Jean 10, 21
D’autres disaient : « Ces paroles ne sont pas celles d’un possédé… Un démon pourrait-il ouvrir les yeux des aveugles ? »
D’autres disaient : « Ces paroles ne sont pas celles d’un possédé… Un démon pourrait-il ouvrir les yeux des aveugles ? »
D’autres disaient. Ceux-ci sont beaucoup
mieux disposés. Leur réflexion est pleine de bon sens ; elle porte tour à tour sur la prédication de
Notre-Seigneur et sur son récent miracle. - 1° Sa prédication : les paroles, de telles paroles ! Les
accusations que nous venons d'entendre tombaient d'elles-mêmes, si on les mettait en regard de
l'enseignement de Jésus. - D’un homme possédé du démon (δαιμονιζομένου en un seul mot). Au contraire,
c'étaient les « paroles de Dieu », 3, 34. - 2° Son récent prodige : Le démon peut-il... ; dans le grec μὴ…
δύναται…; formule que nous rencontrons si souvent dans les écrits de S. Jean pour marquer une forte
impossibilité. « Sûrement, un démon ne peut pas… ! » - Ouvrir les yeux des aveugles. Notez le choix
judicieux de toutes les expressions. Ils ne refusent pas au démon d'une façon absolue le pouvoir de faire
des miracles, car ce serait une fausseté théologique réfutée par la Bible elle -même. Cf. Ex. 6, 11, 22, etc.
Ce qu'ils nient à bon droit, c'est que le démon puisse accomplir tels et tels prodiges extraordinaires qui
attestent visiblement l'intervention divine : or, de ce genre était la guérison de l'aveugle. Cf. 9, 16. -
Pourquoi s'arrêtent-ils dans ce raisonnement si juste, et s'en tiennent-ils au côté négatif de la question ? Ne
leur était-il pas aisé de conclure aussi que l'auteur d'un si éclatant prodige était certainement le Messie ? Il
est vraisemblable qu'ils n'en eurent pas le courage.
En effet, les séducteurs n'ont jamais exposé leur vie pour leur brebis, mais comme des mercenaires, ils ont abandonné ceux qui les suivaient, et le Sauveur, pour qu'on ne se saisît pas de la personne de ses disciples, dit à ses ennemis : « Laissez-les aller ».
Ce commandement, en effet, n'exprime autre chose que la parfaite harmonie entre son Père et lui.
Après avoir parlé de lui-même en termes aussi relevés et s'être donné pour le maître de la mort et de la vie ; le Sauveur tempère de nouveau son langage, et unit ainsi les choses les plus contraires dans une admirable harmonie, afin que nous le considérions, non comme inférieur à son Père, ni comme son adversaire, mais comme possédant le même pouvoir et la même sagesse.
Et ce n'est point par une parole extérieure, que le Verbe a reçu ce commandement, car tout commandement a sa racine dans le Verbe, Fils unique du Père. Lors donc qu'on dit du Fils, qu'il reçoit ce qu'il possède, par sa nature, ce n'est point pour amoindrir sa puissance, mais pour prouver sa génération, car c'est par la génération que le Père a tout donné à son Fils, qu'il a engendré dans toute sa perfection.
Il ne fait de ces deux troupeaux qu'une seule bergerie, parce qu'il unit dans les liens d'une seule et même foi les Juifs et les Gentils.
Il s'adressait tout d'abord au bercail qui était composé des enfants d'Israël par le sang, il y en avait d'autres qui en faisaient partie par la foi, ils étaient encore au milieu des Gentils, ils étaient prédestinés, mais ils n'étaient pas encore réunis. Ils ne sont donc pas encore de cette bergerie, parce qu'ils n'appartiennent point par le sang à la race d'Israël, mais ils en feront un jour partie d'après la parole du Sauveur : « Il faut que je les amène, » etc.
Que signifient alors ces paroles : « Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël ? » C'est que le peuple d'Israël seul a joui de sa présence corporelle, et qu'il n'a pas été en personne vers les Gentils, mais qu'il leur a envoyé ses Apôtres.
C'est-à-dire, parce que je meurs pour ressusciter. Remarquez la force de cette expression : « Je donne ma vie. » Que les Juifs cessent de se glorifier, ils pourront se déchaîner contre moi, mais si je ne consens à donner ma vie, à quoi peuvent aboutir les efforts de leur fureur ? Or, l'amour que le Père a pour le Fils, n'est pas comme le prix de la mort qu'il doit soutenir, mais il l'aime en contemplant dans ce Fils qu'il a engendré sa propre nature, alors qu'en vertu de ce même amour, il consent à donner sa vie pour nous.
Ces paroles sont la preuve que sa mort n'a été l'effet et la suite d'aucun péché personnel, mais qu'il est mort parce qu'il l'a voulu, quand il l'a voulu, et de la manière qu'il l'a voulu : « Et j'ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre. »
La manière dont Nôtre-Seigneur parle ici de son âme, nous prémunit contre l'erreur des apollinaristes, qui prétendent que Jésus-Christ n'a pas eu d'âme humaine, c'est-à-dire, une âme intelligente et raisonnable. Dans quel sens donc Nôtre-Seigneur dit-il qu'il a le pouvoir de donner son âme ou sa vie ? Jésus-Christ est à la fois Verbe et homme, c'est-à-dire, Verbe, âme et chair ; or, est-ce comme Verbe qu'il donne son âme ou sa vie et qu'il la reprend ? Ou bien est-ce en tant qu'il est une âme humaine que l'âme se donne et qu'elle se reprend ? Ou bien encore est-ce en tant qu'il est chair, que la chair donne son âme ou la reprend ? Si nous disons que le Verbe de Dieu a donné son âme et l'a reprise, donc cette âme a été pendant un certain temps séparée du Verbe de Dieu, puisque la mort sépare l'âme du corps, mais non, l'âme n'a jamais été séparée du Verbe. Si nous disons au contraire que l'âme elle-même s'est donnée, c'est une proposition absurde, car si elle ne pouvait être séparée du Verbe, pouvait-elle être séparée d'elle-même ? C'est donc la chair qui laisse son âme pour la reprendre ensuite, non cependant par sa puissance, mais par la puissance du Verbe qui habitait en elle.
Il prouve un môme temps qu'il n'est pas un imposteur, de même que le grand Apôtre voulant prouver contre les faux apôtres qu'il était un véritable maître, puisait ses raisons dans les dangers qu'il avait courus et dans les périls de mort auxquels il avait été exposé.
Ses enseignements dépassaient la portée de l'intelligence humaine, ils l'accusaient doue d'être possédé du démon ; mais il trouve des défenseurs qui savent bien le venger de cette accusation par les œuvres qu'il a faites : « D'autres disaient : Ce ne sont pas là les paroles d'un homme possédé du démon, est-ce que le démon peut ouvrir les yeux des aveugles ? » C'est-à-dire, ces paroles ne sont pas celles d'un homme possédé du démon, mais si elles ne suffisent point pour vous convaincre, laissez-vous an moins persuader par les œuvres. Après cette démonstration tirée des faits eux-mêmes, Nôtre-Seigneur se tait sur le reste, car ils n'étaient pas dignes qu'il leur répondit. Il nous enseigne aussi à pratiquer dans toute leur étendue la douceur et la longanimité. D'ailleurs ils se réfutaient eux-mêmes les uns les autres par les divisions qui existaient entre eux.