Jean 1, 29

Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ;

Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ;
Pape Benoît XVI
Comme l'agir, la souffrance fait aussi partie de l'existence humaine. Elle découle, d'une part, de notre finitude et, de l'autre, de la somme de fautes qui, au cours de l'histoire, s'est accumulée et qui encore aujourd'hui grandit sans cesse. Il faut certainement faire tout ce qui est possible pour atténuer la souffrance: empêcher, dans la mesure où cela est possible, la souffrance des innocents; calmer les douleurs; aider à surmonter les souffrances psychiques. Autant de devoirs aussi bien de la justice que de l'amour qui rentrent dans les exigences fondamentales de l'existence chrétienne et de toute vie vraiment humaine. Dans la lutte contre la douleur physique, on a réussi à faire de grands progrès; la souffrance des innocents et aussi les souffrances psychiques ont plutôt augmenté au cours des dernières décennies. Oui, nous devons tout faire pour surmonter la souffrance, mais l'éliminer complètement du monde n'est pas dans nos possibilités – simplement parce que nous ne pouvons pas nous extraire de notre finitude et parce qu'aucun de nous n'est en mesure d'éliminer le pouvoir du mal, de la faute, qui – nous le voyons – est continuellement source de souffrance. Dieu seul pourrait le réaliser: seul un Dieu qui entre personnellement dans l'histoire en se faisant homme et qui y souffre. Nous savons que ce Dieu existe et donc que ce pouvoir qui « enlève le péché du monde » (Jn 1, 29) est présent dans le monde. Par la foi dans l'existence de ce pouvoir, l'espérance de la guérison du monde est apparue dans l'histoire. Mais il s'agit précisément d'espérance et non encore d'accomplissement; espérance qui nous donne le courage de nous mettre du côté du bien même là où cela semble sans espérance, tout en restant conscients que, faisant partie du déroulement de l'histoire tel qu’il apparaît extérieurement, le pouvoir de la faute demeure aussi dans l'avenir une présence terrible.
Catéchisme de l'Église catholique
Les conséquences du péché originel et de tous les péchés personnels des hommes confèrent au monde dans son ensemble une condition pécheresse, qui peut être désignée par l’expression de Saint Jean : " le péché du monde " (Jn 1, 29). Par cette expression on signifie aussi l’influence négative qu’exercent sur les personnes les situations communautaires et les structures sociales qui sont le fruit des péchés des hommes (cf. RP 16).

Le Baptême de Jésus, c’est, de sa part, l’acceptation et l’inauguration de sa mission de Serviteur souffrant. Il se laisse compter parmi les pécheurs (cf. Is 53, 12) ; il est déjà " l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde " (Jn 1, 29) ; déjà, il anticipe le " baptême " de sa mort sanglante (cf. Mc 10, 38 ; Lc 12, 50). Il vient déjà " accomplir toute justice " (Mt 3, 15), c’est-à-dire qu’il se soumet tout entier à la volonté de son Père : il accepte par amour le baptême de mort pour la rémission de nos péchés (cf. Mt 26, 39). A cette acceptation répond la voix du Père qui met toute sa complaisance en son Fils (cf. Lc 3, 22 ; Is 42, 1). L’Esprit que Jésus possède en plénitude dès sa conception, vient " reposer " sur lui (Jn 1, 32-33 ; cf. Is 11, 2). Il en sera la source pour toute l’humanité. A son Baptême, " les cieux s’ouvrirent " (Mt 3, 16) que le péché d’Adam avait fermés ; et les eaux sont sanctifiées par la descente de Jésus et de l’Esprit, prélude de la création nouvelle.

Emu par tant de souffrances, le Christ non seulement se laisse toucher par les malades, mais il fait siennes leurs misères : " Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies " (Mt 8, 17 ; cf. Is 53, 4). Il n’a pas guéri tous les malades. Ses guérisons étaient des signes de la venue du Royaume de Dieu. Ils annonçaient une guérison plus radicale : la victoire sur le péché et la mort par sa Pâque. Sur la Croix, le Christ a pris sur lui tout le poids du mal (cf. Is 53, 4-6) et a enlevé le " péché du monde " (Jn 1, 29), dont la maladie n’est qu’une conséquence. Par sa passion et sa mort sur la Croix, le Christ a donné un sens nouveau à la souffrance : elle peut désormais nous configurer à lui et nous unir à sa passion rédemptrice.

Après avoir accepté de Lui donner le Baptême à la suite des pécheurs (cf. Lc 3, 21 ; Mt 3, 14-15), Jean-Baptiste a vu et montré en Jésus l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde (cf. Jn 1, 29. 36). Il manifeste ainsi que Jésus est à la fois le Serviteur souffrant qui, silencieux, se laisse mener à l’abattoir (cf. Is 53, 7 ; Jr 11, 19) et porte le péché des multitudes (cf. Is 53, 12), et l’agneau Pascal symbole de la rédemption d’Israël lors de la première Pâque (cf. Ex 12, 3-14 ; Jn 19, 36 ; 1 Co 5, 7). Toute la vie du Christ exprime sa mission : servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Mc 10, 45).

La mort du Christ est à la fois le sacrifice Pascal qui accomplit la rédemption définitive des hommes (cf. 1 Co 5, 7 ; Jn 8, 34-36) par l’Agneau qui porte le péché du monde (cf. Jn 1, 29 ; 1 P 1, 19) et le sacrifice de la Nouvelle Alliance (cf. 1 Co 11, 25) qui remet l’homme en communion avec Dieu (cf. Ex 24, 8) en le réconciliant avec Lui par le sang répandu pour la multitude en rémission des péchés (cf. Mt 26, 28 ; Lv 16, 15-16).

L’Apocalypse de S. Jean, lue dans la liturgie de l’Église, nous révèle d’abord " dans le ciel un trône dressé, et siégeant sur le trône, Quelqu’un " (Ap 4, 2) : " le Seigneur Dieu " (Is 6, 1 ; cf. Ez 1, 26-28). Puis l’Agneau, " immolé et debout " (Ap 5, 6 ; cf. Jn 1, 29) : le Christ crucifié et ressuscité, l’unique Grand Prêtre du véritable sanctuaire (cf. He 4, 14-15 ; 10, 19-21 ; etc.), le même " qui offre et qui est offert, qui donne et qui est donné " (Liturgie de S. Jean Chrysostome, Anaphore). Enfin, " le fleuve de Vie qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau " (Ap 22, 1), l’un des plus beaux symboles du Saint-Esprit (cf. Jn 4, 10-14 ; Ap 21, 6).
Louis-Claude Fillion
Le lendemain. Traduire la locution latine altera die par « un autre jour, un peu plus tard », serait contraire à la signification habituelle de cette locution. Les dates sont très soigneusement marquées dans ce chapitre et dans le suivant. Cf. 1, 35, 43 ; 2, 1, 12, 13, 23. Le narrateur se manifeste en toutes façons comme un témoin oculaire. Le mot « Jean », qu’omettent plusieurs manuscrits très anciens, pourrait bien avoir été inséré par les copistes. - Jean vit Jésus qui venait à lui. D’où venait alors Notre-Seigneur ? Quelle circonstance l’amenait auprès de saint Jean ? L’évangéliste néglige ces détails, parce qu’ils n’avaient qu’une importance secondaire pour son récit, et que, d’ailleurs, il ne se proposait pas de tout relater. Mais il est aisé de suppléer à son silence. D’après ce qui a été dit précédemment (note du verset 26), Jésus revenait alors du désert où il avait été tenté par le démon ; et il avait pour but de fournir à saint Jean l’occasion de lui rendre un nouveau témoignage (S. Thom. d’Aquin). - Et il dit : Cette fois, le Précurseur prend de lui-même la parole : on a conclu du v. 35 (« Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses disciples ») qu’il s’adressait alors à ses disciples, au moins plus spécialement. - Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui enlève…(la particule « voici »n’est pas répétée dans le texte grec). Dans ce passage, qui est l’un des plus beaux et des plus importants de l’Évangile, chaque mot est digne de notre attention, malgré la parfaite clarté de la pensée. - La particule voici dut être accompagnée d’un geste qui montrait la personne sacrée de Jésus. - De Dieu est diversement rattaché à « agneau » par les commentateurs : l’agneau soumis à Dieu (A. Maier), l’agneau agréable à Dieu (Tholuck), l’agneau consacré à Dieu, le divin agneau (plusieurs anciens interprètes), l’agneau destiné par Dieu au sacrifice (Maldonat, Corluy...). Mgr. Haneberg dit à bon droit que l’interprétation la plus simple et la plus naturelle paraît être : l’agneau qui appartient à Dieu, l’agneau de Dieu. « de Dieu » est donc ce que les grammairiens appellent un génitif de propriété. Quant au doux nom « d’agneau », qui convient si bien à N.-S. Jésus-Christ, c’est évidemment une désignation typique, basée sur l’Ancien Testament ; toutefois, il y a controverse parmi les exégètes touchant le fait particulier qui lui a servi de point de départ dans la pensée de saint Jean. L’agneau qu’on immolait chaque matin et chaque soir dans le temple au nom de tout Israël, pour offrir au Seigneur un holocauste perpétuel (cf. Exode 29, 38 ; Nombres 28, 3 et ss. ) ; l’agneau pascal, que le quatrième Évangile (19, 31) et saint Paul (1 Cor. 5, 7) présentent comme un type du Messie, et dont le sang avait autrefois produit d’admirables résultats de salut (Exode 12, 13) ; l’agneau décrit par Isaïe dans son célèbre chapitre 53 (verset 7), se partagent sous ce rapport les préférences des divers auteurs. Mais c’est bien à l’oracle du prophète- évangéliste que le Précurseur faisait plus probablement allusion. Tel était déjà le sentiment d’Origène, de S. Jean Chrysostome, de S. Cyrille, suivi ensuite par Théophylacte, Euthymius, Cornelius a Lapide, et la plupart des interprètes contemporains. L’article placé devant agneau montre que Jean-Baptiste voulait parler d’un agneau déterminé, connu de tous les Juifs ; or l’agneau de la prophétie d’Isaïe était alors universellement regardé comme une figure du Christ souffrant. Cf. Act. 8, 32 ; Eisenmenger, Entdeckt. Judenthum, 2è part. p. 758 ; Wünsche, die Leiden des Messias, 1870, p. 55 et s. Aussi Érasme avait-il raison d'écrire dans ses annotations : « L'article a non seulement l'emphase de la dignité, mais aussi de la relation : Voici cet agneau, dont a prophétisé Isaïe ». Comparez aussi Jérémie 11, 19, où nous rencontrons le même type : « Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir ». - Les paroles suivantes, celui qui ôte le péché du monde, confirment cette explication, car elles résument tout ce qu’Isaïe, divinement éclairé, disait de l’agneau céleste qui expia nos fautes par son généreux sacrifice. « Enlève » remplace le verbe hébreu qui signifie ordinairement « porter » mais qui, rapproché d’autres mots en maint endroit de l’Ancien Testament, a le sens spécial de enlever les péchés, en offrant à Dieu un sanglante compensation. Cf. Lev. 10, 17 ; 24, 15 ; Num. 5, 31, 14, 34 ; Ezech. 4, 5 ; 23, 5 ; etc. « En voyant Jésus comme l’agneau de Dieu, saint Jean le voyait donc déjà comme nageant dans son sang » (Bossuet). « C’est comme s’il l’eût contemplé d’avance portant sa croix et se dirigeant vers le Calvaire », dit un vieil auteur allemand. - Notez l’emploi du temps présent : « qui ôte ». L’évangéliste suppose ainsi la certitude et la continuité de notre rédemption par le Seigneur Jésus. - Le péché est mis collectivememnt pour les péchés ; mais ce singulier est plus expressif que le pluriel. Tous les péchés du genre humain (du monde) sont ainsi envisagés comme une horrible masse que le divin agneau doit faire disparaître. C’est donc l’universalité du salut qui est prédite par le Précurseur, de même qu’elle l’avait été autrefois par les prophètes. - « Il est remarquable, dit un récent commentateur du quatrième évangile, que ce titre d’agneau, sous lequel l’évangéliste apprit à connaître pour la première fois Jésus, soit celui par lequel le sauveur est désigné de préférence dans l’Apocalypse. La corde qui avait vibré, à cette heure décisive, au plus profond de son être, a retenti chez lui jusqu’à son dernier soupir. Et pourtant, d’après quelques écrivains rationalistes, ce beau titre, dans lequel on a vu justement un abrégé de l’Evangile, n’aurait eu d’autre but que de représenter la douceur et l’innocence de Jésus, sans aucune relation avec l’idée de sacrifice. (Gabler, Paulus, Ewald, etc.).
Saint Théophylacte d'Ohrid
Mais pourquoi dit-il: «Le péché du monde», et non pas: Les péchés du monde? C'est pour renfermer dans cette dénomination générale l'universalité des péchés, comme lorsque nous disons: l'homme a été chassé du paradis, c'est-à-dire le genre humain tout entier.

Ou bien encore, Jésus-Christ est appelé l'Agneau de Dieu, en ce sens que sa mort a été acceptée par Dieu le Père pour notre salut, ou parce qu'il l'a livré lui-même à la mort pour nous sauver. C'est ainsi que nous avons coutume de dire: «Cette offrande est de tel homme», c'est-à-dire que cet homme l'a offerte; de même Jésus-Christ est appelé l'Agneau de Dieu, parce que Dieu a offert son Fils à la mort pour notre salut. L'agneau figuratif n'a effacé le péché d'aucun homme; l'Agneau véritable a effacé le péché du monde tout entier qu'il a délivré de la colère de Dieu, aux châtiments de laquelle il était exposé. C'est pour cela que Jean-Baptiste dit: «Voici celui qui efface le péché du monde». Il ne dit pas: Qui effacera, mais: «Qui efface les péchés du monde», c'est-à-dire qu'il continue toujours de le faire. Ce n'est pas seulement dans sa passion et sur la croix qu'il efface le péché du monde, il n'a cessé de l'effacer depuis sa mort jusqu'à présent, il n'est pas toujours crucifié, il est vrai, puisqu'il n'a offert qu'un seul sacrifice pour nos péchés, mais il ne cesse de les effacer par la vertu de ce sacrifice.
Saint Bède le Vénérable
Ou bien, le péché du monde signifie le péché originel, qui est commun au genre humain tout entier. Or, c'est ce péché originel, et tous ceux que les hommes y ont ajoutés, que Jésus-Christ efface par sa grâce.
Saint Grégoire le Grand
Il ôtera entièrement le péché du genre humain, lorsque notre corruption sera remplacée par la glorieuse incorruptibilité; car nous ne pouvons être affranchis de tout péché tant que nous sommes retenus captifs dans ce corps de mort.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Jean voit Jésus venir vers lui et il dit: Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29). Ce n'est plus le temps de dire: Préparez... (Mt 3,3), puisque Celui dont la venue a été préparée se laisse voir, il s'offre désormais aux regards. La nature de l'événement demande un autre discours. Il faut faire connaître Celui qui est là, expliquer pourquoi il est descendu du ciel et venu jusqu'à nous. C'est pourquoi Jean déclare: Voici l'Agneau de Dieu.

Le prophète Isaïe nous l'a annoncé en disant qu'il est traîné à l'abattoir comme une brebis, comme un agneau muet devant ceux qui le tondent (Is 53,7). La loi de Moïse l'a préfiguré, mais, étant figure et ombre, elle ne procurait qu'un salut incomplet et sa miséricorde ne s'étendait pas à tous les hommes. Or, aujourd'hui, l'Agneau véritable, représenté jadis par des symboles, la victime sans reproche est menée à l'abattoir.

C'est pour chasser le péché du monde, renverser l'Exterminateur de la terre, détruire la mort en mourant pour tous, briser la malédiction qui nous frappe et mettre désormais fin à ceci: Tu es poussière et à la poussière tu retourneras (Gn 3,19). Devenu ainsi le second Adam, d'origine céleste et non terrestre, il est la source de tout bien pour l'humanité, le destructeur de la corruption qui était étrangère à notre nature, le médiateur de la vie éternelle, le garant du retour à Dieu, le principe de la piété et de la justice, la voie qui mène au Royaume des cieux. Car un seul Agneau est mort pour tous, recouvrant pour Dieu le Père tout le troupeau de ceux qui habitent la terre; un seul est mort pour tous, afin de les soumettre tous à Dieu; un seul est mort pour tous afin de les gagner tous, afin que tous désormais n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux (2Co 5,15).

Nous vivions, en effet, dans nos nombreux péchés, et, de ce fait, nous avions à acquitter une dette de mort et de corruption. Aussi le Père a-t-il livré son Fils en rançon pour nous, un seul pour tous, car t outes choses sont en lui et il est au-dessus de tout. Un seul est mort pour tous afin que nous vivions tous en lui, car la mort, qui avait englouti l'Agneau sacrifié pour tous, les a tous restitués en lui et avec lui. En effet, nous étions tous dans le Christ qui est mort pour nous et à notre place, et qui est ressuscité.

Une fois le péché détruit, comment la mort qui a en lui son principe et sa cause, échapperait-elle à la destruction complète? Une fois la racine morte, comment le germe qui en sort pourrait-il encore se conserver? Une fois le péché effacé, pour quelle faute encore devrions-nous mourir? Célébrons donc dans la joie l'immolation de l'Agneau, en disant: O mort, où est ta victoire? O enfer, où est ton dard venimeux (1Co 15,55)?

Comme le chantait le Psalmiste, toute injustice, en effet, fermera sa bouche (Ps 106,42), incapable qu'elle est désormais d'accuser ceux qui pèchent par faiblesse. Car c'est Dieu qui justifie (Rm 8,33). Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, en devenant pour nous objet de malédiction (Ga 3,13), afin que nous échappions à la malédiction du péché.
Saint Jean Chrysostome
Ou bien, saint Matthieu raconte l'arrivée de Jésus-Christ sur les bords du Jourdain pour recevoir le baptême, et saint Jean une autre démarche du Sauveur pour se rendre près de Jean-Baptiste après son baptême, c'est ce que semble indiquer la suite de son récit: «J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe», etc. Les Évangélistes se sont comme partagé, en effet, les diverses époques de la vie de Jésus. Saint Matthieu passe sous silence tous les faits qui ont précédé la prison de Jean-Baptiste, et passe immédiatement aux événements qui l'ont suivie; tandis que saint Jean s'attache surtout à raconter les faits qui ont eu lieu avant que le saint Précurseur fût jeté dans les fers. C'est ce qu'il fait en ces termes: «Le lendemain, Jean vit Jésus», etc. Pourquoi Jésus vient-il trouver Jean-Baptiste une seconde fois après son baptême? parce que le Sauveur avait été baptisé avec un grand nombre d'autres, et qu'il ne voulait pas qu'on put soupçonner qu'il était venu trouver Jean-Baptiste pour le même motif, c'est-à-dire pour confesser ses péchés, ou recevoir dans le Jourdain le baptême de pénitence. Il revient donc trouver Jean-Baptiste, pour lui donner occasion de détruire cette fausse opinion, ce que Jean fait en ces termes: «Et il dit: Voici l'Agneau de Dieu», etc. Il était de toute évidence, en effet, que celui dont la sainteté infinie devait effacer les péchés des autres, ne venait pas pour confesser ses péchés, mais pour donner occasion à Jean-Baptiste de lui rendre témoignage. Disons encore qu'il vient une seconde fois pour confirmer la vérité des premiers témoignages dans l'esprit de ceux qui les avait entendus, et les préparer à en recevoir d'autres. Jean-Baptiste dit: «Voici l'Agneau de Dieu», pour signifier que c'est cet Agneau qui était autrefois attendu, pour rappeler la prophétie d'Isaïe, les symboles figuratifs de la loi ancienne, et conduire ainsi plus facilement les hommes à la vérité par les figures.
Origène
Après ce témoignage de Jean-Baptiste, Jésus vient à lui; le saint Précurseur, non seulement persévère dans son témoignage, mais il expose des effets plus merveilleux encore de la venue du Rédempteur, et qui sont comme figurés par le second jour dont il est question: «Le jour suivant, Jean vit Jésus venant à lui». Autrefois la mère de Jésus, aussitôt qu'elle l'eut conçu, était allé visiter la mère de Jean qui était encore enceinte, et aussitôt que la voix de Marie, qui saluait sa parente, eut frappé les oreilles d'Elisabeth, Jean tressaillit dans le sein de sa mère. Ici Jean-Baptiste voit venir à lui et s'approcher de lui Jésus lui-même, à qui il a rendu témoignage. Il est dans l'ordre que l'homme soit d'abord instruit par le témoignage des autres, avant de juger par ses yeux de la vérité de ce qui lui a été enseigné. La visite de Marie à Elisabeth, qui était son inférieure, et la démarche du Fils de Dieu, qui vient trouver Jean-Baptiste, nous apprennent l'humilité et le zèle avec lequel nous devons nous rendre utiles à ceux qui sont nos inférieurs. Nous ne voyons pas ici de quel endroit le Sauveur vint trouver Jean-Baptiste, mais nous pouvons le conclure de ces paroles de saint Matthieu: «Alors Jésus vint de la Galilée sur les bords du Jourdain, pour être baptisé par lui» (Mt 2,13).

On offrait dans le temple comme victimes cinq espèces d'animaux, trois choisies parmi les animaux terrestres, le veau, la brebis et la chèvre, deux parmi les oiseaux, la tourterelle et la colombe. L'espèce ovine en fournissait trois: le bélier, la brebis et l'agneau, et parmi ces trois derniers, Jean-Baptiste choisit l'agneau comme figure du Sauveur, parce que l'agneau était la victime des sacrifices qu'on offrait chaque jour, l'un le matin et l'autre le soir. Or, quel est ce sacrifice que la nature raisonnable doit offrir à Dieu chaque jour, si ce n'est le Verbe toujours plein de force, de vie et de beauté, et qui nous est ici représenté sous la figure d'un agneau? C'est lui qui sera notre sacrifice du matin, qui applique notre intelligence à la méditation des vérités divines, car notre âme ne peut toujours être appliquée à des choses aussi relevées, à cause de son étroite union avec ce corps mortel qui l'appesantit. De cette vérité que Jésus-Christ est un agneau, nous pourrions tirer encore plusieurs conséquences très-utiles, et nous arriverions ainsi jusqu'au sacrifice du soir, qui représente les choses corporelles. Or, celui qui a offert cet agneau en sacrifice, c'est Dieu qui était comme caché dans l'homme; c'est le grand-prêtre qui a dit: «Personne ne m'ôte la vie, mais je la donne de moi-même», (Jn 10,18) et c'est pour cela qu'il est appelé l'Agneau de Dieu; car il a pris sur lui toutes nos infirmités (Is 53); il a effacé tous les péchés du monde (1P 2); et a reçu la mort comme un baptême (Lc 12). Dieu, en effet, ne laisse passer sans les reprendre et les châtier aucune de nos actions contraires à sa loi, et ce n'est qu'au prix des plus grands efforts qu'elles peuvent être ramenées à cette règle divine.