa sainte mère, et souvent même par son intercession. Ceux qui ont été conduits à Capharnaüm, ne supportent pas longtemps la présence de Jésus, parce que le champ de la consolation terrestre ne peut supporter l'éclat d'un grand nombre de vérités, et peut à peine en recevoir quelques-unes.