Jean 13, 20
Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même ; et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. »
Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même ; et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. »
Les problèmes qui assombrissent notre horizon actuel sont nombreux. Il suffit de penser à l'urgence de travailler pour la paix, de poser dans les relations entre les peuples des jalons solides en matière de justice et de solidarité, de défendre la vie humaine, de sa conception jusqu'à sa fin naturelle. Et que dire des mille contradictions d'un univers « mondialisé » où les plus faibles, les plus petits et les plus pauvres semblent avoir bien peu à espérer? C'est dans ce monde que doit jaillir de nouveau l'espérance chrétienne! C'est aussi pour cela que le Seigneur a voulu demeurer avec nous dans l'Eucharistie, en inscrivant dans la présence de son sacrifice et de son repas la promesse d'une humanité renouvelée par son amour. De manière significative, là où les Évangiles synoptiques racontent l'institution de l'Eucharistie, l'Évangile de Jean propose, en en illustrant ainsi le sens profond, le récit du « lavement des pieds », par lequel Jésus se fait maître de la communion et du service (cf. Jn 13, 1-20). De son côté, l'Apôtre Paul déclare « indigne » d'une communauté chrétienne la participation à la Cène du Seigneur dans un contexte de divisions et d'indifférence envers les pauvres (cf. 1 Co 11, 17-22. 27-34).
Jésus emploie encore sa
formule solennelle, en vérité, en vérité, je vous le dis, pour introduire une autre pensée, que nous avons
également rencontrée dans les évangiles synoptiques (Cf. Matth. 10, 40 ; Luc. 9, 48), mais d'après un
enchaînement tout divin : Quiconque reçoit... Recevoir un apôtre du Messie, c'est recevoir le Messie
lui-même ; et recevoir le Messie, c'est recevoir Dieu, duquel il tient sa mission. Cette parole est très claire en
elle-même, l'ambassadeur formant une seule et même personne morale avec celui qui l'envoie ; toutefois, la
liaison avec le contexte est vraiment difficile à établir : si difficile, qu'on l'a parfois niée purement et
simplement, soit que l'évangéliste, a-t-on dit, ait omis les idées qui marquaient la transition (Corluy), soit que
ce verset ne contienne qu'une glose insérée à tort dans le texte (opinion contredite par la présence du v. 20
dans tous les anciens documents). D'après Μ. Godet, N.-S. Jésus-Christ compléterait ici l'adage du v. 16. Le
disciple n'est pas plus grand que son maître, était-il dit là-haut ; et maintenant : Le disciple, d'autre part, n'est
pas inférieur à son maître. Suivant le Dr J.-P. Lange, Jésus oppose à la destinée misérable de Judas la gloire
et le bonheur des apôtres fidèles. Un autre commentateur allemand, H. A. W. Meyer, établit la connexion
suivante : L'humilité que le Sauveur exige de ses disciples n'empêchera pas ceux-ci d'être partout noblement
reçus, attendu qu'ils seront à bon droit regardés comme d'autres lui-même. Selon le Dr Keil, il serait
question, non pas de la manière dont les apôtres seront traités, mais de la réception qu'ils devront accorder
eux-mêmes aux simples fidèles. Ces petits aussi vous sont envoyés par moi, telle serait la pensée de Jésus ;
honorez-les donc, me considérant en leur personne par les yeux de la foi. Etc., etc. Le sentiment le plus
commun envisage cette parole du divin Maître comme une consolation qu'il donnerait à ses onze vrais
apôtres, après leur avoir annoncé la triste défection de Judas : le crime du traître n'enlèvera au reste du corps
apostolique rien de sa dignité ; l'infamie d'un seul ne fera point disparaître le privilège de tous les autres ;
qu'ils travaillent donc avec zèle. Cette liaison nous semble être la meilleure, car elle tient compte pour le
mieux des versets 18, 19 et 21, qui parlent tous successivement soit de Judas, soit des onze autres disciples.
Au besoin, du reste, on pourrait attribuer à l'émotion du Sauveur ce qu'il y a d'abrupt extérieurement dans le
va-et-vient des idées.
Il donne ici aux Apôtres une leçon nécessaire. Ils devaient tous être élevés un jour à des dignités plus ou moins importantes, il s'applique donc à modérer les sentiments ambitieux qui les porteraient à s'élever les uns au-dessus des autres.
Dans le sens allégorique, c'est après avoir consommé l'oeuvre de notre purification et de notre rédemption par l'effusion de son sang qu'il reprend ses vêtements en ressuscitant et en sortant du tombeau le troisième jour, revêtu de son corps, doué d'immortalité. Et il s'assied de nouveau en montant au ciel, en prenant place à la droite de Dieu son Père, d'où il doit venir pour nom juger.
Notre-Seigneur a commencé par pratiquer ce qu'il devait ensuite enseigner, selon ces paroles: «Jésus commença par faire». (Ac 1) Voilà, bienheureux Pierre, ce que vous ne saviez pas, et ce dont le Sauveur vous promettait l'explication.
Et comme la connaissance de ce qui est bien sans la pratique est un titre, non de félicité, mais de condamnation, selon ces paroles: «Celui qui connaît le bien et ne le pratique pas, est coupable de péché»; le Sauveur ajoute: «Si vous savez ces choses, vous serez bienheureux, pourvu que vous les pratiquiez».
Notre-Seigneur se rappelle qu'il a promis à Pierre l'explication de ce qu'il venait de faire, lorsqu'il lui a dit: «Vous saurez par la suite (ce que j'ai fait) »; et il commence à lui en faire connaître la raison: «Après donc qu'il leur eut lavé les pieds, il reprit ses vêtements, et s'étant remis à table, il leur dit: Savez-vous ce que je viens de vous faire ?»
Le sage donne à l'homme ce précepte: «Que ce ne soit point ta bouche qui te loue, mais la bouche de ton prochain». Car la vaine complaisance est dangereuse pour l'homme qui doit éviter l'orgueil. Mais pour celui qui est au-dessus de tout, quelques louanges qu'il se donne, il ne peut s'élever au-dessus de ce qu'il est, et on ne peut légitimement accuser Dieu d'arrogance. En effet, c'est à nous et non pas à lui qu'il importe de connaître Dieu, et personne ne peut le connaître, si celui-là qui seul a cette connaissance, ne daigne nous la communiquer. Si donc il s'abstient de se louer lui-même pour éviter le reproche d'aimer la vaine gloire, il nous prive des leçons de la sagesse. Mais comment la vérité peut-elle craindre la tentation d'orgueil? Personne ne peut lui reprocher de se donner le nom de maître, même celui qui ne verrait en lui qu'un homme, car il ne fait en cela que ce que font tous les jours les hommes qui enseignent les différentes branches des connaissances humaines, et qui prennent sans se rendre coupables d'arrog ance, le nom de professeurs. Toutefois on ne pourrait supporter qu'un homme s'arrogeât le titre de seigneur de ses disciples qui seraient eux-mêmes de condition distinguée suivant le monde. Mais lorsque Dieu parle, ne craignez aucun orgueil d'une si grande élévation, aucun mensonge de la part de la vérité, nous avons tout profit à nous soumettre à cette hauteur, à obéira cette vérité. Vous avez donc raison de m'appeler votre Maître et votre Seigneur, car je le suis en effet, et si je ne l'étais pas, vous auriez tort de tenir ce langage.
La plupart accomplissent ce devoir d'humilité lorsqu'ils se donnent mutuellement l'hospitalité, et lies chrétiens se le rendent les uns aux autres, même dans ce qu'il a d'extérieur. Sans aucun doute, il est mieux et plus conforme à la vérité, de le rendre extérieurement, en sorte qu'un chrétien ne dédaigne pas de faire ce qu'a fait Jésus-Christ lui-même, car lorsque notre corps s'incline et s'abaisse jusqu'aux pieds de nos frères, le sentiment de l'humilité se trouve on excité dans notre coeur, ou affermi s'il y était déjà. Mais indépendamment de cette interprétation morale, est-ce qu'un frère ne peut purifier son frère de la contagion du péché? Confessons-nous mutuellement nos péchés, pardonnons-nous réciproquement nos fautes, prions pour les fautes les uns des autres, et nous nous serons en quelque sorte mutuellement lavé les pieds.
C'est-à-dire, il en est un parmi vous qui n'aura point part à ce bonheur et qui ne fera point ces choses: «Je sais ceux que j'ai choisis». Quels sont-ils? ceux qui seront heureux, en accomplissant les commandements du Sauveur. Ainsi Judas ne fut pas choisi de la sorte; comment donc expliquer ce qu'il dit dans un autre endroit: «Est-ce que je ne vous ai pas choisis tous les douze ?» Judas a-t-il donc été choisi pour une oeuvre où il était nécessaire, sans être choisi pour cette félicité dont Notre-Seigneur vient de dire: «Vous seriez bienheureux si vous les pratiquez ?»
Que signifient, en effet, ces paroles: «Il lèvera le pied contre moi», si ce n'est: Il me foulera aux pieds? Sous cette expression figurée, il veut désigner son traître disciple.
Ceux qui avaient été choisis se nourrissaient du corps du Seigneur; Judas, au contraire, mangeait le pain du Seigneur contre le Seigneur; ceux-ci mangeaient la vie, celui-là mangeait son châtiment, car celui qui mange ce pain indignement, dit l'Apôtre, mange sa propre condamnation.
«Je vous dis ceci dès maintenant, et avant que la chose se fasse, afin que lorsqu'elle arrivera, vous me reconnaissiez pour ce que je suis», c'est-à-dire, pour celui que cette prophétie avait pour objet.
Les ariens, en entendant ces paroles, s'empressent de recourir à ces degrés, qui au lieu de les élever sur les hauteurs de la vie, les précipitent dans l'abîme de la mort. Autant, disent-ils, l'Apôtre diffère du Seigneur qui l'envoie, autant le Fils diffère du Père. Mais lorsque le Sauveur fait cette déclaration: «Mon Père et moi nous ne sommes qu'un», il ne permet pas le moindre soupçon de différence entre le Père et le Fils. Comment donc devons-nous entendre ces paroles du Seigneur: «Celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé ?» Si nous voulons les entendre dans ce sens, que le Père et le Fils ont une même nature, la conséquence naturelle de ces autres paroles: «Celui qui reçoit mon envoyé, me reçoit», paraît devoir être que le Fils et l'envoyé ont aussi une même nature. On pourrait donc supposer que le Sauveur a voulu dire: Qui reçoit celui que j'ai envoyé me reçoit en tant qu'homme, mais qui me reçoit comme Dieu, reçoit celui qui m'a envoyé. Toutefois, en s'exprimant de la sorte, ce n'est point l'unité de nature qu'il voulait faire ressortir dans la personne de celui qui est envoyé, mais l'autorité de celui qui envoie; si donc vous considérez Jésus-Christ dans Pierre, vous y trouverez le maître du disciple; si au contraire vous considérez le Père dans le Fils, vous trouverez le Père du Fils unique.
Tous peuvent arriver à savoir, mais tous ne parviennent pas à pratiquer. Le Sauveur condamne ensuite en termes couverts la conduite de son traître disciple: «Je ne dis pas ceci de vous tous».
Les Apôtres devaient bientôt partir pour prêcher l'Évangile et pour être exposés à toute sorte d'épreuves, il les console donc par avance de deux manières: d'abord en leur promettant d'être lui-même leur consolateur: «Vous serez heureux, pourvu que vous pratiquiez ces choses»; puis en leur prédisant que les hommes eux mêmes s'empresseront de leur prodiguer les secours dont ils auront besoin: «En vérité, en vérité je vous le dis, celui qui reçoit, celui que j'ai envoyé, c'est moi-même qu'il reçoit».
Notre-Seigneur parle ici, ou d'une manière interrogative, pour leur faire comprendre la grandeur de cette action, ou dans le sens impératif pour réveiller leur attention.
Jésus ne dit pas aux Apôtres: Afin que vous croyiez en général, comme s'ils ne croyaient point, mais il veut leur dire: Afin que non contents de croire vous arriviez à pratiquer. Il leur recommande de persévérer dans la foi, et de ne s'exposer à aucune des occasions qui pourrait la leur faire perdre. Et en effet, parmi tous les motifs de crédibilité sur lesquels reposait la foi des disciples, ils eurent celui de voir s'accomplir les prophéties qui avaient Jésus-Christ pour objet.
En effet celui qui reçoit l'envoyé de Jésus, reçoit Jésus, qui demeure dans celui qu'il a envoyé, et celui qui reçoit Jésus, reçoit son Père; donc recevoir celui que Jésus envoie, c'est recevoir le Père lui-même. On peut encore donner cette explication. Celui qui reçoit mon envoyé, arrive jusqu'à me recevoir moi-même, mais celui qui me reçoit, non dans la personne d'un de mes envoyés, mais qui me reçoit même lorsque je viens dans les âmes, reçoit mon Père, de sorte que mon Père et moi nous demeurions en lui.