Jean 10, 38
Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père. »
Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père. »
Mais si je les fais (δὲ, contraste). Deuxième supposition : Ou bien je les accomplis ; et cela était évident
pour quiconque ne fermait pas les yeux. - Et si vous ne voulez pas me croire : et dans cet autre cas, si
vous refusez de me croire sur parole, si vous vous défiez de ma personne, de ma véracité, du moins croyez
à mes œuvres. Quelle force, et quelle humilité encore, et quel calme admirable dans ce langage ! - Afin que
vous connaissiez et que vous croyiez... S'ils tirent des œuvres de Jésus la conclusion manifeste qui s'en
échappe, alors ils arriveront à ce résultat : ils reconnaîtront son unité parfaite avec Dieu. Les manuscrits B,
L, X, etc présentent une variante intéressante, qu'admettent la plupart des critiques modernes. Au lieu de
ἵνα γνῶτε καὶ πιστεύσητε (Recepta, א, Α, Γ, P, etc.; c'est la leçon de la Vulgate), ils ont ἵνα γνῶτε καὶ
γινώσκητε, répétant ainsi le même verbe à deux temps différents : d'abord γνῶτε à l'aoriste, « afin que
vous ayez connu », ce qui exprime un acte passé ; puis γινώσκητε au présent, « afin que vous
connaissiez », ce qui dénote la stabilité et même la croissance permanente dans la vérité une fois connue.
Nuance délicate, qui provient vraisemblablement de l'évangéliste lui-même, car l'autre leçon ressemble à
une correction posthume. - Que le Père est en moi, et moi dans le Père. C'est-à-dire : que nous n'avons,
mon Père et moi, qu'une seule et même nature. Ces deux propositions expriment ce que les théologiens ont
nommé la « circuminsessio » (existence des personnes de la sainte Trinité les unes dans les autres ;
συμπεριχωρησις des Grecs). Cf. S. Thom. Aq., pars 1, q. 2, art. 5. S. Cyrille en donne ce beau
commentaire : « Comme le soleil est dans le rayon qui émane de lui, et le rayon dans le soleil dont il
s'échappe, de même le Fils est dans le Père et le Père dans le Fils, car ils coexistent l'un dans l'autre, et l'un
pour l'autre, en tant que deux personnes divines, dans l'identité et l'unité de nature. »
Mais le Sauveur voulant leur prouver que leur fureur contre lui n'a aucune raison d'être, leur rappelle les prodiges qu'il avait opérés : « J'ai fait devant vous beaucoup d'œuvres excellentes, » etc.
Ou bien, il l'a sanctifié, c'est-à-dire, il a ordonné qu'il serait offert en sacrifice pour le monde, ce qui prouve qu'il n'est pas Dieu comme les autres hommes, car sauver le monde est une œuvre toute divine et bien au-dessus d'un homme déifié par la grâce.
Les Juifs ne purent supporter ces paroles : « Mon Père et moi nous sommes un, » et obéissant à leur dureté habituelle, ils coururent chercher des pierres pour les lui jeter : « Alors les Juifs prirent des pierres pour le lapider. »
C'est la réponse qu'ils font à cette parole du Sauveur : « Mon Père et moi nous ne sommes qu'un. » Voici donc que les Juifs ont compris ce que n'ont pas compris les Ariens, car la colère des Juifs vint de ce qu'ils comprirent bien qu'il ne pouvait dire : Mon Père et moi nous ne sommes qu'un, qu'autant qu'il y avait égalité parfaite entre son Père et lui.
C'est-à-dire, dans la loi qui vous a été donnée : « Je l'ai dit : Vous êtes des dieux. » Ce sont les paroles que Dieu adresse aux hommes dans les psaumes par son prophète. Le Sauveur comprend quelquefois sous le nom de loi, toutes les Ecritures ; en d'autres endroits il la distingue des écrits prophétiques : « A ces deux commandements se rattachent toute la loi et les prophètes. » (Mt 22) Quelquefois il divise les Ecritures en trois parties : « Il fallait que tout ce qui a été prédit de moi, dans la loi, dans les prophètes et dans les psaumes, fût accompli. » (Lc 14) Ici il comprend les psaumes sous le nom de loi, et voici son raisonnement : Si l'Ecriture appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et que l'Ecriture ne puisse être démentie, comment dites-vous à celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde : Vous blasphémez, parce que j'ai dit : Je suis le Fils de Dieu ?
Ou bien encore, le Père l'a sanctifié, c'est-à-dire, lui a donné d'être saint eu l'engendrant, parce qu'il l'a engendré dans la plénitude de la sainteté. Or, si la parole de Dieu, adressée aux hommes, leur a donné le nom de dieux, comment le Verbe de Dieu ne serait-il pas Dieu lui-même ? Et si les hommes, en participant au Verbe de Dieu, deviennent eux-mêmes des dieux, comment le Verbe qui fait entrer en participation de lui-même, ne serait-il pas Dieu ?
Le Fils de Dieu ne dit pas : Mon Père est en moi. et moi en lui, dans le sens que les hommes le peuvent dire ; car si nos pensées sont bonnes, nous sommes en Dieu, et si notre vie est sainte, Dieu est en nous. Lorsque nous participons à sa grâce et que nous recevons sa lumière, nous sommes en lui, et lui en nous. Mais pour le Fils unique de Dieu, il est dans le Père, et le Père est en lui, comme un égal est dans celui qui lui est égal.
Maintenant que le Seigneur est assis an plus haut des cieux, les hérétiques refusent encore d'obéir à ses paroles par le même sentiment d'incrédulité, et le poursuivent de leur haine sacrilège ; ils lancent contre lui leurs impiétés comme autant de pierres, et s'ils le pouvaient, ils le renverseraient de son trône pour l'attacher de nouveau à la croix.