Jean 15, 26

Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.

Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.
Catéchisme de l'Église catholique
La tradition orientale exprime d’abord le caractère d’origine première du Père par rapport à l’Esprit. En confessant l’Esprit comme " issu du Père " (Jn 15, 26), elle affirme que celui-ci est issu du Père par le Fils (cf. AG 2). La tradition occidentale exprime d’abord la communion consubstantielle entre le Père et le Fils en disant que l’Esprit procède du Père et du Fils (filioque). Elle le dit " de manière légitime et raisonnable " (Cc. Florence en 1439 : DS 1302), car l’ordre éternel des personnes divines dans leur communion consubstantielle implique que le Père soit l’origine première de l’Esprit en tant que " principe sans principe " (DS 1331), mais aussi qu’en tant que Père du Fils unique, Il soit avec Lui " l’unique principe d’où procède l’Esprit Saint " (Cc. Lyon II en 1274 : DS 850). Cette légitime complémentarité, si elle n’est pas durcie, n’affecte pas l’identité de la foi dans la réalité du même mystère confessé.

La mission du Saint-Esprit, envoyé par le Père au nom du Fils (cf. Jn 14, 26) et par le Fils " d’auprès du Père " (Jn 15, 26) révèle qu’il est avec eux le même Dieu unique. " Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire ".

Jean est " plus qu’un prophète " (Lc 7, 26). En lui l’Esprit Saint accomplit de " parler par les prophètes ". Jean achève le cycle des prophètes inauguré par Elie (cf. Mt 11, 13-14). Il annonce l’imminence de la Consolation d’Israël, il est la " voix " du consolateur qui vient (Jn 1, 23 ; cf. Is 40, 1-3). Comme le fera l’Esprit de Vérité, " il vient comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière " (Jn 1, 7 ; cf. Jn 15, 26 ; 5, 33). Au regard de Jean, l’Esprit accomplit ainsi les " recherches des prophètes " et la " convoitise " des anges (1 P 1, 10-12) : " Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit (...). Oui, j’ai vu et j’atteste que c’est Lui, le Fils de Dieu. (...) Voici l’Agneau de Dieu " (Jn 1, 33-36).

Depuis Pâques, c’est l’Esprit Saint qui " confond " le monde en matière de péché " (Jn 16, 8-9), à savoir que le monde n’a pas cru en Celui que le Père a envoyé. Mais ce même Esprit, qui dévoile le péché, est le Consolateur (cf. Jn 15, 26) qui donne au cœur de l’homme la grâce du repentir et de la conversion (cf. Ac 2, 36-38 ; cf. Jean-Paul II, DeV 27-48).
Pape Saint Jean-Paul II
Le Concile Vatican II parle de l'Eglise en marche, établissant une analogie avec l'Israël de l'Ancienne Alliance en marche à travers le désert. Le pèlerinage garde encore un caractère extérieur, visible dans le temps et dans l'espace où il est historiquement réalisé. L'Eglise est destinée, en effet, «à s'étendre à toutes les parties du monde, elle prend place dans l'histoire humaine, bien qu'elle soit en même temps transcendante aux limites des peuples dans le temps et dans l'espace». Cependant le caractère essentiel de son pèlerinage est intérieur: il s'agit d'un pèlerinage par la foi, «par la vertu du Seigneur ressuscité» 56, un pèlerinage dans l'Esprit Saint donné à l'Eglise comme le Consolateur invisible (paraklètos) (cf. Jn 14, 26; 15, 26; 16, 7). «Marchant à travers les tentations, les tribulations, l'Eglise est soutenue par la vertu de la grâce de Dieu, à elle promise par le Seigneur pour que ... elle se renouvelle sans cesse sous l'action de l'Esprit Saint jusqu'à ce que, par la Croix, elle arrive à la lumière sans couchant».
Louis-Claude Fillion
Consolation pour les amis du Sauveur : l’œuvre du Maître ne sera pas anéantie par ses adversaires. En effet, pour se défendre, Jésus aura ici-bas deux sortes de témoins, dont la voix ne saurait rester muette : un témoin tout divin, le Saint Esprit lui-même (verset 26), des témoins humains, mais dévoués, les apôtres (verset 27). - Mais, lorsque (contraste avec ce qui a été dit de la haine du monde) le Défenseur... sera venu. Antérieurement, 14, 16-17 et 26, Jésus n’avait guère fait que mentionner en gros l’œuvre de ce Paraclet qu’il promettait à son Église : voici qu’il commence à en décrire plus au long l’œuvre, la nature, la mission, les rapports avec les deux autres personnes de la Sainte Trinité. - Que je ( pronom accentué) vous enverrai de la part du Père : d’auprès du Père. Dans les passages que nous venons de citer, 14, 16 et 26, c’est le Père lui-même qui envoyait le Paraclet. Cf. Matth. 10, 20 ; Rom. 8, 11. Ici, cette mission divine a Jésus-Christ pour auteur : de là le nom d’Esprit du Fils, que S. Paul donne à l’Esprit Saint, Gal. 4, 6. D’où il suit que le Paraclet est envoyé tout ensemble par le Père et par le Fils. - L’Esprit de vérité. (voyez encore 14, 16, 26 et les commentaires. Cf. 16, 23) Cette apposition relève la force du témoignage du Saint Esprit : ses attestations seront infaillibles ; qualité si importante, mais si rare. - Qui procède du Père. Notez le présent de perpétuité, qui contraste avec le futur « je vous enverrai ». Le verbe grec ἐκπορεύεται (« vient, procède ») n’apparaît que deux fois (ici et 5, 25) dans l’évangile selon S. Jean : il a donné naissance à l’épithète ἐκπορεύτον (« celui qui procède ») de quelques pères grecs, pour désigner la troisième des personnes divines, de même que du latin « procedit » est venu le terme théologique « procession ». Il ne nous appartient pas d’entrer à fond dans le détail de la discussion, tristement célèbre, qui a pris son origine dans ces quelques mots de Notre-Seigneur. C’est encore sur eux que s’appuient les grecs schismatiques pour affirmer que le Saint Esprit procède seulement du Père. Erreur que réfutent de la façon la plus nette les paroles mêmes de Jésus dans son discours d’adieu. En effet, comme nous venons de le voir, le Paraclet reçoit sa mission simultanément du Père et du Fils ; quand le Père l’envoie, c’est au nom du Fils non moins qu’en son nom personnel. Cf. 14, 26. Plus loin, 16, 14 et 15. Il sera dit que l’Esprit Saint puisera dans le trésor commun du Père et du Fils les vérités qu’il doit apporter aux hommes. Ces deux raisons suffisent pour démontrer que la troisième personne procède des deux autres, et point du Père seul. Si Notre-Seigneur mentionne seulement le Père dans ce passage, c’est, dit fort bien Maldonat, pour une raison tout extérieure et provenant du contexte : « il se rendrait témoignage à lui-même s’il disait que l’Esprit procède de lui, et son témoignage paraîtrait suspect. ». Le Paraclet eût semblé être juge dans sa propre cause. Voyez les commentaires de Tolet, de Cornelius a Lapide ; Mgr. Ginoulhiac, Histoire du dogme catholique, t. 2, livre 11, chap. 16 ; Franzelin, Tractatus de Deo trino, p. 460 et ss. - Il : le sujet est répété emphatiquement, à la manière du quatrième évangile. Cf. 1, 18 et la note. Cet Esprit divin, qui réunit toutes les qualités requises pour son rôle de témoin. - Rendra témoignage de moi. Un témoignage complet et parfait, de manière à faire connaître et aimer Jésus-Christ malgré la haine du monde.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Nous voyons ailleurs que le Père envoie l'Esprit saint, ici le Sauveur, en déclarant qu'il l'enverra lui-même, prouve qu'il a une même puissance avec le Père. Et afin qu'on ne crût pas qu'il était opposé au Père, et qu'il envoyait l'Esprit saint en vertu d'une puissance différente, il ajoute: «Qui procède du Père», pour nous apprendre que non-seulement le Père consent à cette mission, mais qu'il la donne lui-même. Lorsque vous entendez dire que l'Esprit saint procède, n'allez pas croire que cette procession soit une mission extérieure comme celle qui est donnée aux esprits qui servent le Seigneur ( He 1, 14); cette procession est une propriété toute différente, attribut exclusif de cet esprit principal. La procession du Saint-Esprit n'est autre que l'origine de son être, il ne faut donc pas prendre la procession pour la mission, car la procession est l'acte en vertu duquel l'Esprit reçoit du Père sa nature divine.
Syméon le Nouveau Théologien
La clé de la connaissance n'est pas autre chose que la grâce du Saint-Esprit. Elle est donnée par la foi. Par l'illumination, elle produit très réellement la connaissance et même la connaissance plénière. Elle ouvre notre esprit enfermé et obscurci, souvent avec des paraboles et des figures, mais aussi avec des affirmations plus claires.

Faites donc bien attention au sens spirituel de la parole. Si la clé n'est pas bonne, la porte ne s'ouvre pas. Car, dit le Bon Pasteur, c'est à lui que le portier ouvre (Jn 10,3). Mais si la porte ne s'ouvre pas, personne n'entre dans la maison du Père, car le Christ a dit: Personne ne va vers le Père sans passer par moi (Jn 14,6).

Or, c'est l'Esprit Saint qui, le premier, ouvre notre esprit et nous enseigne ce qui concerne le Père et le Fils. Le Christ nous dit cela aussi: Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur, et il vous guidera vers la vérité tout entière (cf. Jn 15,26; 16,13). Vous voyez comment, par l'Esprit ou plutôt dans l'Esprit, le Père et le Fils, inséparablement, se font connaître. Et Jésus dit encore: Si je ne m'en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous; mais lorsqu'il viendra, lui, il vous rappellera toute chose (Jn 16,7). Et encore: Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, qui sera toujours avec vous: c'est l'Esprit de vérité (cf. Jn 14,15-17).

Si l'on appelle le Saint-Esprit une clé, c'est parce que, par lui et en lui d'abord, nous avons l'esprit éclairé. Une fois purifiés, nous sommes illuminés par la lumière de la connaissance. Nous sommes baptisés d'en haut, nous recevons une nouvelle naissance et devenons enfants de Dieu, comme dit saint Paul: L'Esprit Saint intervient pour nous par des cris inexprimables (Rm 8,26), et encore: Dieu a envoyé en nos coeurs son Esprit qui crie: Abba, Père (cf. Ga4,6)!

C'est donc lui, l'Esprit, qui nous montre la porte, cette porte qui est lumière. Et cette porte nous enseigne que l'habitant de la maison est, lui aussi, lumière inaccessible (cf. 1 Tm6,16).
Saint Jean Chrysostome
En même temps que l'Esprit de vérité me rendra témoignage, vous aussi me rendrez témoignage, lui dans les coeurs, et vous par vos paroles, lui par ses inspirations, vous par vos prédications.

Les disciples pouvaient dire au Sauveur: S'ils ont entendu de votre bouche des paroles que nul autre n'a dites, s'i ls ont vu des prodiges que personne autre n'a faits, sans en retirer la moindre utilité; si au contraire ils n'ont eu que de la haine pour votre Père et pour vous, pourquoi donc nous envoyer, et comment espérer que nous soyons dignes de foi? Notre-Seigneur dissipe la crainte que pouvaient faire naître ces pensées, en leur faisant cette promesse consolante: «Lorsque sera venu le Paraclet que je vous enverrai du sein du Père, etc., il rendra témoignage de moi».

Notre-Seigneur l'appelle, non l'Esprit saint, mais l'Esprit de vérité, pour montrer combien son témoignage est digne de foi. Il déclare qu'il procède du Père, c'est-à-dire, qu'il sait toutes choses avec une entière certitude, comme le Sauveur dit de lui-même dans un autre endroit: «Je sais d'où je viens et où je vais». - Didyme. Il aurait pu dire qu'il procédait de Dieu ou du Tout-Puissant, il laisse ces dénominations et choisit de préférence celle du Père, non sans doute que le Père soit différent du Dieu tout-puissant; mais parce que l'Esprit de vérité sort de lui en vertu de cette propriété et de cette intelligence qui est propre au Père. Or, en même temps que le Fils envoie l'Esprit de vérité, le Père l'envoie également, puisqu'il vient par un seul et même acte de la volonté du Père et du Fils.
Didyme d'Alexandrie
Le Sauveur donne à l'Esprit saint le nom de consolateur, nom significatif de ce qu'il produit dans les âmes, parce que, non-seulement il affranchit de toute espèce de trouble ceux qu'il en trouve dignes, mais il les remplit encore d'une joie ineffable; car les coeurs où l'Esprit saint fixe son séjour, jouissent d'une joie éternelle. Cet Esprit consolateur est envoyé par le Fils, non comme Dieu envoyait les anges, les prophètes ou les Apôtres, mais comme il convenait à la sagesse et à la vérité d'envoyer l'Esprit de Dieu qui a une nature indivisible avec cette même sagesse et cette même vérité. En effet, le Fils qui est envoyé par le Père, n'en est pour cela ni séparé, ni divisé, il demeure dans son Père, et son Père demeure en lui. Ainsi l'Esprit saint envoyé par le Fils, sort du Père, sans aller d'un lieu dans un autre; car de même que le Père ne peut être contenu dans un espace limité, puisque son infinité s'étend au-delà de tous les espaces matériels, ainsi l'Esprit de vérité ne peut être circonscrit par aucune limite, parce qu'il est incorporel et qu'il est au-dessus de toutes les créatures raisonnables.