Jean 13, 8
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »
L'apôtre s'opiniâtre dans la résistance, sans tenir
compte de la leçon du Maître. - Vous ne me laverez jamais les pieds. Quelle énergie de négation ! Jamais,
non, jamais, je ne souffrirai que vous me laviez les pieds. - Jésus lui répondit... Cette fois, Jésus prend un
ton sévère et menaçant : Si tu continues de t'opposer à ma démarche tu n’auras pas de part avec moi. La
locution « avoir part avec » est assez fréquente dans l'Ancien Testament (Cf. Jos. 22, 24-25 ; 4 Reg. 20, 1,
etc.) ; le Nouveau ne l'emploie que deux fois, ici et Apoc. 20, 6. Elle signifie : être en communion avec
quelqu'un. Jésus annonce donc catégoriquement à Pierre qu'il sera exclu de sa communion, de son amitié, s'il
continue de se montrer rebelle. Quels rapports d'intimité pourraient exister entre un disciple et son maître, les
volontés de celui-ci n'étant pas rigoureusement accomplies par celui-là ?
En ce qui concerne le premier point, il expose d'abord ce qui occasionna ces paroles du Christ, puis il ajoute les paroles mêmes du Christ [n° 1756].
1752. L'occasion des paroles du Christ fut l'attitude de Pierre, qui refusa de recevoir cet exemple d'humilité. Cela s'explique de trois manières. Premièrement, selon Origène \ parce que le Seigneur commença à laver les pieds en partant des derniers. Et cela précisément parce que, de même que le médecin désirant soigner de très nombreux malades commence ses traitements particuliers par ceux qui en ont le plus besoin, de même aussi le Christ, pour laver les pieds sales des disciples, commence par ceux qui étaient les plus sales, et ainsi à la fin il vient vers Pierre comme s'il en avait moins besoin que les autres - En commençant par les derniers jusqu'aux premiers. Et c'est bien ce que semblent faire entendre ces paroles de l'Évangile : [IL] COMMENÇA À LAVER LES PIEDS DES DISCIPLES, et ce qui vient ensuite : IL VIENT DONC VERS SIMON-PIERRE. À partir de là il semble que le Christ ait lavé d'abord les pieds des autres.
1753. Mais si on cherche pourquoi Pierre refusa cela devant les autres, Origène répond qu'il le fit à cause de la trop grande ferveur de son amour pour le Christ. Les autres disciples révéraient le Christ avec une certaine crainte, et c'est pourquoi ils recevaient son acte sans discuter sur sa cause. Mais Pierre était plus fervent qu'eux, selon ce que saint Jean rapporte plus tard : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?*, et tirant sa confiance de l'amour il refuse de supporter cet acte et en cherche la cause - L'ami, s'il demeure constant, sera pour toi comme un égal et il agira avec confiance à l'égard de ceux de ta maison.
Et c'est pourquoi, dans l'Écriture, on trouve fréquemment Pierre en train d'interroger et de faire connaître avec vivacité ce qui lui semble meilleur.
1754. La deuxième explication est celle de Chrysostome, à savoir que le Christ a commencé à laver les pieds des Apôtres à partir des premiers. Mais parce que le traître, c'est-à-dire Judas, était sot et orgueilleux, il s'étendit le premier pour l'ablution des pieds, avant Pierre. En effet, aucun des autres n'aurait osé passer devant Pierre. L'Évangéliste parle donc de Judas quand il dit : [IL] COMMENÇA À LAVER LES PIEDS DES DISCIPLES, c'est-à-dire de Judas qui, parce qu'il était orgueilleux et sot, fut sans aucune résistance, et ne refusa pas de recevoir ce que le Seigneur faisait. Mais quand Jésus vient vers Pierre, qui révérait et aimait le Maître, Pierre refuse avec frayeur et cherche la cause de cet acte ; n'importe lequel des autres aurait fait la même chose.
1755. Selon la troisième explication, celle d'Augustin, nous ne devons pas comprendre, à partir des paroles de l'Évan-géliste, que le Seigneur a lavé d'abord les pieds des autres disciples, et ensuite est venu vers Pierre, mais que l'Évangéliste, selon son habitude, montre d'abord l'acte du Christ, et ensuite expose son ordre, comme il le fait aussi plus haut. C'est pourquoi il présente en premier lieu le fait dans son ensemble, à savoir que le Christ a lavé les pieds de ses disciples.
Et par la suite, si on cherche comment cela eut lieu, il dit que Jésus vint d'abord vers Simon-Pierre. Et c'est pourquoi d'abord Pierre refusa en disant : SEIGNEUR, TOI, TU ME LAVES LES PIEDS ? Ces paroles ont un grand poids. SEIGNEUR, dit-il, TOI, qui es le Fils du Dieu vivant, TU ME LAVES LES PIEDS, à moi qui suis Simon Bariona, c'est-à-dire Simon Iona, à savoir Simon, fils de Jean ? De même, SEIGNEUR, TOI qui es l'Agneau sans souillure 3 le miroir sans tache, l’éclat de la lumière éternelle, TU ME LAVES LES PIEDS, à moi qui suis un homme pécheur ? Comme Pierre l'avait dit dans ce passage de Luc : Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. SEIGNEUR, TOI qui es le Créateur, TU ME LAVES LES PIEDS, à moi qui suis une créature, et de peu de foi ? Pierre disait cela effrayé en considérant la majesté du Christ - J'ai considéré tes œuvres, et j'ai craint.
1756. Par ces paroles, le Seigneur montre que ce geste a un sens mystique. C'est pourquoi il dit à Pierre : CE QUE MOI JE FAIS, TU NE LE SAIS PAS À PRÉSENT ; MAIS TU SAURAS PLUS TARD. Et ce qu'il a fait est assurément un exemple et un mystère. Un exemple comme témoignage d'humilité - C'est un exemple que je vous a donné, pour que, comme moi je vous ai fait ainsi vous aussi vous fassiez - et un mystère de purification intérieure - Celui qui s'es baigné n'a besoin que de se laver les pieds.
On peut donc comprendre de deux manières ce qu'il dit : CE QUE MOI JE FAIS D'une première manière, CE QUE MOI JE FAIS, c'est-à-dire la manière dont j'agis en donnant l'exemple, TU NE LE SAIS PAS À PRÉSENT, c'est-à-dire tu ne le comprend : pas. MAIS TU SAURAS PLUS TARD, à savoir quand il leur aura expliqué en disant Savez-vous ce que je vous ai fait ?
D'une autre manière, CE QUE MOI JE FAIS, TU NE LE SAIS PAS À PRÉSENT veut dire que c'est un mystère et un secret et que cela signifie une purification intérieure qu ne peut se faire que par moi, et que tu ne peux pas comprendre à présent. MAIS TU SAURAS PLUS TARD, quand tu recevra : l'Esprit Saint -J'ai beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter main tenant. Mais quand il viendra, lui, l'Esprit d vérité, il vous enseignera la vérité tout entière
1752. L'occasion des paroles du Christ fut l'attitude de Pierre, qui refusa de recevoir cet exemple d'humilité. Cela s'explique de trois manières. Premièrement, selon Origène \ parce que le Seigneur commença à laver les pieds en partant des derniers. Et cela précisément parce que, de même que le médecin désirant soigner de très nombreux malades commence ses traitements particuliers par ceux qui en ont le plus besoin, de même aussi le Christ, pour laver les pieds sales des disciples, commence par ceux qui étaient les plus sales, et ainsi à la fin il vient vers Pierre comme s'il en avait moins besoin que les autres - En commençant par les derniers jusqu'aux premiers. Et c'est bien ce que semblent faire entendre ces paroles de l'Évangile : [IL] COMMENÇA À LAVER LES PIEDS DES DISCIPLES, et ce qui vient ensuite : IL VIENT DONC VERS SIMON-PIERRE. À partir de là il semble que le Christ ait lavé d'abord les pieds des autres.
1753. Mais si on cherche pourquoi Pierre refusa cela devant les autres, Origène répond qu'il le fit à cause de la trop grande ferveur de son amour pour le Christ. Les autres disciples révéraient le Christ avec une certaine crainte, et c'est pourquoi ils recevaient son acte sans discuter sur sa cause. Mais Pierre était plus fervent qu'eux, selon ce que saint Jean rapporte plus tard : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?*, et tirant sa confiance de l'amour il refuse de supporter cet acte et en cherche la cause - L'ami, s'il demeure constant, sera pour toi comme un égal et il agira avec confiance à l'égard de ceux de ta maison.
Et c'est pourquoi, dans l'Écriture, on trouve fréquemment Pierre en train d'interroger et de faire connaître avec vivacité ce qui lui semble meilleur.
1754. La deuxième explication est celle de Chrysostome, à savoir que le Christ a commencé à laver les pieds des Apôtres à partir des premiers. Mais parce que le traître, c'est-à-dire Judas, était sot et orgueilleux, il s'étendit le premier pour l'ablution des pieds, avant Pierre. En effet, aucun des autres n'aurait osé passer devant Pierre. L'Évangéliste parle donc de Judas quand il dit : [IL] COMMENÇA À LAVER LES PIEDS DES DISCIPLES, c'est-à-dire de Judas qui, parce qu'il était orgueilleux et sot, fut sans aucune résistance, et ne refusa pas de recevoir ce que le Seigneur faisait. Mais quand Jésus vient vers Pierre, qui révérait et aimait le Maître, Pierre refuse avec frayeur et cherche la cause de cet acte ; n'importe lequel des autres aurait fait la même chose.
1755. Selon la troisième explication, celle d'Augustin, nous ne devons pas comprendre, à partir des paroles de l'Évan-géliste, que le Seigneur a lavé d'abord les pieds des autres disciples, et ensuite est venu vers Pierre, mais que l'Évangéliste, selon son habitude, montre d'abord l'acte du Christ, et ensuite expose son ordre, comme il le fait aussi plus haut. C'est pourquoi il présente en premier lieu le fait dans son ensemble, à savoir que le Christ a lavé les pieds de ses disciples.
Et par la suite, si on cherche comment cela eut lieu, il dit que Jésus vint d'abord vers Simon-Pierre. Et c'est pourquoi d'abord Pierre refusa en disant : SEIGNEUR, TOI, TU ME LAVES LES PIEDS ? Ces paroles ont un grand poids. SEIGNEUR, dit-il, TOI, qui es le Fils du Dieu vivant, TU ME LAVES LES PIEDS, à moi qui suis Simon Bariona, c'est-à-dire Simon Iona, à savoir Simon, fils de Jean ? De même, SEIGNEUR, TOI qui es l'Agneau sans souillure 3 le miroir sans tache, l’éclat de la lumière éternelle, TU ME LAVES LES PIEDS, à moi qui suis un homme pécheur ? Comme Pierre l'avait dit dans ce passage de Luc : Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. SEIGNEUR, TOI qui es le Créateur, TU ME LAVES LES PIEDS, à moi qui suis une créature, et de peu de foi ? Pierre disait cela effrayé en considérant la majesté du Christ - J'ai considéré tes œuvres, et j'ai craint.
1756. Par ces paroles, le Seigneur montre que ce geste a un sens mystique. C'est pourquoi il dit à Pierre : CE QUE MOI JE FAIS, TU NE LE SAIS PAS À PRÉSENT ; MAIS TU SAURAS PLUS TARD. Et ce qu'il a fait est assurément un exemple et un mystère. Un exemple comme témoignage d'humilité - C'est un exemple que je vous a donné, pour que, comme moi je vous ai fait ainsi vous aussi vous fassiez - et un mystère de purification intérieure - Celui qui s'es baigné n'a besoin que de se laver les pieds.
On peut donc comprendre de deux manières ce qu'il dit : CE QUE MOI JE FAIS D'une première manière, CE QUE MOI JE FAIS, c'est-à-dire la manière dont j'agis en donnant l'exemple, TU NE LE SAIS PAS À PRÉSENT, c'est-à-dire tu ne le comprend : pas. MAIS TU SAURAS PLUS TARD, à savoir quand il leur aura expliqué en disant Savez-vous ce que je vous ai fait ?
D'une autre manière, CE QUE MOI JE FAIS, TU NE LE SAIS PAS À PRÉSENT veut dire que c'est un mystère et un secret et que cela signifie une purification intérieure qu ne peut se faire que par moi, et que tu ne peux pas comprendre à présent. MAIS TU SAURAS PLUS TARD, quand tu recevra : l'Esprit Saint -J'ai beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter main tenant. Mais quand il viendra, lui, l'Esprit d vérité, il vous enseignera la vérité tout entière
Le monde visible proclame la bonté de Dieu, mais rien ne la proclame aussi clairement que la venue de Dieu parmi les hommes. Ainsi, celui qui était dans la condition de Dieu a pris la condition de serviteur. Il n'a pas rabaissé sa dignité, mais magnifié son amour pour les hommes. Et le mystère redoutable qui s'accomplit aujourd'hui nous fait voir les conséquences de cet abaissement. Mais de quel événement faisons-nous mémoire aujourd'hui? Le Sauveur a lavé les pieds de ses disciples.
Vraiment, en assumant tous les traits de notre humanité, le Maître de l'univers a revêtu la condition de serviteur, et il l'a fait d'une manière très caractéristique de l'action de Dieu dans l'Incarnation, lorsqu'il se leva de table (cf. Jn 13,4). Celui qui pourvoit à la subsistance de tous les êtres sous le ciel était assis à table parmi ses Apôtres, le Maître parmi les esclaves, la source de la sagesse parmi les ignorants, le Verbe parmi des hommes sans instruction, l'auteur de la sagesse parmi des illettrés. Celui qui donne à tous leur nourriture prenait sa nourriture à la même table que ses disciples, et celui qui procure la subsistance à l'univers recevait lui-même sa subsistance.
Et il ne se contenta pas de faire à ses serviteurs l'immense faveur de se mettre à table avec eux. Pierre, Matthieu et Philippe, hommes de cette terre, étaient à table avec lui: Michel, Gabriel et toute l'armée des anges se tenaient à ses côtés. Combien cela est admirable! Les anges se tenaient près de lui avec crainte, les disciples étaient à table avec lui dans la plus grande familiarité.
Et cette merveille ne lui suffit pas, mais, dit l'évangile, il se leva de table. Celui qui est drapé du manteau de la lumière (Ps 103,2) était revêtu d'un manteau; celui qui ceint le ciel de nuées se noua un linge à la ceinture; celui qui fait couler l'eau des lacs et des fleuves versa de l'eau dans un bassin. Lui, devant qui tout s'agenouille aux cieux, sur terre et dans l'abîme, lava, à genoux, les pieds de ses disciples.
Le Seigneur de l'univers lava les pieds de ses disciples. Il n'offensa pas sa dignité, mais montra son immense amour pour les hommes. Pourtant, quelque immense que fût cet amour, Pierre n'oublia pas la majesté du Seigneur. Aussi bien, l'homme que son ardeur portait toujours à croire, fut également prompt à reconnaître l'exacte vérité. Les autres disciples, non par indifférence mais par crainte, laissèrent le Seigneur leur laver les pieds, et ne trouvèrent rien à redire. Mais le respect empêcha Pierre de le laisser faire, et il dit: Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds! Tu ne me laveras pas les pieds; non, jamais! (Jn 13,8).
Pierre parla avec beaucoup de rudesse. Il jugeait bien, mais, ignorant la façon dont Dieu agit, c'est par esprit de foi qu'il refusa; puis il obéit de bon coeur. Vraiment, le fidèle chrétien doit se comporter ainsi; il ne doit pas s'obstiner dans ses décisions, mais céder à la volonté de Dieu. Car, si Pierre a exprimé son opinion d'une manière tout humaine, il s'est repenti par amour de Dieu.
Quand le Sauveur constata la résistance tenace de son âme, résistance plus forte que n'importe quelle enclume, il lui dit: Amen, je te le dis: Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec moi (Jn 13,8). Considère attentivement combien l'affaire était grave, et comment le Sauveur brisa la résistance de Pierre. Se montrant plus rude que lui, il le rabroua d'un ton cassant; il exclut Pierre de sa compagnie pour faire triompher la volonté de Dieu sur l'obstination humaine.
Dès lors, Pierre, l'homme bon et admirable, prompt à exprimer son opinion, fut également prompt à se repentir. Ayant senti la dureté des paroles qui lui étaient adressées, il se montra absolu dans son repentir, et dit: Pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête (Jn 13,9). Purifie-moi tout entier, lave-moi complètement, afin que je puisse dire aussi avec David: Lave-moi, je serai blanc plus que neige (Ps 50,9). Mais le Sauveur lui répondit: Celui qui vient de se baigner n'a besoin que de se laver les pieds (Jn 13,10).
Et pourquoi leur a-t-il lavé uniquement les pieds? C'est en raison des voyages que devaient faire les Apôtres. En lavant leurs pieds, non seulement il les a nettoyés, mais il a encore affermi les pas des saints. Cette belle ablution des pieds, Isaïe l'avait vue bien des siècles auparavant. Sachant qu'elle n'était pas une ablution humaine mais une divine purification, il avait proclamé d'une voix éclatante: Qu'ils sont beaux, les pieds des messagers de la bonne nouvelle, des messagers de paix (Is 52,7)! Le Sauveur a touché leurs pieds, faits de limon, pour les rendre forts, car ils devaient parcourir toute la terre qui est sous le ciel.
Vraiment, en assumant tous les traits de notre humanité, le Maître de l'univers a revêtu la condition de serviteur, et il l'a fait d'une manière très caractéristique de l'action de Dieu dans l'Incarnation, lorsqu'il se leva de table (cf. Jn 13,4). Celui qui pourvoit à la subsistance de tous les êtres sous le ciel était assis à table parmi ses Apôtres, le Maître parmi les esclaves, la source de la sagesse parmi les ignorants, le Verbe parmi des hommes sans instruction, l'auteur de la sagesse parmi des illettrés. Celui qui donne à tous leur nourriture prenait sa nourriture à la même table que ses disciples, et celui qui procure la subsistance à l'univers recevait lui-même sa subsistance.
Et il ne se contenta pas de faire à ses serviteurs l'immense faveur de se mettre à table avec eux. Pierre, Matthieu et Philippe, hommes de cette terre, étaient à table avec lui: Michel, Gabriel et toute l'armée des anges se tenaient à ses côtés. Combien cela est admirable! Les anges se tenaient près de lui avec crainte, les disciples étaient à table avec lui dans la plus grande familiarité.
Et cette merveille ne lui suffit pas, mais, dit l'évangile, il se leva de table. Celui qui est drapé du manteau de la lumière (Ps 103,2) était revêtu d'un manteau; celui qui ceint le ciel de nuées se noua un linge à la ceinture; celui qui fait couler l'eau des lacs et des fleuves versa de l'eau dans un bassin. Lui, devant qui tout s'agenouille aux cieux, sur terre et dans l'abîme, lava, à genoux, les pieds de ses disciples.
Le Seigneur de l'univers lava les pieds de ses disciples. Il n'offensa pas sa dignité, mais montra son immense amour pour les hommes. Pourtant, quelque immense que fût cet amour, Pierre n'oublia pas la majesté du Seigneur. Aussi bien, l'homme que son ardeur portait toujours à croire, fut également prompt à reconnaître l'exacte vérité. Les autres disciples, non par indifférence mais par crainte, laissèrent le Seigneur leur laver les pieds, et ne trouvèrent rien à redire. Mais le respect empêcha Pierre de le laisser faire, et il dit: Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds! Tu ne me laveras pas les pieds; non, jamais! (Jn 13,8).
Pierre parla avec beaucoup de rudesse. Il jugeait bien, mais, ignorant la façon dont Dieu agit, c'est par esprit de foi qu'il refusa; puis il obéit de bon coeur. Vraiment, le fidèle chrétien doit se comporter ainsi; il ne doit pas s'obstiner dans ses décisions, mais céder à la volonté de Dieu. Car, si Pierre a exprimé son opinion d'une manière tout humaine, il s'est repenti par amour de Dieu.
Quand le Sauveur constata la résistance tenace de son âme, résistance plus forte que n'importe quelle enclume, il lui dit: Amen, je te le dis: Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec moi (Jn 13,8). Considère attentivement combien l'affaire était grave, et comment le Sauveur brisa la résistance de Pierre. Se montrant plus rude que lui, il le rabroua d'un ton cassant; il exclut Pierre de sa compagnie pour faire triompher la volonté de Dieu sur l'obstination humaine.
Dès lors, Pierre, l'homme bon et admirable, prompt à exprimer son opinion, fut également prompt à se repentir. Ayant senti la dureté des paroles qui lui étaient adressées, il se montra absolu dans son repentir, et dit: Pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête (Jn 13,9). Purifie-moi tout entier, lave-moi complètement, afin que je puisse dire aussi avec David: Lave-moi, je serai blanc plus que neige (Ps 50,9). Mais le Sauveur lui répondit: Celui qui vient de se baigner n'a besoin que de se laver les pieds (Jn 13,10).
Et pourquoi leur a-t-il lavé uniquement les pieds? C'est en raison des voyages que devaient faire les Apôtres. En lavant leurs pieds, non seulement il les a nettoyés, mais il a encore affermi les pas des saints. Cette belle ablution des pieds, Isaïe l'avait vue bien des siècles auparavant. Sachant qu'elle n'était pas une ablution humaine mais une divine purification, il avait proclamé d'une voix éclatante: Qu'ils sont beaux, les pieds des messagers de la bonne nouvelle, des messagers de paix (Is 52,7)! Le Sauveur a touché leurs pieds, faits de limon, pour les rendre forts, car ils devaient parcourir toute la terre qui est sous le ciel.
Ou bien encore, tous présentaient leurs pieds au Sauveur, en disant que celui qui était si élevé au-dessus d'eux ne leur lavait pas les pieds sans raison; mais Pierr e, ne prenant conseil que de son profond respect pour Jésus, ne voulait point présenter ses pieds pour que Jésus les lavât; souvent, en effet, l'Ecriture nous montre Pierre plein d'ardeur pour exprimer ce qui lui paraissait le meilleur et le plus utile.
Nous apprenons, par cet exemple, qu'on peut dire dans une bonne intention, mais par ignorance, une chose qui n'est point avantageuse. Pierre, en effet, ignorant combien cette action du Sauveur devait lui être utile, s'en excuse en exprimant un doute plein de respect et de douceur: «Quoi ! Seigneur, vous, me laver les pieds ?» Ensuite il va plus loin: «Jamais vous ne me laverez les pieds ?» et s'oppose ainsi à une action qui devait le faire entrer en communication intime avec le Sauveur. En s'exprimant de la sorte, non-seulement il reprend Jésus de l'inconvenance qu'il y a pour lui de laver les pieds de ses disciples, mais il reproche aussi aux autres Apôtres de céder à ce désir inconvenant en présentant leurs pieds à Jésus. Comme ce refus de Pierre ne pouvait lui être avantageux, Notre-Seigneur ne voulut point lui donner raison: Jésus lui répondit: «Si je ne vous lave point, vous n'aurez point de part avec moi».
Comment ceux qui refusent d'entendre, dans un sens tropologique ou moral ce passage et d'autres semblables, pourront-ils expliquer que celui qui a dit à Jésus, par un sentiment de respect: «Vous ne me laverez jamais les pieds», n'ait point de part avec lui pour ce seul fait de n'avoir point eu les pieds lavés par Jésus, comme s'il s'agissait d'un crime énorme? Nous devons donc présenter à Jésus les pieds, c'est-à-dire les affections de notre âme, afin que nos pieds soient éclatants de blancheur, surtout lorsque nous aspirons à des grâces plus hautes et que nous voulons être du nombre de ceux qui évangélisent les biens du ciel.
Nous nous servons de cette parole du Sauveur contre ceux qui prennent la résolution indiscrète de faire des actions qui doivent leur être nuisibles; car, en leur montrant qu'en persévérant dans ce dessein indiscret et téméraire, ils n'auront point de part avec Jésus, nous leur persuadons d'y renoncer, lors même qu'emportés par la vivacité de leurs désirs, ils auraient donné à leur résolution la sanction du serment.