Jean 1, 38

Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? »

Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? »
Fulcran Vigouroux
Rabbi, qui veut dire Maître. C’est le titre que l’on donnait aux docteurs de la loi en Palestine et nous voyons par saint Jean, qui répète ce titre huit fois dans son Evangile, que c’était celui que les Apôtres donnaient à Jésus. Saint Matthieu et saint Marc ont rarement conservé le mot sémitique Rabbi : ces deux évangélistes ont ordinairement, et saint Luc a toujours traduit la signification de ce mot : Maître.
Louis-Claude Fillion
Or, Jésus s’étant retourné et voyant : (le grec est plus expressif) : deux traits pittoresques. Les disciples se proposaient sans doute d’accompagner silencieusement Jésus jusqu’à sa demeure et de lui déclarer seulement alors leurs intentions ; mais sa bonté va au devant de leurs désirs, et c’est pour cela qu’il leur demande familièrement, lui qui connaissait tous les secrets des cœurs (cf. 2, 24, 25) : Que cherchez-vous ? Telle est la première parole de Notre-Seigneur dans le quatrième Évangile. Elle est toute humaine en apparence, et marquée au coin de la plus grande simplicité ; mais, de la bouche qui la proférait sortiront bientôt des oracles visiblement divins (versets. 42, 47, 48, 51). En rapprochant de ce passage Matth. 3, 15 ; Marc. 1, 15 ; Luc. 2, 49, on aura les quatre premieres paroles de Jésus dans les Évangiles. - Rabbi. On donnait d’ordinaire ce titre à un maître révéré ; mais il était loin d’exprimer toutes les espérances que les deux disciples de S. Jean avaient conçues au sujet de Jésus. Le narrateur en donne la traduction, preuve que ceux auxquels il s’adressait étaient d’origine païenne. Cf. versets 41 et 42. - Où demeurez-vous ? Ils demandent à Jésus de vouloir bien leur indiquer son « menzil », comme disent les Orientaux modernes, c’est-à-dire le lieu où il avait fixé sa résidence temporaire. C’était lui exprimer d’une manière discrète le désir de l’entretenir longuement, et non « passagèrement » (un vieil auteur ).
Saint Jean Chrysostome
Remarquez que lorsque Jean-Baptiste se contentait de dire:«Celui qui vient après moi, est avant moi, et je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa chaussure», il n'a pris ni gagné personne; mais aussitôt qu'il parle de son incarnation et par là même de ses humiliations, en disant: «Voici l'Agneau de Dieu», ses disciples se mettent aussitôt à la suite de Jésus. Il en est un très grand nombre qui se sentent moins attirés à Dieu par les considérations élevées sur sa nature divine, que par l'exposé de sa bonté, de sa miséricorde et de ce qu'il a fait pour le salut des hommes. Remarquez que tandis que Jean-Baptiste prononce ces paroles: «Voici l'Agneau de Dieu», Jésus ne dit rien. En effet, d'après les usages reçus, l'époux reste dans le silence, d'autres lui amènent l'épouse, et la lui remettent entre les mains; mais aussitôt qu'il l'a prise pour épouse, il lui témoigne tant d'affection, qu'elle ne se souvient plus de ceux qui l'ont conduite à son époux. Ainsi lorsque Jésus-Christ vient pour épouser l'Eglise, il ne dit rien non plus, Jean-Baptiste, son ami, s'approche seul, lui présente la main droite de son épouse, lorsque par ses discours il remet comme entre ses mains les âmes des hommes. Jésus les accueille et leur témoigne aussi tant d'amour qu'elles ne retournent plus à Jean-Baptiste. Remarquons encore que dans la célébration des noces, ce n'est pas la jeune fille qui va au-devant de son époux, c'est lui-même qui vient la trouver (quand ce serait un fils de roi qui épouserait une humble servante); Notre-Seigneur Jésus-Christ a fait de même; la nature humaine n'est point montée dans les cieux, c'est le Fils de Dieu qui est venu la trouver et qui l'a conduite dans la maison paternelle. Il y eut sans doute d'autres disciples de Jean, qui non seulement ne suivirent point Jésus-Christ, mais qui nourrirent contre lui des sentiments d'envie, et se montrèrent jaloux de sa gloire. Mais ceux dont les dispositions étaient meilleures s'attachèrent à Jésus aussitôt qu'ils l'eurent connu, non par mépris de leur premier maître, mais par la persuasion où ils étaient d'après les enseignements du Précurseur, que Jésus-Christ les baptiserait dans l'Esprit saint. Considérez dans ces disciples un saint empressement mêlé d'une sage réserve. En se mettant à la suite de Jésus, ils ne se hâtent pas de l'interroger sur les grandes vérités du salut, et ce n'est pas en public, mais en particulier, qu'ils cherchent à lui parler: «Alors Jésus s'étant retourné, et les voyant qui le suivaient, leur dit: Que cherchez-vous ?» Ces paroles nous apprennent que lorsque nous commençons sincèrement à vouloir le bien, Dieu nous prodigue les occasions de salut. Jésus interroge ses disciples, non pour en apprendre quelque chose, mais pour se les rendre plus familiers, leur inspirer une plus grande confiance, et leur montrer qu'ils sont vraiment dignes de ses divins enseignements.
Origène
Peut-être n'est-ce pas sans raison qu'après le sixième témoignage, Jean-Baptiste cesse de parler de Jésus à ses disciples, et c'est Jésus lui-même qui se rend pour ainsi dire un septième témoignage en leur demandant: «Que cherchez-vous ?»