Jean 1, 31
Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »
Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »
La consécration messianique de Jésus manifeste sa mission divine. " C’est d’ailleurs ce qu’indique son nom lui-même, car dans le nom de Christ est sous-entendu Celui qui a oint, Celui qui a été oint et l’Onction même dont il a été oint : Celui qui a oint, c’est le Père, Celui qui a été oint, c’est le Fils, et il l’a été dans l’Esprit qui est l’Onction " (S. Irénée, hær. 3, 18, 3). Sa consécration messianique éternelle s’est révélée dans le temps de sa vie terrestre lors de son baptême par Jean quand " Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance " (Ac 10, 38) " pour qu’il fût manifesté à Israël " (Jn 1, 31) comme son Messie. Ses œuvres et ses paroles le feront connaître comme " le saint de Dieu " (Mc 1, 24 ; Jn 6, 69 ; Ac 3, 14).
Le Fils unique du Père en étant conçu comme homme dans le sein de la Vierge Marie est " Christ ", c’est-à-dire oint par l’Esprit Saint (cf. Mt 1, 20 ; Lc 1, 35), dès le début de son existence humaine, même si sa manifestation n’a lieu que progressivement : aux bergers (cf. Lc 2, 8-20), aux mages (cf. Mt 2, 1-12), à Jean-Baptiste (cf. Jn 1, 31-34), aux disciples (cf. Jn 2, 11). Toute la vie de Jésus-Christ manifestera donc " comment Dieu l’a oint d’Esprit et de puissance " (Ac 10, 38).
Dans ce verset et dans les trois suivants, Jean-Baptiste raconte
comment il lui a été donné de connaître le Messie d’une manière infaillible, toute divine. - Et moi je ne le
connaissais pas. Saint Jean Chrysostome, Théophylacte, Euthymius, etc., pensent qu’en réalité le Précurseur
n’avait jamais vu N.-S. Jésus-Christ avant de le baptiser sur les bords du Jourdain, car le fils de Zacharie et
d’Elisabeth semble s’être retiré au désert dès ses années les plus tendres. Cf. Luc. 1, 80. On suppose
néanmoins plus communément que le verbe « connaissais » ne doit pas être pris dans un sens absolu ; on a en
effet de la peine à concevoir que la personne, la nature et la mission de Jésus aient pu demeurer si longtemps
inconnues de son cousin. Il s’agit donc d’une ignorance relative. Jean ne connaissait pas officiellement le
caractère messianique de Jésus tant qu’il n’avait pas reçu d’en haut le signe miraculeux qui devait le lui
attester. Cette distinction simple et naturelle fait disparaître toute apparence de contradiction entre ce passage
et Matth. 3, 14 (voyez le commentaire). - Pour qu'il soit manifesté… L’orateur appuie sur ces deux
expressions, qui mettent en relief le but principal du baptême administré par le Précurseur. Le but secondaire,
qui était de préparer les cœurs à la venue du Messie en les excitant à la pénitence, s’accorde du reste fort bien
avec cette fin principale et dominante. Quel beau rôle que celui de manifester N.-S. Jésus-Christ ! - En
Israël. Saint Jean-Baptiste sait que sa mission est limitée aux Juifs et qu’elle ne concerne pas les Gentils. Cf.
Luc. 1, 16, 17, 76, 77.
Ecoutez ces paroles, ô Arius ! Jean ne dit pas: Il a été créé avant moi, mais: «Il était avant moi». Que les sectateurs de Paul de Samosate entendent aussi ces paroles, et qu'ils apprennent que Jésus ne tire pas sa première origine de Marie, car s'il avait reçu d'elle le principe de son existence, comment aurait-il pu exister avant son précurseur, puisqu'il est évident que la naissance de Jean-Baptiste précédait de six mois la naissance temporelle de Jésus-Christ ?
La raison de cette prééminence de Jésus, c'est, ajoute-t-il: «Qu'il était avant moi», c'est-à-dire, quoique ma naissance précède la sienne, il ne laisse pas d'être au-dessus de moi, parce que son existence n'est point limitée par l'époque de sa naissance, car celui qui a voulu naître d'une mère dans le temps, a été engendré par son Père on dehors de toute succession de temps.
Si un agneau est innocent, et que Jean soit un agneau, n'est-il pas innocent par là même? Mais tous les hommes descendent de cette race coupable dont David disait en gémissant: «Voici que j'ai été conçu dans l'iniquité» (Ps 50,7) Il n'y a donc que cet Agneau qui ne soit point né de cette race. Il n'a point été conçu dans l'iniquité, et sa mère ne l'a point nourri dans son sein d'un sang impur. Il a été conçu par une vierge, enfanté par une vierge, parce qu'elle l'a conçu par la foi, et que c'est par la foi qu'elle lui a donné le jour.
Celui qui, en prenant notre nature, n'a point pris notre péché, est celui-là même qui efface notre péché. Vous savez qu'il est des hommes qui tiennent ce langage: Nous remettons les péchés aux hommes, parce que nous sommes saints; car si celui qui baptise n'a pas la sainteté, comment peut-il effacer le péché d'un autre, lui dont l'âme est souillée par toute sorte de péchés? A ces prétentions, nous nous contentons d'opposer ces paroles: «Voici celui qui efface le péché du monde», paroles qui détruisent toute confiance présomptueuse dans les hommes.
Il est venu après moi, parce que sa naissance a suivi la mienne, mais «il a été fait avant moi», c'est-à-dire qu'il a été placé au-dessus de moi.
Mais dès que le Seigneur fut connu, il était inutile de lui préparer les voies, puisqu'il devenait lui-même la voie pour ceux qui le connaissaient. Aussi le baptême de Jean ne dura plus longtemps, et seulement jusqu'à ce qu'il eût fait connaître suffisamment le Sauveur, si humble dans tout son extérieur. (Tr. 5). C'est donc pour nous donner un exemple d'humilité, et nous engager à recevoir le baptême qui efface les péchés et nous donne le salut, que le Seigneur a daigné être baptisé des mains de son serviteur. Mais afin que le baptême du serviteur ne fût pas mis au-dessus du baptême du Seigneur, d'autres reçurent aussi le baptême du serviteur. Or ceux qui recevaient le baptême du serviteur, devaient encore nécessairement recevoir le baptême du Seigneur, tandis que ceux qui recevaient le baptême du Seigneur, n'avaient nul besoin du baptême du serviteur.
On pouvait soupçonner Jean-Baptiste d'obéir à la voix de l'amitié ou aux liens du sang qui l'unissaient à Jésus-Christ en lui rendant un si glorieux témoignage; aussi se hâte-t-il d'ajouter: «Et moi, je ne le connaissais pas», ce qui devait paraître vraisemblable, puisque Jean avait toujours vécu dans le désert. Les prodiges qui avaient entouré le berceau de Jésus enfant, par exemple, lors de l'adoration des mages, ou dans d'autres circonstances semblables, remontaient à une époque déjà éloignée, et au temps de la première enfance de Jean-Baptiste. Depuis, le Sauveur avait passé sa vie dans l'obscurité, et sans être connu de personne, comme le déclare Jean-Baptiste lui-même: «Mais c'est afin qu'il fût manifesté en Israël, que je suis venu baptiser dans l'eau». Donc tous ces prétendus miracles avec lesquels Jésus se serait joué dès son enfance, sont autant de fictions dénuées de fondement. Si Jésus avait fait des miracles dès sa première enfance, Jean l'aurait connu de quelque manière, et le peuple n'eût pas en besoin qu'on le lui fit connaître. Ce baptême n'était donc nullement nécessaire au Sauveur, et il n'avait d'autre raison que de préparer les hommes à croire en Jésus-Christ. Aussi Jean-Baptiste ne dit pas: Je suis venu pour purifier ceux qui reçoivent mon baptême, ou pour les délivrer de leurs péchés, mais: «Je suis venu, afin qu'il fût manifesté eu Israël». Mais ne pouvait-il donc faire connaître Jésus-Christ, et déterminer le peuple à croire en lui, sans qu'il fût nécessaire de baptiser? Oui, sans doute, mais il atteignait ainsi plus facilement ce but, car la foule ne se fût pas empressée d'accourir à lui, si la prédication n'eût pas été suivie du baptême.
De même qu'au sacrifice de l'agneau figuratif les autres sacrifices prescrits par la loi se trouvaient joints par un lien étroit, ainsi au sacrifice de l'Agneau véritable, viennent s'unir par un lien non moins intime, d'autres sacrifices semblables, le sacrifice des martyrs qui répandent leur sang, et dont la patience, la foi et le zèle ardent détruisent et anéantissent tous les obstacles que les impies voudraient apporter au bien.