Jean 14, 2

Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ?

Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ?
Louis-Claude Fillion
Pour faire pénétrer cette confiance plus avant dans leurs cœurs troublés, il leur rappelle la vraie signification de sa mort : pour lui, mourir c'est aller prendre possession du ciel. - Dans la maison de mon Père. Plus haut, 2, 16, Jésus employait la même locution pour désigner le temple de Jérusalem, qui était en réalité le palais de Jéhova sur la terre ; ici, c'est évidemment le ciel qu'il désigne, le lieu du divin séjour. Cf. Ps. 2, 4, 32, 13, 14, Is. 68, 15 ; Matth. 5, 34 ; 6, 9. - De nombreuses demeures. Détail pittoresque. Quelle simplicité de langage pour exprimer les idées les plus hautes ! La résidence du Seigneur ressemble à ces résidences princières où il y a beaucoup d'appartements, où l'on est sûr, par conséquent, de trouver de la place pour tous. Que les apôtres demeurent donc dans la paix ! Déjà Tertullien ajoutait cette autre déduction « Comment y a-t-il plusieurs demeures auprès du Père, si ce n’est à cause de la diversité des mérites ? Comment, dans la gloire, une étoile sera-t-elle plus brillante qu’une autre, si ce n’est à cause de la diversité de leurs rayons ? ». L'idée est belle et exacte, et les anciens écrivains ecclésiastiques l'ont souvent répétée à propos de ce passage mais elle n'y est pas directement contenue. La pensée principale est bien marquée par le substantif demeure, de demeurer (d'où nous avons fait « maison ») : il s'agit avant tout d'une demeure permanente. Demeure n'apparaît qu'ici et au v. 23 dans le Nouveau Testament. - Si cela n’était pas... Cette ligne est un peu obscure, et elle a reçu un assez grand nombre d'explications diverses. 1° C'est de la particule ὅτι, (que, parce que) que vient principalement la difficulté, et tel est le motif préalable de sa disparition dans quelques manuscrits grecs (N, Γ, Δ, Λ, etc., et la Recepta) : on l'aura supprimée pour alléger la phrase ; mais elle est aussi bien garantie que possible, car on la trouve dans les meilleurs documents (א, A, B, C, D, K, L, X, Π, les versions, etc.). 2° Quelques commentateurs donnent un tour interrogatif : S'il n'en était pas ainsi, vous aurais-je dit que je vais vous préparer une place ? Dans ce cas, Jésus ferait allusion à une parole qu'il avait antérieurement prononcée. Mais où est cette parole ? On ne la trouve ni dans S. Jean ni dans les synoptiques. 3° Selon d'autres, le ὅτι est récitatif, à la façon hébraïque, ainsi qu'il arrive si souvent dans le quatrième évangile. « S’il n’y avait pas plusieurs demeures dans la maison de mon Père, je vous l’aurais dit. Il faut que je m’en aille pour vous préparer une place, de peur qu’elle soit occupée ». C'est le sentiment de S. Augustin, du V. Bède, etc. Toutefois, Maldonat a raison de dire que, d'après cette opinion, « C’était un lieu difficilement praticable ». 4° Nous préférons donc, avec Bossuet, Patrizi, Schanz, et presque tous les modernes, laisser à ὅτι sa signification plus habituelle de « parce que ». Jésus veut démontrer qu'il y a au ciel suffisamment de place pour tous ses amis. « S'il en était autrement, je vous l'aurais dit, afin de vous éviter une désillusion cruelle ; mais il en est réellement ainsi, et la preuve, c'est que je vais vous préparer une place ». - Vous préparer une place. Promesse bien douce ! Cf. Hebr. 4, 14 et 6, 30, où il est dit que Jésus est monté au ciel comme notre précurseur. Auparavant le séjour bienheureux nous était entièrement fermé. « Le ciel était inaccessible aux hommes, et jamais une chair n’avait auparavant foulé le lieu pur et très saint des anges. Mais le Christ fut le premier à nous donner accès à ce lieu, et il livra à la chair le secret d’y monter en s’offrant à Dieu Père comme prémisses de ceux qui sont morts et qui gisent dans la terre. Et il fut le premier homme à se montrer à ceux qui sont au ciel ». S. Cyrille d'Alex., h. l.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure; sinon, est-ce que je vous aurais dit: Je pars vous préparer une place? (Jn 14,2) <> Si les demeures auprès du Père n'avaient pas été nombreuses, le Seigneur aurait dit qu'il partait en avant-coureur, manifestement afin de préparer les demeures des saints. Mais il savait que beaucoup étaient déjà prêtes et attendaient l'arrivée des amis de Dieu. Il donne donc un autre motif à son départ: préparer la route à notre ascension vers ces places du ciel en frayant un passage, alors qu'auparavant cette route était impraticable pour nous. Car le ciel était absolument fermé aux hommes, et jamais aucun être de chair n'avait pénétré dans ce très saint et très pur domaine des anges.

C'est le Christ qui inaugura pour nous ce chemin vers les hauteurs. En s'offrant lui-même à Dieu le Père comme les prémices de ceux qui dorment dans les tombeaux de la terre, il permit à la chair de monter au ciel, et il fut lui-même le premier homme apparu à ses habitants. Les anges ne connaissaient pas le mystère auguste et grandiose d'une intronisation céleste de la chair. Ils voyaient avec étonnement et admiration cette ascension du Christ. Presque troublés à ce spectacle inconnu, ils s'écriaient: Quel est celui-là qui arrive d'Édom (Is 63,1), c'est-à-dire de la terre? Mais l'Esprit ne permit pas que la milice céleste demeurât dans l'ignorance de cette disposition admirable de la sagesse de Dieu le Père. Il ordonna qu'on ouvrît les portes devant le Roi et Seigneur de l'univers: Princes, ouvrez vos portes, portes éternelles: qu'il entre, le roi de gloire (Ps 23,7 LXX)!

Donc, notre Seigneur Jésus Christ inaugura pour nous cette voie nouvelle et vivante: comme dit saint Paul, il n'est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, mais dans le ciel lui-même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu (He 9,24).

En effet, le Christ n'est pas monté pour se faire voir de Dieu son Père, car il était, il est et il sera toujours dans le Père, sous le regard de celui qui l'engendre, et c'est en lui qu'il se réjouit éternellement. Il monte maintenant, d'une façon étrange et insolite pour un homme, lui, le Verbe qui, à l'origine, n'avait pas revêtu l'humanité. S'il l'a fait, c'est pour nous et en notre faveur, afin que, reconnu comme un homme (Ph 2,7), mais avec la puissance du Fils, et entendant avec sa chair ce décret: Siège à ma droite (Ps 109,1), il puisse, établi lui-même comme Fils, transmettre la gloire de la filiation à tout le genre humain.

Car, puisqu'il est devenu homme, c'est comme l'un de nous qu'il siège à la droite du Père, bien qu'il soit supérieur à toute la création et consubstantiel au Père - il est en effet vraiment venu de lui, puisqu'il est Dieu venu de Dieu et lumière venue de la lumière.

Comme homme, il s'est présenté devant le Père en notre faveur, pour nous rendre capables de nous tenir debout devant la face du Père, alors que l'antique péché nous en avait chassés. Comme Fils, il s'est assis pour que nous-mêmes, à cause de lui, nous puissions être appelés fils de Dieu.

Aussi Paul, persuadé de parler au nom du Christ (cf. 2Co 13,3), enseigne-t-il que tout ce qui a été accordé au Christ est communiqué à l'humanité, puisque Dieu nous a ressuscités avec Jésus Christ et nous a fait asseoir dans les cieux avec lui (Ep 2,6). L'honneur et la gloire de siéger au ciel est propre au Christ, qui est Fils par nature. C'est à lui seul que cela revient et que nous le reconnaissons au sens strict. Il a beau avoir pris notre ressemblance en apparaissant comme un homme: la divinité lui appartient parce qu'il est Dieu, mais il nous transmet mystérieusement le don d'une telle dignité.
Saint Jean Chrysostome
On peut encore rattacher autrement ces paroles à ce qui précède. Le Seigneur avait dit à Pierre: «Là où je vais vous ne pouvez me suivre maintenant, mais vous me suivrez par la suite». Or, les disciples auraient pu regarder cette promesse comme faite exclusivement à Pierre, c'est pour cela qu'il leur dit ici: «Il y a un grand nombre de demeures dans la maison de mon Père», c'est-à-dire, le palais que je destine à Pierre vous est également destiné, car il y a dans ce palais un grand nombre de demeures, et il n'y a point à objecter qu'elles ont besoin d'être préparées, car il s'empresse d'ajouter: «S'il en était autrement, je vous l'aurais dit, je vais vous préparer une place».